Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez (Parti socialiste-ouvrier, PSOE) a reconduit lundi (20 novembre) la plupart de ses ministres et donné plus de poids à sa garde rapprochée dans son nouveau gouvernement de coalition avec le parti d’extrême gauche Sumar.
Le chef de file socialiste, reconduit jeudi dernier (16 novembre) par le parlement notamment grâce à l’appui des indépendantistes catalans et basques, conserve un gouvernement resserré de 22 ministères, dont douze sont dirigés par des femmes.
Sur les 22 ministres, cinq sont issus des rangs de Sumar, plateforme d’extrême gauche dirigée par la communiste Yolanda Díaz, avec laquelle Pedro Sánchez a conclu un accord de gouvernement et qui se voit reconduite à la tête du ministère du Travail. Les 17 autres ministères reviennent aux socialistes.
Parmi les autres poids lourds maintenus à leur poste figurent le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares (PSOE), la ministre de la Transition écologique Teresa Ribera (PSOE), celle de la Défense Margarita Robles, et celui de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska.
La ministre socialiste de l’Économie et vice-présidente sortante Nadia Calviño conserve également son portefeuille, dans l’attente de son éventuelle élection courant décembre à la présidence de la Banque européenne d’investissement (BEI) si un nombre suffisant d’États membres de l’UE soutiennent sa candidature.
Le ministre de la Présidence Felix Bolaños (PSOE), considéré comme le bras droit de Pedro Sánchez et qui s’est fortement investi ces dernières semaines dans les négociations avec les indépendantistes catalans, hérite quant à lui d’un « super-ministère » élargi au portefeuille de la Justice.
La ministre du Budget María Jesús Montero (PSOE) est elle promue en héritant de l’une des quatre vice-présidences de l’exécutif et se voit attribuer les portefeuilles des finances et de la fonction publique.
Parmi les nouveaux noms figurent deux proches de Yolanda Diaz, membres de Sumar: Ernest Urtasun, qui sera désormais chargé de la Culture, et Mónica García, anesthésiste de formation, qui hérite des questions de Santé.
Le nouveau gouvernement aura la lourde tâche d’apaiser le pays, confronté à de vives tensions en raison de la décision prise par Pedro Sánchez de concéder, entre autres, l’amnistie aux séparatistes catalans impliqués dans la tentative sécessionniste de la Catalogne en 2017, en échange de leur soutien à sa reconduction au pouvoir. M. Sánchez a également décidé d’accorder davantage de compétences économiques et politiques au Pays basque.
Podemos mis sur la touche
Le nouveau gouvernement Sánchez ne comprend aucun ministre issu de Podemos, formation de gauche radicale avec laquelle le chef de file socialiste gouvernait jusqu’à présent mais avec laquelle les relations ont toujours été très conflictuelles.
Podemos n’est plus maintenant que l’une des composantes de Sumar — qu’il a rejoint en juin dernier — et essaie tant bien que mal de maintenir son autonomie.
Le parti, qui dispose de cinq députés, avait menacé ce week-end de ne pas soutenir l’exécutif en cas de « veto » à sa présence au sein du gouvernement. Il s’était battu jusqu’à la dernière minute pour obtenir le ministère de l’Égalité, qui a finalement été attribué à Ana Redondo Garcia, membre du PSOE.
Sous le gouvernement précédent, le ministère de l’Égalité était dirigé par Irene Montero, membre de Podemos. Cependant, le gouvernement avait été traversé par une crise en raison de la loi sur le consentement sexuel « Seul un oui est un oui » (« Solo si es si ») proposée par Mme Montero.
La loi avait eu des effets inattendus, puisqu’elle a entraîné de nombreuses réductions de peine et des libérations de prison. Le gouvernement avait été contraint de modifier d’urgence la loi, avec le soutien du Partido Popular (PP).
Selon plusieurs analystes, M. Sánchez et le PSOE reprocheraient à Mme Montero cette crise. Irene Montero, ainsi que la secrétaire générale du parti, Ione Belarra, ont accusé Yolanda Díaz de vouloir écarter Mme Montero du poste afin qu’elle ne « perturbe » pas sa bonne entente avec le Premier ministre socialiste.
Samedi (18 novembre), Mme Belarra avait déclaré que Podemos se bat pour un gouvernement qui « transforme » la société espagnole, et non pour un exécutif dans lequel « seul M. Sánchez est aux commandes ». Elle avait également défendu — en vain — un retour de Mme Montero en tant que ministre de l’Égalité.
Un gouvernement pro-UE
Deux eurodéputés ont rejoint le gouvernement Sánchez III : Ernest Urtasun, en tant que ministre de la Culture, et Sira Rego, qui sera ministre de la Jeunesse et de l’Enfance.
Élevée en Palestine, Mme Rego, nutritionniste de profession, est affiliée au Parti communiste et a commencé sa carrière politique en 2007 en tant que conseillère municipale dans le village de Rivas-Vaciamadrid. Elle est entrée au Parlement européen en 2019 dans le groupe de La Gauche.
L’eurodéputé Ernest Urtasun, porte-parole de Sumar et issu du parti catalan En Comú Podem (Ensemble nous pouvons), est quant à lui affilié aux Verts.
Le gouvernement compte trois autres ministres ayant déjà fait carrière dans les institutions européennes.
Tout d’abord la ministre de l’Économie Nadia Calviño, qui a occupé un poste à la Commission européenne en tant que directrice générale chargée du budget entre 2014 et 2018. Elle avait aussi été directrice générale adjointe à la direction générale de la concurrence (DG COMP) pour les services financiers, les fusions et les ententes.
Pablo Bustinduy (Sumar), qui est le nouveau ministre des Droits sociaux, de la Consommation et de l’Agenda 2030, s’est présenté aux élections européennes de 2019 et a travaillé au Parlement européen en tant que coordinateur des législateurs du parti Podemos auquel il appartenait.
Luís Planas (PSOE), qui dirigera à nouveau le ministère de l’Agriculture, a été élu en tant que député européen entre 1986 et 1993. Il est revenu à Bruxelles en 2010 en tant qu’ambassadeur d’Espagne auprès de l’Union européenne.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




