Jeudi (29 février) en fin d’après-midi à Paris, la tête de liste du Rassemblement national pour les élections européennes, Jordan Bardella, a donné rendez-vous à la presse pour annoncer les grands axes de la campagne et sa « stratégie tricolore ». Objectif : « réécrire les traités ».
En présence d’eurodéputés et de cadre du parti, dont Marine Le Pen, le chef du parti à la flamme Jordan Bardella s’est donné comme défi « 100 jours pour mobiliser », « 100 jours pour gagner » l’élection européenne du 9 juin prochain qui, dit-il, « ne sera pas comme les autres ».
« Aussi nationale qu’européenne », cette élection sera en effet l’occasion de préparer celles présidentielles de 2027 à l’issue de laquelle, si le RN gagne, ce dernier proposera de « réécrire les traités » européens, a déclaré M. Bardella.
En amont, le parti s’attaque à ce qu’il nomme le « vonderleyisme » que défendraient Emmanuel Macron et les tenants d’une Europe libérale.
En combattant ce « vonderleyisme », néologisme en référence à la présidente actuelle de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, M. Bardella a dit vouloir éviter le « suicide de l’Europe » bâtie, selon lui, sur quatre piliers : le pacte migratoire, le pacte vert, l’approfondissement et l’élargissement de l’UE.
Immigration, écologie, souveraineté
Sur l’immigration d’abord, M. Bardella a accusé Mme von der Leyen de vouloir transformer l’UE en « hall de gare ». Afin d’y remédier, le président du RN souhaite que les élections soient l’occasion d’un « référendum sur l’immigration ».
Le pacte vert (Green deal) ensuite, qu’il a qualifié de porte-étendard d’une « écologie punitive érigée en système ». Fin janvier, M. Bardella demandait à y « renoncer ». Par suite, les eurodéputés du parti ont signé une résolution d’un de leur collègue belge pour l’« abolir ».
Concernant l’élargissement de l’UE, « quand une structure ne marche pas à 27, pourquoi en vouloir 36 ? », a tancé le président du RN. En outre, les propos tenus par Emmanuel Macron n’excluant pas l’envoi de troupes en Ukraine, sont « profondément irresponsables » et « affaiblissent la position française, faisant donc le jeu du Kremlin », a-t-il déclaré.
Enfin, sur l’approfondissement de l’Europe, M. Bardella oppose deux camps : ceux qui veulent un « État unitaire [européen] centralisé, en dépassement du fédéralisme », comme Mario Draghi, et ceux qui défendent, comme le RN et les autres partis nationalistes, « l’Europe des Nations ».
Pas de Frexit
La tête de liste du RN prévient toutefois : aucune velléité « ni publique ni cachée » de Frexit à l’horizon. « Précisément parce qu’on ne quitte pas la table de jeu lorsqu’on est en train de gagner la partie », a-t-il justifié — les partis nationalistes caracolent en tête des sondages pour les élections européennes dans une dizaine de pays de l’UE, dont la France, l’Italie et l’Autriche.
Plutôt, M. Bardella souhaite « tout changer sans rien détruire » en proposant un « modèle de coopération alternatif » basé sur la nouvelle stratégie dévoilée jeudi : la « stratégie tricolore ».
Celle-ci consiste à répartir les champs d’actions des États membres et de l’UE en trois domaines.
En vert, les domaines dont l’action peut être partagée. En orange, les domaines dont l’action peut être partagée sous conditions, comme les questions liées à l’espace Schengen. En rouge enfin, les domaines dont l’action doit être dévolue uniquement aux États membres, comme la gestion de l’immigration à l’intérieur des frontières nationales, le mix énergétique, la diplomatie, ou encore la défense.
Sans surprise, la répartition des domaines est totalement différente de celle actuelle de l’UE. Par conséquent, sa mise en place nécessiterait, à terme, de « réécrire les traités ».
…mais un nouveau traité
« L’aboutissement de la stratégie tricolore vise à redéfinir les bases de l’alliance européenne des nations » et « à clarifier le rapport que nous avons vis-à-vis des institutions européennes », a assumé M. Bardella.
Cette hypothèse ne pourrait toutefois être réalisable qu’à la condition que le RN remporte les élections présidentielles de 2027, seul moyen de faire valoir une refonte de l’UE. De fait, M. Bardella dit penser les élections européennes comme un « midterms » pour 2027.
M. Bardella se verrait donc bien « poser les bases d’une nouvelle négociation » avec la Commission et imposer, au lendemain des élections présidentielles de 2027, si d’aventure le RN les remporte, ses « lignes rouges, et donc d’engager la réécriture des traités actuels ».
À l’instar d’une sortie de l’UE, ce projet ravive les idées antérieures du parti en la matière. Ainsi, après le référendum pour la sortie de l’UE en 2017, la suppression de la Commission européenne en 2019, voici venu le temps de la réécriture des traités pour 2027.
M. Bardella l’assume : maintenant que son parti et les partis nationalistes sont en position dominante dans plusieurs États membres, il n’est plus besoin d’appeler à la sortie de l’UE pour se faire entendre.





