Elmar Brok accuse Macron de vouloir affaiblir le Parlement européen

L'eurdéputé Elmar Brok estime que les listes transnationales vont à l'encontre du fédéralisme européen. [European People's Party/Flickr]

Exclusif. Emmanuel Macron souhaite « affaiblir » le Parlement européen en s’opposant au système des « Spitzenkandidaten », a prévenu Elmar Brok, eurodéputé influent du Parti populaire européen dans une interview avec Euractiv.

Elmar Brok, proche allié d’Angela Merkel, a déclaré qu’Emmanuel Macron faisait pression pour que les listes transnationales soient utilisées lors des prochaines élections européennes, ce qui, selon lui, saperait la légitimité du Parlement européen et irait à l’encontre du « pouvoir réel » donné par le processus des « Spitzenkandidaten » au peuple.

« Avec cette attitude, Emmanuel Macron veut affaiblir le Parlement européen », a-t-il déclaré. Selon lui, le président français souhaite empêcher le Parlement d’élire le prochain président de la Commission et que ce vote soit organisé à huis clos au Conseil européen. « Cela irait à l’encontre du droit des citoyens, du fédéralisme européen », a prévenu l’eurodéputé allemand.

Le système des « Spitzenkandidaten » a été testé pour la première fois en 2014 et a mené à la nomination de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission.

Le traité de Lisbonne stipule que le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, nomme un président de la Commission pour le soumettre à l’approbation du Parlement européen, en tenant compte des résultats des élections européennes. Cependant, ce traité européen ne fait pas mention du système des têtes de liste. En 2014, il a été utilisé à la suite d’un accord tacite entre les dirigeants de l’Union. Angela Merkel avait toutefois fait part de ses inquiétudes.

Juncker et Tusk s'opposent sur le débat des Spitzenkandidaten

Les dirigeants de l’UE s’opposent au système controversé des « Spitzenkandidaten » pour la nomination d’un nouveau président de la Commission et se préparent à lutter contre la volonté du Parlement européen.

Pour les élections de 2019, un certain nombre d’États membres, notamment la France, s’opposent au processus.

Le mouvement progressiste d’Emmanuel Macron n’appartient à aucune famille politique du Parlement européen, ce qui, selon des spécialistes, serait l’une des raisons pour lesquelles il s’oppose au système des « Spitzenkandidaten », qui favorise le parti avec la plus grande majorité. Le président français soutient en revanche le système des « listes transnationales ».

D’un autre côté, les partis de droite allemands contrôlent le Parlement européen et, grâce à ce système, peuvent éventuellement influencer l’élection du successeur de Jean-Claude Juncker.

Pour tenter de mettre fin à la montée de l’euroscepticisme et renforcer le sentiment de citoyenneté européenne, Emmanuel Macron a souligné que les 73 sièges vides après le Brexit devraient être octroyés à des circonscriptions paneuropéennes.

La proposition a été soutenue par les socialistes et les libéraux au Parlement mais a été finalement rejetée en raison de la position du PPE, qui l’a qualifiée d’« irresponsable ».

LREM persiste sur les listes transnationales

Les députés français ont maintenu la création des listes transnationales pour les élections européennes de 2019, en dépit de l’opposition du Parlement européen.

Elmar Brok, également président de l’Union des fédéralistes européens (UEF), fait campagne contre les listes transnationales, qui est pourtant une requête de longue date du mouvement fédéraliste. Certains membres de l’UEF ont vivement réagi, exigeant sa démission.

« Parce que je suis fédéraliste, je suis contre les listes transnationales », a-t-il déclaré, ajoutant que ce système allait à l’encontre de toute légitimation du Parlement européen.

« Je suis fédéraliste depuis l’âge de 12 ans. J’ai toujours affirmé que les listes transnationales étaient contre le fédéralisme. Vous ne trouverez aucune liste transnationale dans un État fédéral. Ni aux États-Unis, ni en Allemagne, ni en Suisse. »

Selon Elmar Brok, les membres du Parlement doivent rendre des comptes aux citoyens européens et obtenir leur accord. « Je suis pour un système électoral dans lequel les citoyens et les membres du Parlement européen sont aussi proches que possible. Notre principal problème est que le Parlement n’est pas proche des citoyens et, avec les listes transnationales, l’écart serait encore plus grand », a-t-il souligné.

L’eurodéputé, qui est également un proche allié d’Angela Merkel, a déclaré que pour avoir un réel débat européen, « nous devons accorder aux citoyens de l’UE le droit de décider de l’avenir du gouvernement européen ».

Revers pour Macron sur les listes transnationales

Les eurodéputés se sont accordés pour modifier la composition du Parlement dans la foulée du Brexit. Mais l’idée d’une liste transnationale pour les élections de 2019, portée par Macron, n’a pas remporté les suffrages.

Le Brexit de plus en plus difficile

L’eurodéputé allemand a noté au sujet des négociations sur le Brexit que la situation devenait de « plus en plus difficile », « parce que nous ne connaissons pas encore les détails, la volonté et la position du gouvernement britannique. J’espère maintenant que le projet d’accord de retrait publié par la Commission pourra être discuté et négocié point par point ».

Il a déclaré qu’une solution devrait être trouvée pour octobre, notamment sur les conditions de la période de transition nécessaire pour « laisser suffisamment de temps aux deux parties pour parvenir à un futur accord, un accord de libre-échange ou autre ».

L’Irlande du Nord devient un sujet épineux du Brexit

Une proposition de l’UE pour éviter une frontière « dure » en Irlande après le Brexit sème la discorde entre Londres et Bruxelles. Theresa May affirme qu’elle menace « l’intégrité constitutionnelle » du Royaume-Uni.

Message fort à Skopje

Interrogé sur la récente déclaration de Jean-Claude Juncker selon laquelle certains pays des Balkans occidentaux pourraient rejoindre l’UE en 2025, Elmar Brok a déclaré que chaque pays pouvait espérer adhérer à l’UE en fonction de ses mérites.

Cette adhésion est possible en 2025 à condition que les pays aient mis en place les réformes appropriées pour le marché intérieur, la lutte contre la corruption, l’état de droit et la démocratie. « J’espère qu’ils y parviendront. »

L'ombre du Kosovo plane sur l’adhésion de la Serbie à l’UE

Pour Juncker, la normalisation des relations avec le Kosovo est la clé de voûte de l’adhésion de la Serbie à l’UE. Mais Belgrade rappelle l’absence de position commune des pays européens sur la question.

Sur le litige de longue date entre la Macédoine et la Grèce, il a noté qu’il était possible de parvenir à une solution cette fois-ci. « Nous sommes dans une meilleure position que nous ne l’étions il y a quelques années, mais il serait utile que le gouvernement de Skopje comprenne qu’il doit clairement dire à la Grèce qu’il n’y a pas de volonté d’annexion. »

Le gouvernement grec a demandé à plusieurs reprises à l’Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) d’amender les articles de nature irrédentiste de sa constitution pour s’assurer que le pays ne revendique rien sur le territoire grec. Cependant, Zoran Zaev, le Premier ministre de l’ARYM, a déclaré au journal Financial Times que les demandes de la Grèce n’étaient « pas raisonnables ».

« Maintenant, la Grèce demande que nous modifiions notre constitution. Cependant, une constitution est une règlementation nationale ; cela n’a donc aucune répercussion à l’extérieur du pays. Dans tous les cas, changer la constitution ne serait pas une garantie finale, car un nouveau gouvernement pourrait à l’avenir simplement remodifier la constitution », a déclaré Zoran Zaev. Elmar Brok continue de croire que la constitution doit être modifiée.

Le gouvernement macédonien devrait, selon lui, assurer qu’aucun membre de la sphère politique n’estime qu’une partie du territoire grec soit annexé à la Macédoine, qui est la « source première du problème ». « Accepteriez-vous qu’un pays rejoigne l’UE si celui-ci souhaite s’approprier la moitié de votre pays ? », a-t-il demandé.

« En vertu des valeurs européennes, les frontières doivent être acceptées telles qu’elles sont. Elles doivent être certes moins problématiques et plus ouvertes, mais elles ne doivent pas être modifiées. C’est l’une des principales raisons de l’unification européenne », a-t-il conclu.

La Macédoine se rapproche lentement mais sûrement de l’UE

Pour Angela Merkel, le règlement du différend sur l’utilisation du nom « Macédoine » avec la Grèce n’a jamais été aussi proche.

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