Élections américaines. À quoi faut-il faire attention ?

Les élections présidentielles de 2020 aux États-Unis diffèrent des précédentes à bien des égards. Pour cette raison, Euractiv Allemagne revient sur les points auxquels il faudra faire attention au vu des premiers résultats. [EPA-EFE | Erik S. Lesser]

Les élections présidentielles de 2020 aux États-Unis diffèrent des précédentes à bien des égards. Pour cette raison, Euractiv Allemagne revient sur les points auxquels il faudra faire attention au vu des premiers résultats.

Le Collège électoral et les États pivots

Toute personne ayant déjà étudié les élections américaines de près aura sans aucun doute entendu parler des votes du Collège électoral, dont les 538 grands électeurs appelés « délégués » détermineront qui sera le prochain président des États-Unis. En 2016, les voix électorales avaient d’ailleurs fait la différence : Hillary Clinton avait certes remporté le vote populaire, mais c’est Donald Trump qui avait été proclamé grand gagnant.

Qu’est-ce que le Collège électoral ? Pourquoi certains États sont-ils perçus comme « pivots » ?

La Constitution américaine donne le pouvoir de décision ultime dans le choix d’un président au Collège électoral, un organe composé de 538 électeurs issus des 50 États (le nombre exact est déterminé par la population d’un État). Ces électeurs sont généralement censés voter pour celui qui remporte le vote populaire dans leur État, bien que rien dans la Constitution américaine ne les y oblige. Le groupe se réunira le 14 décembre pour décider officiellement de l’élection.

Un État attribuera ses voix au sein du Collège électoral à celui qui remportera le plus de voix dans l’État ; un candidat a besoin de 270 voix pour remporter la présidence.

L’adhérence au système du « winner takes all » par une majorité d’États (à l’exception du Maine et Nebraska) garantit que les États soient principalement « rouges », c’est-à-dire républicains, et « bleus », c’est-à-dire démocrates, laissant aux États où les votes sont très serrés (les États pivots ou Swing States) la responsabilité de décider de l’ensemble des élections.

Cette année, ces États clés englobent la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin, la Floride, l’Arizona et la Caroline du Nord.

Ceux-ci seront surveillés de près, en particulier la Pennsylvanie, afin de définir le vainqueur. Ce n’est pas une coïncidence si les deux candidats en lice s’y sont rendus hier soir pour une dernière apparition avant le moment fatidique.

Tandis que les sondages portent à croire que Joe Biden serait sur le chemin de la victoire, les chances pour Donald Trump d’atteindre les 270 voix électorales restent faibles : idéalement, il pourrait remporter la Floride et la Pennsylvanie. Si tel est le cas et qu’il répète sa victoire en Caroline du Nord, Arizona, Géorgie et Ohio, il devrait rempiler pour un second mandat.

De leur côté, les démocrates espèrent que le taux de vote sera élevé en Géorgie et au Texas, qui a montré une approche plutôt progressiste ces derniers temps bien qu’il soit encore plus difficile à remporter que les États pivots. Ainsi, la tendance rouge dans ces États pourrait s’inverser.

Élections américaines. Analyse des futures relations transatlantiques

L’actu en capitales décrypte l’info de toute l’Europe, grâce au réseau de rédactions d’Euractiv.

Les groupes importants de la population

Il existe plusieurs groupes de populations dont chaque candidat a besoin pour s’assurer un accès à la Maison-Blanche.

Joe Biden se tourne surtout vers la jeune génération, la population latino et afro-américaine et les universitaires caucasiens. De plus, il accorde un intérêt particulier à l’électorat féminin en banlieues, qui avait certes contribué à la victoire de Donald Trump en 2016, mais également au succès démocrate lors des élections de mi-mandat en 2018. Enfin, l’ancien vice-président américain souhaite équilibrer la balance auprès des personnes de plus de 65 ans, qui constituaient jusqu’à présent un avantage pour Donald Trump : au vu de la gestion chaotique de la crise sanitaire actuelle, certains de ces électeurs pourraient faire volte-face. Par la sorte, le Démocrate pourrait décrocher la Floride.

Donald Trump, lui, se concentre sur les électeurs caucasiens non universitaires, principalement dans les régions rurales en Pennsylvanie, Michigan et Wisconsin. Il a également gagné en popularité auprès de l’électorat masculin latino et afro-américain.

Si le soutien de ces groupes à Joe Biden périclite, ce dernier pourrait se retrouver en mauvaise posture, notamment au sein des Swing States où les votes sont serrés.

États-Unis. Un tiers de l’électorat masculin latino-américain pourrait soutenir Donald Trump

Tandis que les élections approchent à grands pas aux États-Unis, les sondages donnent 9 points d’avance à Joe Biden à l’échelle nationale. Néanmoins, l’analyse de différents groupes d’électeurs révèle que Donald Trump bénéficie d’un soutien inattendu : les Latino-Américains.

Une vague rouge lors de la nuit électorale ?

En raison de la pandémie du nouveau coronavirus, nombreux sont ceux à avoir voté par correspondance. Selon les données du United States Election Project, le 2 novembre, plus de 97 millions d’Américains avaient déjà voté, un chiffre record.

Étant donné que de nombreux votes sont désormais effectués par la poste, les méthodes de comptage de chaque État permettront de savoir qui, à un moment précis, se situe en tête de course. Alors que les démocrates privilégient les votes par correspondance et par anticipation, les républicains devraient plutôt se rendre aux bureaux électoraux aujourd’hui (3 novembre).

La Floride aurait déjà commencé à compter les votes postaux et anticipés. Les résultats devraient être connus à 20 h 30 EST (soit 2 h 30 en France). L’Arizona, la Géorgie et la Caroline du Nord devraient également être rapides pour publier les leurs.

En Pennsylvanie, le comptage n’est autorisé qu’à partir d’aujourd’hui. D’après FiveThirtyEight, Donald Trump bénéficierait d’un avantage de 16 points (58 contre 42) lors de la nuit électorale, ce qui pourrait tout de même laisser place à une victoire de Joe Biden dans les jours suivants avec une avance de 5 points.

Le Michigan affiche des règles similaires ; les résultats ne seront pas révélés avant le 6 novembre. Le Wisconsin est le seul État du Midwest qui aura déjà compté les votes par correspondance dès le mercredi matin. Le New York Times tiendra à jour une liste des résultats en fonction de chaque État.

 Que fera Donald Trump lors de la nuit électorale ?

Le président Trump étant susceptible de prendre la tête du scrutin le soir de l’élection dans de nombreux États, Axios a dévoilé lundi (2 novembre) qu’il pourrait envisager de déclarer sa propre victoire ce mardi soir, avant que tous les votes ne soient comptés.

En outre, le locataire de la Maison-Blanche prépare depuis longtemps sa stratégie pour contester les résultats des votes postaux comptés après le 3 novembre, et ce par crainte – infondée – de trucage électoral. « Les votes par correspondance sont très dangereux, car ils encouragent la fraude », avait-il déclaré en mai.

Des études indiquent que celle-ci n’est pourtant pas un problème répandu aux États-Unis. Un rapport du Brennan Center for Justice datant de 2017 estime que le taux de fraude se situe entre 0,000 04 et 0,000 09 %. « L’analyse des faits montre que les cas de fraude sont rares et ne se produisent pas à une échelle assez importante pour “truquer” une élection », peut-on lire dans le document.

De leur côté, les démocrates ont juré qu’ils garantiraient le comptage de toutes les voix, notamment celles par correspondance et qu’ils s’opposeraient à une auto-proclamation prématurée de Donald Trump. Dans un communiqué, le sénateur Bernie Sanders a fait valoir qu’« il n’était pas surprenant pour les Républicains de se prononcer vainqueurs prématurément. C’était la stratégie de Donald Trump depuis des mois. Il ne faut pas se faire avoir […] Nous nous y opposerons. Chaque voix doit être et sera comptée ».

À quand les résultats finaux ?

Au vu du temps requis pour le comptage des nombreux votes postaux, certains États ne seront pas en mesure de proclamer un vainqueur le soir même des élections. En cas de victoire écrasante d’un des deux candidats dans un des États pivots, le processus pourrait bien sûr être accéléré. Ainsi, une victoire de Joe Biden en Floride pourrait anéantir tous les espoirs de Donald Trump.

Par ailleurs, Joe Biden espère aussi que le Texas (et ses 36 voix électorales) se rallie à la cause bleue. La réélection de son adversaire républicain volerait alors en éclats. Le parti démocrate a beaucoup investi dans l’État – et certains sondages récents montrent que les deux candidats sont engagés dans une course au coude à coude.

La course pourrait être très serrée dans les Swing States.

Si les résultats globaux dépendent d’un ou deux États pivots (de nombreux observateurs s’attendent à ce que ce soit la Pennsylvanie), il pourrait falloir quelques jours, voire une semaine, avant qu’un gagnant ne soit effectivement déterminé.

Toutefois, « si nous n’avons pas de gagnant le soir des élections, nous détiendrons tout de même une idée claire » de qui sera en tête, conclut FiveThirtyEight.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer