Élections européennes : le lancement de la campagne électorale des libéraux suscite peu d’intérêt

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La Première ministre estonienne, Kaja Kallas, est la seule dirigeante nationale à s’être présentée en personne pour lancer la campagne, mais son discours n’a suscité qu’un intérêt relativement faible. [CC BY-NC-ND © ALDE Party]

Les libéraux de l’UE ont donné mercredi (20 mars) le coup d’envoi de leur campagne pour les élections européennes de juin et ont reçu un accueil mitigé, les divisions internes ayant contraint l’alliance multipartite à se mettre d’accord sur un programme électoral commun qui se résume aux plus petits dénominateurs communs.

La Première ministre estonienne, Kaja Kallas (Parti de la réforme d’Estonie), est la seule dirigeante d’un pays à s’être présentée en personne pour lancer la campagne, mais son discours n’a suscité que peu d’intérêt.

« Je dois dire que je n’ai pas l’habitude de parler à une foule qui ne m’écoute pas vraiment », a déclaré sans ambages Mme Kallas quelques minutes après le début de son discours, alors que les participants parlaient en même temps qu’elle.

« Mais vous savez, nous sommes des libéraux », a-t-elle plaisanté, « chacun fait ce qu’il veut ». « Cependant, ce dont nous parlons ici, ce sont des choses sérieuses », a-t-elle insisté.

Peu de responsables politiques nationaux de haut rang ont assisté à l’évènement à Bruxelles, et même le Premier ministre belge Alexander De Croo (Libéraux et démocrates flamands, Open vld) ne s’y est pas rendu, préférant envoyer un message vidéo.

Le président français Emmanuel Macron (Renaissance) n’a pas fait le déplacement non plus, bien que deux des trois têtes de liste des libéraux, Valérie Hayer (Renaissance) et Sandro Gozi (Liste Renaissance), se soient rendues sur place.

Le contraste est saisissant avec le congrès du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, qui s’est tenu début mars, qui représentait une démonstration de force et d’unité à laquelle ont participé tous les Premiers ministres conservateurs et les dirigeants de l’opposition de l’ensemble de l’Union.

L’évènement de lancement de campagne des socialistes a lui aussi suscité plus d’intérêt, le chancelier allemand Olaf Scholz (Parti social-démocrate, SPD) et le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez (Parti socialiste-ouvrier espagnol, PSOE) y ayant pris la parole.

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Les libéraux ne visent pas les top jobs

Les libéraux de l’UE se présentent avec une plateforme commune composée des trois principales factions, qui ont toutes proposé un représentant au sein d’une équipe têtes de liste qui guideront l’alliance lors des élections européennes.

« Nous ne faisons pas campagne pour des postes de premier plan, nous faisons campagne pour les citoyens européens. Ursula von der Leyen [tête de liste PPE] et Nicolas Schmit [tête de liste des socialistes] font campagne pour eux-mêmes, pour des emplois », a déclaré Valérie Hayer.

Plusieurs responsables politiques ont confirmé que si les listes transnationales avaient été une réalité pour les élections, les libéraux se seraient mis d’accord sur une seule tête de liste pour le plus haut poste de l’UE.

Mais comme les États membres continuent de bloquer tout projet de réforme électorale, les libéraux ont opté pour des profils plus discrets qui ne feront pas campagne pour un top job.

« Nous faisons campagne pour les citoyens, pour l’Europe, pour avoir de l’influence au Parlement européen », a précisé à la presse Valérie Hayer, présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, alors que les forces libérales devraient perdre du terrain lors des élections.

Interrogée pour savoir si les libéraux cherchent toujours à revendiquer l’un des postes les plus convoités de l’UE, Mme Hayer a affirmé que certains noms étaient déjà évoqués. « Vous pouvez compter sur nous […] Nous avons des voix et des visages forts au niveau de l’UE », a-t-elle déclaré.

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Des priorités électorales édulcorées

Outre ses trois têtes de liste, l’alliance dispose également d’un programme électoral en 10 points qui définit les priorités des libéraux pour la prochaine législature.

Toutefois, ces points communs ne présentent pas de propositions politiques spécifiques, mais plutôt 10 engagements généraux en matière de défense, de législation environnementale (Green Deal), d’industrie européenne, de migration et de réforme de l’UE.

Ce programme reste flou en raison des divergences d’opinions entre les différentes factions. Les positions des différents partis libéraux ne parviennent pas à s’accorder dans des domaines politiques importants tels que le climat et l’environnement ou encore la politique industrielle ou fiscale.

Et les têtes de liste ne le nient pas. « Les libéraux sont libéraux parce qu’ils ont leur propre vision des choses », a déclaré Marie-Agnès Strack Zimmermann, tête de liste des libéraux issue du plus grand parti libéral, l’Alliance des libéraux et démocrates d’Europe (ALDE).

« Ils ne sont pas des moutons qui se contentent de suivre ce que dit le patron. Mais ce qui nous unit, c’est notre amour de la liberté », a-t-elle ajouté.

Par exemple, en ce qui concerne le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), certains membres de l’ALDE, comme le Parti libéral-démocrate allemand (FDP) duquel est issue Mme Strack Zimmermann, souhaitent faire marche arrière sur certaines législations, tandis que la Française Mme Hayer a affirmé qu’elle s’opposait à tout réexamen des mesures du paquet législatif au cours de la prochaine législature.

En ce qui concerne les priorités communes, les factions se sont mises d’accord pour demander une pause règlementaire et se concentrer sur la mise en œuvre des lois existantes.

Pour ce qui est de la politique fiscale, le programme ne fait pas mention des investissements publics et des emprunts conjoints de l’UE, bien qu’il appelle à la création d’une « commission des investissements » afin d’éviter les divergences entre la position conservatrice allemande sur le sujet et d’autres positions plus souples, telles que celles des Français.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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