En Italie, les élections européennes et américaines creusent le fossé idéologique entre Meloni et Salvini

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Si les relations de Mme Meloni avec Forza Italia semblent harmonieuses, ce n’est pas le cas en ce qui concerne la Ligue et, en particulier, son dirigeant Matteo Salvini. [Shutterstock/Alessia Pierdomenico]

Le fossé idéologique entre la Première ministre italienne et dirigeante du parti Frères d’Italie Giorgia Meloni (CRE), et son partenaire de coalition, le dirigeant de la Ligue, Matteo Salvini (ID), continue de se creuser, notamment sur la scène internationale et européenne.

Depuis 2022, l’Italie est gouvernée par une coalition de droite composée du parti Frères d’Italie (CRE) de la Première ministre Giorgia Meloni, de la Ligue (ID) d’extrême droite de Matteo Salvini et de Forza Italia (PPE) de centre droit d’Antonio Tajani.

Si les relations de Mme Meloni avec Forza Italia semblent harmonieuses, ce n’est pas le cas en ce qui concerne la Ligue et, en particulier, son dirigeant Matteo Salvini.

Malgré la victoire du centre droit aux élections des Abruzzes dimanche (10 mars), le candidat de Mme Meloni et président confirmé, Marco Marsiglio, ne semble pas avoir le soutien nécessaire de la Ligue.

La décision de M. Salvini de quitter la manifestation de soutien au candidat, la semaine dernière à Pescara, pendant le discours de clôture de Mme Meloni et avant la séance de photos, a été particulièrement significative.

Fin février, Mme Meloni et M. Salvini se sont affrontés lors d’une autre élection locale, en Sardaigne.

M. Salvini a dû céder aux pressions de Mme Meloni en faveur de son candidat préféré, le maire de Cagliari Paolo Truzzu, et abandonner son soutien à l’ancien gouverneur Christian Solinas.

Finalement, le choix de Mme Meloni s’est avéré infructueux, puisque la candidate du Mouvement 5 étoiles, Alessandra Todde, a remporté les élections avec le soutien du Parti démocrate (S&D), un parti de centre gauche.

Sardaigne : revers pour Giorgia Meloni et la droite à l’approche des élections européennes

La victoire de la candidate du Mouvement 5 étoiles aux élections régionales en Sardaigne face à un candidat de Fratelli d’Italia représente clairement un échec pour la droite et la coalition gouvernementale dirigée par Giorgia Meloni, à la veille des élections européennes de juin.

Giorgia Meloni : une droite « modérée » ?

Dans un entretien avec Euractiv Italie, Gianluca Pastori, chercheur associé à l’Institut d’études politiques internationales (ISPI), a souligné que le gouvernement connaissait des tensions de différentes natures depuis longtemps, qui deviennent maintenant évidentes à la lumière des prochaines élections en Europe et aux États-Unis.

La Première ministre italienne a rencontré le 1er mars le président américain Joe Biden et ils ont réaffirmé publiquement leur soutien mutuel.

« L’Italie et les États-Unis sont des alliés solides et des amis très proches. Et comme vous l’avez dit lors de notre première rencontre ici dans le bureau ovale, Giorgia, nous nous soutenons mutuellement. Et c’est le cas. Et vous [Mme Meloni] l’avez démontré dès votre entrée en fonction », a déclaré le président américain Joe Biden à l’issue de la rencontre.

Nombreux sont ceux qui, à Rome, ont interprété le geste de Mme Meloni comme une intention claire de renforcer les liens avec les États-Unis et M. Biden.

Au contraire, M. Salvini soutient ouvertement Donald Trump pour les élections présidentielles américaines de novembre.

M. Pastori souligne le tournant stratégique de Mme Meloni, déclarant que « Giorgia Meloni a longtemps essayé de donner du crédit à son image de leader de la droite modérée ».

Selon l’analyste, la décision de Mme Meloni d’allier son parti Frères d’Italie au groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) est conforme à cette logique et s’est avérée plus avantageuse que la décision de M. Salvini d’allier la Ligue au groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID).

L’expert a également constaté que « le fait que Mme Meloni se place à proximité du républicanisme “mainstream” des États-Unis répond à la même logique ».

Ce choix stratégique semble viser à rassurer les sections de l’électorat italien « modéré » qui ont joué un rôle important dans son succès.

D’autre part, M. Pastori estime que la relation étroite de Mme Meloni avec M. Biden répond à des besoins institutionnels, en particulier compte tenu du rôle de l’Italie au sein du G7 cette année.

Les élections européennes et von der Leyen

M. Pastori a souligné que même si les différences entre Mme Meloni et M. Salvini sur les élections américaines sont évidentes, il ne pense pas que cette question sera la seule à déclencher une crise.

Un autre point de discorde entre les camps de droite et d’extrême droite italiens concerne la tentative de certains membres du Parti populaire européen (PPE) de faire entrer le parti de Mme Meloni dans les rangs du centre droit européen.

Lors du congrès du PPE à Bucarest la semaine dernière, l’eurodéputé Salvatore De Meo, qui vient du parti de centre droit Forza Italia — le troisième partenaire de la coalition du gouvernement italien et membre du PPE — a déclaré à Euractiv que son parti était ouvert à l’idée que le parti Frères d’Italie de Mme Meloni les rejoignent au sein de la plus grande famille politique d’Europe.

« [L’ancien dirigeant de Forza Italia] Silvio Berlusconi, le pensait, et [le dirigeant actuel], Antonio Tajani, a toujours imaginé que le centre droit italien, tout, même la Ligue, pourrait trouver un moyen d’entrer dans le PPE », a-t-il ajouté.

Certains membres du PPE voient cette évolution d’un œil positif, suggérant qu’après les élections européennes de juin, le centre droit de l’UE cherchera des « éléments sains » du côté droit de l’échiquier, tel que Mme Meloni.

Thanasis Bakolas, le secrétaire général du PPE, a déclaré à Euractiv que cela prendrait du temps.

« Il faut du temps pour se positionner politiquement et s’adapter, et nous verrons qui sont ces éléments politiques et comment ils se positionnent. Mais, vous savez, le lendemain des élections, nous avons besoin d’une majorité pour faire le travail en ce qui concerne les “top jobs”, la Commission et les autres institutions. Le calendrier des deux ne va pas nécessairement coïncider .»

Cependant, tout le monde au sein du PPE ne soutient pas cette idée, en particulier le centre droit allemand.

« Mme Meloni représente une catégorie à part entière […] l’Italie est un membre fondateur de l’UE et un membre du G7. L’adhésion au PPE aura également un impact sur les équilibres politiques internes de la famille de centre droit de l’UE, étant donné qu’il est prévu que l’Italie obtienne de nombreux eurodéputés, ce qui ne doit pas être négligé », a récemment déclaré une source du PPE à Euractiv, ajoutant que cela ne serait pas vu d’un bon œil par les partis de droite allemands qui pourraient voir leur domination au sein du PPE remise en question.

Une autre question épineuse est le soutien à la réélection d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne.

Alors que Mme Meloni et Mme von der Leyen n’ont jamais caché leurs bonnes relations, les Frères d’Italie et Forza Italia devraient soutenir son second mandat, contrairement à la Ligue de M. Salvini.

Qu’il y a-t-il derrière le rapprochement entre Ursula von der Leyen et Giorgia Meloni ?

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, semblent avoir noué une relation solide, que certains qualifient de « gagnant-gagnant ». Que se cache-t-il derrière leur rapprochement ?

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