Entre Macron et Hamon, les socialistes européens hésitent

French Socialist PArty

[Photolyse/Flickr]

Le groupe socialiste du Parlement européen soutient officiellement Benoît Hamon…sauf  sur son programme européen. Un sujet sur lequel Macron marque des points chez la gauche italienne ou britannique.

Les eurodéputés socialistes au Parlement européen ne sont pas beaucoup plus avancés que la gauche française face au choix entre Emmanuel Macron et Benoît Hamon.

Entre le candidat officiel du Parti socialiste et la candidature dissidente de l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande, les députés européens semblent aussi divisés qu’une partie de la classe politique française.

Hamon veut sortir l'Europe du "blabla" avec un "arc politique européen"

Benoit Hamon fait peu de cas des institutions européennes, et associe l’Europe à plusieurs vitesses à du blabla. Il réclame en revanche un new deal de 1000 milliards d’euros pour la transition écologique porté par un « arc politique européen ».

« Le seul candidat issu de la famille socialiste est Benoît Hamon, il a été élu démocratiquement lors de la primaire et il a mon soutien », a affirmé Gianni Pitella, le président du groupe socialiste au Parlement.

Mais au-delà de ce soutien de principe, l’eurodéputé italien a mis en garde contre le programme européen de Benoît Hamon, dont certaines propositions ne sont pas au goût de l’élu italien. « Son programme pour l’Europe est correct, mais je ne suis pas en accord avec toutes ses propositions » a-t-il averti.

Projet européen

Pourtant, le programme européen d’Emmanuel Macron ne semble pas plus séduire le chef des socialistes au Parlement européen. Selon lui, la vision de Macron de l’Europe est libérale. « Et je crois que nous avons besoin d’une vision socialiste, pas d’une vision néo-libérale » a-t-il affirmé.

Le chef de file des socialistes n’est pas le premier à avoir des doutes sur le projet européen du candidat PS. La semaine dernière, le commissaire français Pierre Moscovici a lui aussi émis certaines « réserves » concernant le programme du candidat, notamment sur  « son  projet de démocratisation de la gouvernance de la zone euro ».

Macron assume une Europe à plusieurs vitesses

Dans son programme complet dévoilé le 2 mars, le candidat Emmanuel Macron a insisté sur l’Europe. « La zone euro n’a pas avancé par honte d’elle-même. Il faut oser l’Europe à plusieurs vitesses » estime le candidat.

Benoit Hamon a notamment proposé la création d’un parlement de la zone euro, qui serait composé à 80% de représentants des Parlements nationaux  et de 20% de membres du Parlement européen. Une façon de redonner ses lettres de noblesse démocratique à  l’euro, qui cristallise les attaques contre l’Europe depuis la crise de 2008.

Mais la proposition du candidat d’associer majoritairement des parlementaires nationaux n’est du goût de tout le monde. Pour le commissaire français, la solution serait plutôt à trouver du côté du Parlement européen, qui pourrait avoir vocation à se réunir  « en format zone euro ».

« La proposition de Benoît Hamon sur un Parlement de la zone euro est loin d’être parfaite » reconnait la socialiste britannique Jude Kirton-Darling, mais c’est « un pro-Européen ».

Pour les eurodéputés français, le projet de parlement défendu par Hamon « est un  projet qui a vocation à ouvrir le débat, et c’est ce qui se passe », explique l’eurodéputée  Isabelle Thomas.

Famille des sociaux-démocrates

Emmanuel Macron propose un ministre des Finances de la zone euro, « sous le contrôle d’un Parlement de la zone euro, rassemblant les parlementaires européens des États membres ». Une proposition plus proche de la ligne du commissaire français.

« Je connais les deux candidats : j’ai travaillé avec Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Économie sur la crise de l’acier. Il a été très proactif sur ce dossier et m’a fait une très bonne impression », explique la socialiste britannique Jude Kirton-Darling. « J’aimerai beaucoup voir Hamon gagner, mais si un candidat comme Macron aux vues progressistes l’emportait, ce serait déjà bien » poursuit-elle, citant notamment la menace d’une victoire du Front national.

Pour un autre élu socialiste au Parlement, « c’est vrai qu’on est influencé par les sondages, mais Macron semble être un meilleur rempart qu’Hamon face à Le Pen. Et ses idées sur l’Europe sont plutôt en accord avec celle d’une vaste partie de la famille socialiste ».

Côté français, la délégation socialiste du Parlement européen soutient largement Hamon, du moins sur le papier : 10 eurodéputés sur 13 font partie de l’équipe de campagne de Hamon. Quitte à avaler des couleuvres, comme la première mouture du traité démocratique européen, qui excluait purement et simplement le Parlement européen du processus.

Hamon veut gérer la zone euro sans le Parlement européen

Un traité international entre les pays de la zone euro pour renforcer le contrôle démocratique : telle est la proposition phare du candidat socialiste sur l’UE. L’inspiration souverainiste du projet, qui charge les parlementaires nationaux de ce contrôle, fait tiquer à gauche.

« Emmanuel Macron pense que sur  l’Europe, il ne faut pas créer de débat » regrette Guillaume Balas. «  Et le statu quo est une tendance assez importante chez la famille des sociaux-démocrates en Europe. Mais cette aile-là, qui a beaucoup gouverné est de plus en plus contestée ».

Affinités politiques

Selon l’eurodéputé, « la famille politique qui correspond le plus à Macron c’est l’ALDE », où siègent d’ailleurs les élus du MoDem de François Bayrou. « Mais la famille des sociaux-démocrates au niveau européen est très large » remarque de son côté Jude Kirton-Darling.

« Nous les socialistes belges, nous avons davantage d’affinités politiques avec Benoît Hamon, qui porte un projet plus à gauche » affirme l’eurodéputé socialiste Marc Tarabella. « Mais si je discute avec mes collègues britanniques ou italiens, ils ne sont pas sur la même ligne ».

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