En Allemagne, les partis parlent d’environnement, d’énergie et de climat

Angela Merkel est en course pour un quatrième mandat. [Clemens Bilan/EPA-EFE]

Les 6 partis en lice aux élections législatives allemandes avancent des propositions sur la transition énergétique, la mobilité, l’ETS et l’adaptation aux conséquences du réchauffement. Un article de notre partenaire le JDLE.

La campagne est enfin lancée! Trois semaines avant le scrutin qui forgera la prochaine majorité au Bundestag, les principales forces politiques d’Allemagne ont commencé à solliciter les 60 millions d’électeurs: campagnes d’affichage, meetings, tractages. Le point d’orgue de cette première semaine politique, le débat qui a opposé dimanche 3 septembre les deux favoris au poste de chancelier: Angela Merkel (CDU, conservateur) actuelle tenante du titre à Martin Schultz (SPD).

La majeure partie des observateurs considèrent que la chancelière Merkel a largement remporté cette première confrontation télévisée avec son challenger. Un débat où les deux politiciens ont souvent eu du mal à se départager. Un débat où, dieselgate mis à part, l’on a très peu évoqué les questions d’environnement, d’énergie (un sujet pourtant majeur, outre-Rhin) ou de climat.

Qu’à cela ne tienne, les 6 partis en lice ont clarifié leurs positions ces derniers jours.

Mettre fin au charbon

Trois types de réponses à cette problématique. Les plus petites formations, telles le parti social-libéral (FPD) et une Alternative pour l’Allemagne (AfD) s’opposent carrément à l’arrêt du charbon. Les libéraux estimant que c’est au marché de trancher, les populistes de droite estimant les énergies fossiles indispensables et le CO2 sans rapport avec le changement climatique. Un discours qui tranche avec celui des deux partis de gauche. Die Linke (DL) et les Verts proposent d’arrêter les centrales au charbon: en 2030 pour les Verts, 5 ans plus tard pour les militants de la Gauche. Aucun des deux partis de gouvernement ne prendra d’engagement aussi précis. La CDU d’Angela Merkel et le SPD Martin Schultz estiment nécessaire de sortir du charbon à long terme. Tout en accompagnant les régions minières.

Arrêter les moteurs thermiques

Les clivages diffèrent sur la question de la fin de la commercialisation de véhicules à moteur thermique. Là encore, CDU et SPD se rejoignent pour refuser une interdiction de la mise sur le marché de voitures à essence ou au gazole, rejoints par Die Linke. Angela Merkel et Martin Schultz considèrent le diesel comme une motorisation de transition. Les Grünen entendent interdire la commercialisation des véhicules à moteurs thermiques dès 2030 et soutenir l’équipement des flottes publiques en voitures électriques. Comme d’habitude, le FPD propose de laisser faire le marché. Une position finalement proche de celle de l’AfD qui veut aussi supprimer les zones 30 urbaines les plus inefficaces.

Une autre mobilité

Les 6 partis sont d’accord pour faire évoluer la mobilité. Mais pas de la même façon. La CSU veut remplacer la voiture thermique actuelle par des véhicules autonomes et moins polluants. Plus classiquement, le SPD veut réduire la place de la voiture pour accroître celle des chemins de fer. Les écologistes veulent aussi limiter la place de l’automobile et améliorer les déplacements en vélo. Novateurs, les libéraux ne jurent que par le numérique et les drones. Consensuelle pour une fois, l’AfD milite pour un programme fédéral des transports faisant la part belle à tous les modes.

Financer la transition énergétique

Tout le monde est d’accord (ou presque), l’Energiewende a coûté et coûtera cher. D’où l’importance de trouver de nouvelles sources de financement. Pour les conservateurs et les libéraux, l’argent doit être levé sur les marchés. Ne reste qu’à intéresser les investisseurs. Les socialistes rêvent de financements alternatifs, sans les désigner. Les Verts et Die Linke suggèrent d’alourdir le prix du carbone et d’augmenter les tarifs avantageux de l’énergie dont bénéficient les industriels énergo-intensifs. L’AfD appelle à la fin immédiate de la transition énergétique.

Développer les énergies renouvelables

L’Allemagne ne doit plus carburer qu’aux énergies vertes, de l’avis de La Gauche et des Verts. Les seconds voient une production d’énergie d’origine totalement renouvelable dès 2030 quand les premiers estiment que les ENR devraient satisfaire tous les besoins énergétiques à partir de 2040. Ce n’est pas moins ambitieux.

Sans se fixer d’échéances, CDU et SPD assurent que leur priorité est le développement des réseaux de transport d’électricité entre les champs d’éoliennes de la mer du Nord et les régions grosses consommatrices, telle la Bavière. Les libéraux entendent abandonner toute planification pour laisser les rênes au… marché. Fidèles à leur doctrine, les populistes de l’AfD veulent mettre fin aux aides publiques au développement du solaire et de l’éolien. Seuls ces deux derniers partis sont réticents, aussi, au soutien public aux technologies de stockage d’électrons.

Améliorer l’efficacité énergétique

L’amélioration de l’efficacité énergétique fait moins parler d’elle que les renouvelables. Les conservateurs proposent des aides publiques à la rénovation des logements. Les partisans de Die Linke ne sont pas loin, mais suggèrent d’allouer ces aides uniquement aux familles les plus modestes ou menacées par la précarité énergétique. A contrario, les socialistes du SPD suggèrent d’investir massivement dans l’amélioration de l’efficacité énergétique dans les pays en développement. Pragmatiques, les écologistes appuient la création d’un fonds (doté de 2 milliards par an) chargé de financer la rénovation des logements des plus pauvres et les bâtiments publics. Ni l’AfD ni les libéraux n’ont jugé bon de s’exprimer sur le sujet.

Réformer l’ETS

Vraie différence avec leurs ‘coreligionnaires’ français, la plupart des formations politiques allemandes savent ce qu’est le système communautaire d’échange de quotas et quels sont ses problèmes. A cet égard, Die Linke, les Verts et le SPD militent pour une révision forte de cet ETS. Les deux premiers choisissant d’annuler les quotas superflus (3 Md€/an pour DL).

S’adapter aux conséquences du réchauffement

Hormis à l’AfD, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation aux conséquences des changements climatiques ne font pas vraiment débat, outre-Rhin. Pas de consensus, en revanche, sur les modes d’action. Sans surprise, la CDU entend poursuivre la mise en œuvre du plan d’action climatique (PAC). Un PAC que souhaitent renforcer les partis de gauche. Le SPD veut revoir à la hausse ses ambitions. Les Verts feront voter des objectifs contraignants. Die Linke veut taxer les transactions financières pour financer (à hauteur de 30 Md€/an) l’adaptation. Les libéraux se contentent d’attendre la fixation d’un prix global du carbone pour agir. L’AfD opte pour une sortie de l’Accord de Paris et la fin de toute politique climatique.