Les derniers sondages, quelques 24 heures avant l’ouverture des bureaux de vote aux Pays-Bas, renforcent l’idée d’un score qui devrait se jouer dans un mouchoir de poche entre différentes coalitions de droite, toutes teintées d’un certain euroscepticisme. Seule la coalition social-démocrate, dirigée par l’ancien commissaire au Climat Frans Timmermans, semble tirer son épingle du jeu et rester dans le peloton de tête.
La coalition de droite qui caracole en tête des sondages comprendrait le parti libéral de l’ancien Premier ministre Mark Rutte, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), avec 18 % des voix, et le nouveau parti Nouveau Contrat Social (NSC), avec 13 %. Néanmoins, ils auraient besoin d’autres partis mineurs tels que l’Appel chrétien-démocrate (CDA), le Mouvement agriculteur–citoyen (BBB), le Parti politique réformé, chrétien fondamentaliste (SGP) ou encore le parti d’extrême droite JA21.
Enfin, un autre allié naturel serait le PVV, parti d’extrême droite, qui devrait être l’un des vainqueurs des élections avec 16 % des intentions de vote.
Bien que le VVD se soit montré ouvert à la collaboration, Peter Omzigt, chef du NSC et ovni politique arrivé par hasard dans les élections sur un programme d’intégrité radicale, a déclaré qu’il aurait « beaucoup de mal » à former un gouvernement avec le PVV en raison des menaces que ce parti d’extrême droite fait peser sur l’État de droit dans le pays.
L’extrême droite du PVV, en revanche, a multiplié les signes de bonne volonté. Son chef, Geert Wilders, a déclaré que le parti souhaitait « vraiment » entrer au gouvernement et était prêt à faire des concessions.
Euroscepticisme ou… euroscepticisme
Une autre coalition possible inclurait le NSC, le VVD et le regroupement des partis socialiste et écologiste (PvdA/GL) — dirigée par l’ancien commissaire européen Frans Timmerman. Cette coalition pourrait avoir besoin de partis plus petits, tels que le parti libéral pro-UE Démocrates 66 (D66).
Cependant, les écarts idéologiques importants entre le PvdA/GL, le NSC et le VVD en matière de politique environnementale ou migratoire laissent présager des débats difficiles au sein de la coalition.
Avec une telle égalité entre les deux blocs, les résultats sont hautement imprévisibles. C’est d’autant plus le cas que le système électoral néerlandais encourage le « vote stratégique », rendant tout résultat des votes particulièrement compliqué à anticiper, souligne le correspondant néerlandais de l’institut de sondages Europe Elects, Nassreddin Taibi, à Euractiv.
Alors qu’une coalition de droite marquerait un virage eurosceptique de part la présence du PVV, une coalition plus centriste serait également légèrement en opposition avec les dogmes européens, sous l’influence du NSC, notamment sur la question migratoire.
Pays-Bas « constructi[f] mais réaliste »
Le PVV a longtemps défendu la mise en œuvre d’un « Nexit » (« Netherlands exit », en référence au « Brexit » britannique), s’opposant de fait à une plus grande intégration européenne et déplorant une perte de souveraineté des Pays-Bas.
« Nous devons reprendre notre souveraineté nationale. Reprendre le contrôle de nos frontières, de notre argent et de nos lois. Nous ne voulons plus des diktats de commissaires européens non élus sur le climat, [les droits et devoirs] des paysans ou encore l’accueil des demandeurs d’asile », peut-on lire dans le programme du PVV.
Le parti d’extrême droite souhaite en outre des dérogations aux réglementations européennes et exige que tous les citoyens européens aient un permis de travail pour travailler aux Pays-Bas, ce qui va à l’encontre du principe fondamental de la liberté de circulation du marché unique.
Quant au NSC, il s’oppose à une intégration plus poussée de l’UE, rejetant « une union toujours plus étroite » dans son programme.
« Au sein de l’Europe, nous prônons une position ferme de la part des Pays-Bas, constructive mais réaliste, sans transfert progressif de subsidiarité, de pouvoirs et de budgets qui érodent la souveraineté nationale », peut-on lire dans le programme de M. Omzigt.
Dimanche (19 novembre), Peter Omzight déclarait d’ailleurs sur RTL News que les Pays-Bas devraient adopter une position plus dure au niveau de l’UE, tout comme la Hongrie et la Pologne.
« Je ne suis pas du tout d’accord avec Viktor Orbán en Hongrie ou avec la Pologne. Mais ils ont mis la question [de la souveraineté nationale] sur la table à plusieurs reprises : nous voulons que les choses se passent différemment. Tout le monde a alors commencé à réagir, mais en fin de compte, ils ont en partie obtenu ce qu’ils voulaient. Et c’est parfois ce que les Pays-Bas doivent faire », a-t-il déclaré.
Le NSC demande l’introduction d’un mécanisme juridique contraignant qui obligerait le gouvernement à respecter l’avis du parlement néerlandais lorsqu’il vote sur des propositions législatives européennes, ce qui reviendrait à donner un droit de veto aux parlements nationaux.
En cas de désaccord avec certaines propositions législatives européennes, le NSC ne cache pas sa volonté de créer une minorité de blocage avec des États membres partageant les mêmes idées.
Face à cette perspective et au conservatisme du VVD, Simon Otjes, professeur de sciences politiques à l’université de Leiden, a averti que « les Pays-Bas sont susceptibles de revenir à une position beaucoup plus retenue et conservatrice » après quatre années de politique pro-UE affirmée.


