La plus grande menace pour la France dans le monde « est la guerre d’agression russe en Ukraine », a martelé le chef de l’État Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse hors-norme mardi (16 janvier), exhortant le monde à « ne [pas] laisser la Russie gagner ».
« Laisser la Russie gagner, c’est au fond accepter que les règles de l’ordre international, telles que nous les avons définies, peuvent ne pas être respectées », a-t-il martelé. Les risques militaires qui s’abattraient sur les pays baltes, la Pologne et toute autre nation voisine de la Russie rendraient « l[eur] vie impossible ».
M. Macron a annoncé la livraison de 40 nouveaux missiles longue portée SCALP, des « centaines de bombes » et des canons français CEASAR. En outre, il doit se rendre en Ukraine en février afin de finaliser des accords bilatéraux de sécurité, à l’instar de l’accord signé entre Kiev et Londres samedi (13 janvier).
Un monde en bascule
Les propos du président s’inscrivent dans le cadre d’une conférence de presse que M. Macron a souhaité tenir quelques jours après la nomination d’un nouveau gouvernement, afin de « fixer le sens profond » de la deuxième moitié de son quinquennat.
Tout au long d’un échange de presque deux heures et demie, ce sont des mesures d’inspiration conservatrice dont le président a dressé la liste, ancrées dans le retour de « l’autorité », de « l’ordre » et du « réarmement académique, scientifique, technologique, industriel et agricole » face à un « monde en bascule », au point de faire sien l’ancien slogan de campagne d’Eric Zemmour, « pour que la France reste la France ».
L’expérimentation de la tenue unique ou de l’uniforme, la réintroduction de « l’instruction civique » au collège et l’accès à la culture dès le plus jeune âge sont autant de mesures qui concernent l’Education nationale.
Il a aussi indiqué vouloir déterminer « le bon usage des écrans pour nos enfants, dans les familles, à la maison comme en classe », et annoncé la mise en place d’un « congé de naissance » de six mois pour remplacer le congé parental.
Une nouvelle réforme du marché du travail, ainsi qu’un texte sur la croissance économique, devrait renforcer l’économie française dans un objectif de « France du bon sens plutôt que […] France des tracas ».
En somme, une « ligne claire » guidera l’action du gouvernement, a-t-il affirmé : « libérer les énergies, protéger les Français et unir la Nation ».
L’UE doit se protéger elle-même
La France ne serait en revanche rien sans une « Europe forte qui refuse la logique des blocs et qui peut nous permettre de faire face à des déséquilibres [mondiaux] », a souligné le président, qui veut que l’Union européenne, face à la Chine et aux Etats-Unis, puisse incarner un « troisième pôle de stabilité ».
Le retour de Donald Trump à la présidence américaine en novembre 2024, l’intensification des frappes russes contre l’Ukraine et les risques économiques que fait peser la Chine sont autant de raisons pour que l’UE tente plus que jamais de s’imposer comme force géopolitique de premier plan, a-t-il expliqué.
Ainsi estime-t-il que « le plus grand risque, à [s]es yeux, est la guerre d’agression russe en Ukraine. Nous ne pouvons pas laisser la Russie gagner », a-t-il martelé.
Quant à la puissance de feu étasunienne, elle ne peut être appréhendée par l’Europe qu’à partir du moment où cette dernière « [sait] se protéger elle-même, et ne dépend pas des Etats-Unis » pour assurer sa propre souveraineté militaire et économique, estime Emmanuel Macron.
« La première priorité [des États-Unis], c’est eux-mêmes. La deuxième, c’est la Chine ».
« Ne nous habituons pas »
Une Europe forte et souveraine : voilà aussi une des réponses les plus puissantes face à la montée de l’euroscepticisme, estime le président, alors que les sondages montrent une très large avance du Rassemblement national (RN) devant le parti présidentiel, Renaissance, à moins de cinq mois des élections européennes.
« Quelque chose se passe », souffle le président, alors que les discours anti-Europe prennent du poids non pas simplement en France, mais partout sur le continent, dont l’Allemagne « où l’on pensait [cela] impossible ».
« Ne nous habituons pas » à cette nouvelle donne politique, a-t-il insisté, pour qui les mouvements extrêmes, tant de droite que de gauche, ne peuvent mener qu’à « l’appauvrissement collectif ».
Il alerte contre le risque de rentrer dans « une zone de danger, qu’on voit dans tous les pays européens, où on ne se bat plus pied à pied sur ce qui est la réalité de la France » au point de laisser l’extrême droite et l’extrême gauche occuper l’espace politique sans contradiction.
« Le Rassemblement national est devenu le parti de la colère facile [alors] agissons, faisons, bousculons les choses et les habitudes pour montrer que […] ce bloc central qui rassemble les démocrates, les républicains [et] les écologistes qui croient dans l’Europe, peut agir pour changer le quotidien des gens ».
Et Emmanuel Macron de conclure : « Face à la Chine et aux Etats-Unis d’Amérique, vous pensez que la France, toute seule dans une Europe affaiblie, c’est une bonne chose ? »





