En Italie, les populistes s’entendent sur un programme de gouvernement

Une peinture murale dénonce le rapprochement de Luigi di Maio (g), du Mouvement 5 étoile, et Matteo Salvini (d), du parti d’extrême droite le Ligue, à Rome. [EPA-EFE/Massimo Percossi]

Le M5S et la Ligue se sont entendus sur une baisse des impôts couplée à une baisse des dépenses sociales. Une programme qui risque de se heurter à l’hostilité des partenaires européens de Rome.

Le mouvement anti-système de Luigi Di Maio, Mouvement 5 étoiles (M5S), et la Ligue, formation d’extrême droite dirigée par Matteo Salvini, négocient depuis le 10 mai pour tenter de fusionner leurs programmes en vue de former un gouvernement de coalition, les élections du 4 mars n’ayant produit aucune majorité au Parlement.

À l’issue de ce scrutin, le mouvement contestataire de Luigi Di Maio est devenu le premier parti d’Italie, avec 32% des voix, mais la coalition de droite formée par la Ligue (17%), Forza Italia de Silvio Berlusconi et Frères d’Italie est arrivée en tête avec 37% des voix.

Au terme d’une journée de discussions, Luigi Di Maio a annoncé avoir achevé avec Matteo Salvini l’examen du programme commun mis au point par les responsables des deux partis, ajoutant qu’ils le présenteraient lundi au président Sergio Mattarella.

L’accord n’a pas été rendu public et doit encore être ratifié par les adhérents des deux partis avant d’être soumis à l’approbation du chef de l’État.

Luigi Di Maio a encore précisé que le M5S et la Ligue avaient avancé sur la question du futur président du Conseil. Matteo Salvini a confirmé que ce ne serait ni lui ni Luigi De Maio.

Selon un projet d’accord daté du 16 mai, que Reuters s’est procuré, ce programme risque de contrevenir aux prescriptions européennes en matière de discipline budgétaire, notamment parce qu’il prévoit de réduire les impôts tout en augmentant les aides sociales visant les plus défavorisés et en revenant sur la réforme des retraites.

Il est également prévu de demander à la zone euro d’aménager une marge de manœuvre pour la dépense publique en modifiant les règles de calcul de la dette publique italienne. Sur ce point, Eurostat a très vite annoncé qu’une telle mesure ne pourrait être mise en œuvre. « La réponse est ‘non’ », a ainsi déclaré le porte-parole de l’agence européenne de la statistique.

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Changement de cap sur l’euro

Plus tôt dans l’après-midi de du 17 mai, une source proche du M5S déclarait à Reuters que ce programme commun ne comportait aucun élément relatif à une sortie de l’euro et qu’il ne devrait pas être vecteur d’inquiétudes quant au maintien de l’Italie au sein du bloc monétaire.

« Il n’y a rien dans le contrat qui puisse générer des craintes sur l’euro, toute référence à la monnaie unique a été supprimée », a déclaré la source.

Ces assurances n’ont eu aucune incidence notable sur la courbe des rendements de la dette souveraine italienne qui s’inscrivaient jeudi en nette hausse confirmant la tendance observée mercredi après la publication, mardi soir, d’une ébauche d’accord évoquant la volonté des deux partis de demander l’effacement de 250 milliards d’euros de dette et de réclamer des procédures permettant aux États membres de sortir de l’union monétaire.

« Depuis 48 heures, nous assistons à une prise de conscience des opérateurs du risque italien. Les marchés réalisent que la possibilité de voir deux partis anti-système au pouvoir est désormais une réalité », indique Nicolas Chéron, responsable de la recherche Marchés pour Binck.fr.

« Le manque de visibilité sur le programme conjoint du M5S et de la Ligue engendre des sorties de capitaux en amont du vote des militants de ces deux formations ce week-end », ajoute-t-il.

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Coalition hétérogène et paradoxale

Les craintes qui entourent la composition et le programme des deux mouvements dépassent le cadre des marchés financiers et provoquent des inquiétudes à Bruxelles et à Francfort où l’on redoute que la nouvelle équipe gouvernementale mette en péril les efforts déployés en faveur d’un approfondissement de l’intégration européenne.

On y craint également de voir la zone euro replonger dans une crise de la dette. En Italie, elle représente actuellement 132% du produit intérieur brut, un niveau qui n’est dépassé dans la zone euro que par la Grèce et ce, alors que les perspectives de croissance restent insuffisantes.

Le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis a d’ailleurs prié les Italiens de maintenir la discipline budgétaire et de poursuivre leurs efforts afin de réduire l’endettement public de la péninsule.

« Il y a un facteur de risque important et un risque de gripper l’économie », a-t-il déclaré au Parlement européen. « Tel est le message que nous adressons au nouveau gouvernement. Il faut maintenir la trajectoire. »

À Sofia, où étaient réunis jeudi les dirigeants européens, le président français, Emmanuel Macron, a estimé que le gouvernement qui est en train de prendre forme en Italie était constitué de forces « hétérogènes et paradoxales », mais il s’est dit confiant dans la capacité du président Mattarella, qui n’a jamais caché son inclination pro-européenne, à garantir que Rome continuera de travailler de manière constructive avec l’UE.

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