Élections européennes : Ursula von der Leyen dans une situation politique difficile en Allemagne

Ursula von der Leyen [Euractiv/Esther Snippe avec images Shutterstock et EPA]

Dans son propre pays, l’Allemagne, le verdissement de la politique de l’UE opéré par la présidente de la Commission européenne l’a rendue plus populaire auprès de ses opposants qu’auprès de son propre parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Cette relation délicate avec son parti national renforce la pression exercée sur Ursula von der Leyen pour qu’elle fasse campagne contre les projets qu’elle a elle-même portés, alors qu’elle devrait annoncer sa candidature pour un second mandat à la tête de l’exécutif de l’UE lundi (19 février).

Peu de choses reflètent autant l’ambition d’Ursula von der Leyen de façonner une « Commission géopolitique » que son agenda personnel.

Selon le registre officiel du site de la Commission, Mme von der Leyen a effectué au moins 230 voyages officiels dans plus de 60 pays, du Rwanda à la Corée du Sud, au cours des quatre années et demie passées à la tête de l’institution.

Toutefois, c’est dans son pays d’origine, l’Allemagne, que l’ancienne ministre de la Défense a effectué le plus grand nombre de visites. Elle y a effectué 33 voyages, soit plus de deux fois plus que ses visites en France, pays qui arrive deuxième dans le classement, si l’on exclut la Belgique, où elle est basée, et ses voyages pour se rendre au Parlement européen à Strasbourg.

Au cours des deux dernières années, elle aurait effectué plus de réunions bilatérales avec les Premiers ministres régionaux allemands qu’avec le président français Emmanuel Macron.

« Il ne faut pas sous-estimer le fait que Mme von der Leyen reste dans les faits une commissaire allemande », a expliqué à Euractiv Johannes Lindner, directeur du groupe de réflexion Centre Jacques Delors.

Johannes Lindner a souligné que Mme von der Leyen avait fait preuve d’une mentalité paneuropéenne au cours de son premier mandat, mais il a également noté que ses fréquentes visites en Allemagne reflétaient le fait que les commissaires européens avaient également « une grande responsabilité de promotion des politiques de la Commission au sein de leurs propres États membres ».

Ursula von der Leyen : Vladimir Poutine a « poussé la transition verte » européenne

Lors du 50e anniversaire de l’Agence internationale de l’énergie (IEA) organisée mardi à l’OCDE, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et Bruno Le Maire, ont déclaré que la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine avait forcé l’UE à accélérer sa transition énergétique.

Un retour en arrière sur les politiques environnementales ?

Cependant, cette relation étroite avec son pays d’origine est compliquée, et elle pourrait rendre Mme von der Leyen vulnérable aux pressions visant à suspendre ou à faire machine arrière en ce qui concerne certaines parties de sa politique phare, le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), si elle devait être choisie pour un second mandat.

Son objectif d’accélérer la transition écologique de l’UE grâce à un savant mélange de mesures d’incitation et de règlementation l’a rendue populaire auprès du gouvernement de coalition allemand de gauche, mais moins auprès de son propre parti de centre droit, la CDU, qui devrait remporter les prochaines élections européennes en Allemagne.

Un sondage Forsa de 2023 a montré que le soutien des électeurs de la CDU en faveur d’un second mandat de Mme von der Leyen à la tête de la Commission était relativement faible, avec seulement 51 % — soit le même résultat que parmi les électeurs du Parti libéral-démocrate (FDP) et de l’Alliance 90/Les Verts. Globalement, une majorité d’Allemands s’oppose à un retour de Mme von der Leyen à la tête de l’exécutif européen.

La CDU est traditionnellement proche des propriétaires de petites et moyennes entreprises (PME) qui critiquent la surabondance de règlementations environnementales, une plainte qui s’est encore manifestée lors d’une conférence de la CDU le mois dernier, où les représentants de l’industrie ont exprimé leur mécontentement à ce sujet.

Les hauts responsables du parti s’expriment eux aussi à ce sujet. Manfred Weber, président du Parti populaire européen (PPE), le groupe au Parlement européen, auquel est affiliée la CDU, et tête de liste de la CSU, l’homologue bavaroise de la CDU, a ouvertement plaidé en faveur de l’abandon de l’interdiction des moteurs à combustion dans l’Union européenne.

« Si le [PPE] peut obtenir une majorité après les élections européennes, nous annulerons l’interdiction », a promis M. Weber en décembre, affirmant par ailleurs que cette politique nuisait à l’industrie automobile, fleuron de la Bavière.

Dans ce contexte, il est presque certain que la CDU annoncera tout de même la nomination de Mme von der Leyen comme tête de liste du PPE lundi (19 février), étant donné que le parti est notoirement plus enclin à faire des concessions plutôt que de bloquer l’accès au pouvoir à l’un des siens.

Ursula von der Leyen annonce le retrait du règlement sur les pesticides

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé le retrait du règlement sur l’utilisation durable des pesticides (SUR), qui visait à réduire de moitié l’utilisation des pesticides d’ici 2030, un véritable coup dur pour le Green Deal.

Pour les écologistes, Ursula Von der Leyen a « tenu ses promesses »

Toutefois, étant donné que ce sont les dirigeants de l’UE qui auront le dernier mot concernant la présidence de la Commission, l’approbation du gouvernement allemand jouera un rôle encore plus important pour l’obtention d’un second mandat.

C’est là que les choses vont sans doute se compliquer, car la coalition gouvernementale allemande comprend désormais le Parti social-démocrate (SPD) de centre gauche, les Verts et le parti libéral FDP, mais pas la CDU. La situation est donc différente de celle qui prévalait lorsque Mme von der Leyen a accédé à son poste.

La chancellerie du SPD et le ministère des Affaires étrangères dirigé par les Verts restent discrets à ce sujet et refusent pour l’instant de confirmer s’ils soutiendront Mme von der Leyen.

Toutefois, hormis la chute du SPD dans les derniers sondages, une résistance de la part de la coalition semble peu probable, a déclaré M. Lindner du Centre Jacques Delors, soulignant également que les sociaux-démocrates ont choisi le commissaire européen luxembourgeois Nicolas Schmit comme concurrent de Mme von der Leyen pour les élections européennes de juin.

« En comparaison avec les options qui ont été discutées […], M. Schmit est un choix moins prestigieux, ce qui pourrait indiquer que le SPD a déjà accepté que Mme von der Leyen remporte le scrutin », a suggéré M. Lindner.

Les réactions remarquablement positives à l’égard de Mme von der Leyen de la part d’éminents législateurs des Verts et du SPD semblent corroborer ses dires.

Anton Hofreiter (Alliance 90/Les Verts), l’influent président de la commission des Affaires européennes au Bundestag, a déclaré à Euractiv que Mme von der Leyen avait prouvé qu’elle était capable de tenir ses promesses.

« Du point de vue des Verts, le Pacte vert en particulier est un succès, même s’il n’a pas encore été entièrement mis en œuvre », a noté M. Hofreiter.

Christian Petry, porte-parole de la politique européenne du SPD pour les Affaires européennes, a également reconnu que la présidente de la Commission « a fait un travail décent lorsqu’elle s’en est tenue à l’agenda qu’elle avait promis au Parlement européen lors de son élection ».

Son homologue du FDP, Thomas Hacker, s’est montré plus sévère, affirmant que le soutien du FDP dépendait de la capacité de Mme von der Leyen à « compléter et adapter le marché intérieur à la nouvelle réalité internationale, en libérant l’économie européenne de la bureaucratie ».

Toutefois, si sa candidature échoue, l’accord de coalition prévoit que les Verts choisissent le prochain commissaire allemand. Étant donné que le choix des Verts risque de ne pas répondre aux attentes du FDP, les libéraux pourraient préférer ne pas s’opposer à Mme von der Leyen, a fait remarquer M. Lindner.

Ursula von der Leyen donne le coup d’envoi du dialogue stratégique sur l’avenir des systèmes alimentaires de l’UE

Alors que la colère des agriculteurs gronde, la présidente de la Commission européenne a rencontré jeudi (25 janvier) les représentants de la chaîne alimentaire et des ONG afin de lancer le « dialogue stratégique » entre organisations agricoles et décideurs de l’UE.

Une volte-face d’Ursula von der Leyen ?

Mais la pression émanant de son propre parti demeure, car Mme von der Leyen pourrait, en tant que tête de liste, devoir faire campagne contre ses propres réalisations en tant que présidente de la Commission.

Les signes avant-coureurs d’une volte-face se multiplient par ailleurs depuis l’été dernier. Dans son discours sur l’état de l’Union devant le Parlement européen en septembre dernier, elle a mis l’accent sur la « compétitivité » et sur une rhétorique favorable aux entreprises.

Son précédent mandat a montré que Mme von der Leyen est prête et capable d’opérer un virage à 180 degrés au niveau de ses stratégies politiques.

Lorsque son investiture en tant que présidente de la Commission dépendait d’un Parlement européen porté par une vague verte, Mme von der Leyen avait fait du Pacte vert son cheval de bataille.

Aujourd’hui, sa candidature dépend du vote de la direction de la CDU, et c’est au siège du parti à Berlin que Mme von der Leyen devrait annoncer sa candidature lundi à l’heure du déjeuner — avec Friedrich Merz, chef de file de la CDU, à ses côtés pour mettre en place son programme national.

« La réduction de la bureaucratie, la compétitivité, la prudence à l’égard de nouvelles règlementations climatiques, et l’immigration sont les mots-clés que M. Merz utilisera probablement lundi », a déclaré M. Lindner.

« Et Mme von der Leyen fera probablement comprendre qu’elle se concentrera un peu plus sur les priorités de la CDU au cours de son second mandat. »

Discours sur l’état de l’Union : Ursula von der Leyen souligne les succès de son mandat

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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