Tour d’horizon des programmes économiques pour les européennes

epa07592234 Une campagne encourage les citoyens de l'UE à voter aux élections du Parlement européen, exposée à la gare de Luxembourg à Bruxelles, Belgique, le 22 mai 2019. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

La plupart des familles politiques s’accordent à dire qu’il faut une nouvelle politique industrielle pour l’Europe, plus de soutien aux PME et une meilleure politique fiscale, voire un nouveau mandat pour la BCE.

Si les électeurs européens s’inquiètent moins d’économie qu’en 2014, elle reste une part importante des programmes et manifestes publiés par les partis avant le scrutin.

PPE : un nouveau modèle

« Nous voulons adapter ce modèle européen d’économie sociale de marché au 21e siècle », indique le programme du Parti populaire européen.

Le parti espère pouvoir « mettre en place les bonnes conditions » pour créer au moins cinq millions d’emplois. Cela passe par de nouveaux accords de libre-échange, notamment avec les États-Unis. Le programme insiste sur le soutien aux PME (30% de tâches administratives en moins) et une nouvelle politique industrielle, qui s’appuie sur une nouvelle approche de la concurrence, pour créer des champions européens.

Le centre droit souhaite ouvrir de nouveaux secteurs, surtout en termes de numérique et d’économie circulaire. « Nous voulons ouvrir un nouveau chapitre pour l’Europe en investissant dans l’important potentiel de nos citoyens via une stratégie reposant sur trois piliers : l’économie sociale de marché, les innovations centrées sur l’humain et des régions compétitives. »

Le parti insiste sur l’application des règles économiques européennes, après un mandat que certains ont jugé trop laxiste vis-à-vis de l’Italie, par exemple. Il entend transformer « le mécanisme européen de stabilité en fonds monétaire européen à part entière en vue de stimuler la croissance et la création d’emplois ».

Ses membres souhaitent compléter l’Union bancaire d’une assurance européenne des dépôts et « renforcer les outils nécessaires pour stimuler les investissements pendant les récessions », une référence aux discussions en cours sur la mise en place d’une compétence budgétaire au niveau de la zone euro pour soutenir la compétitivité et la convergence.

Enfin, après une mandature émaillée de scandales fiscaux, le PPE appelle à un assaut contre l’évasion fiscale, car les grandes entreprises ne devraient pas payer moins d’impôts que les autres. Le parti soutient une « taxe numérique juste ».

PSE : Mieux protéger

La grande priorité des socialistes est de combattre les inégalités, de réduire la concentration des richesses et de renforcer les systèmes de sécurité sociale.

Outre l’accent mis sur l’emploi et les priorités sociales, le parti propose un plan d’investissement à long terme pour préparer industries et travailleurs à la transition verte, à la révolution numérique et à la croissance de l’intelligence artificielle. Il plaide pour une zone euro réformée « en profondeur » et dotée d’un budget propre.

« Les bénéfices doivent être taxés là où ils sont réalisés », indique le programme. « Nous continuerons de lutter contre l’évasion fiscale, la fraude fiscale et les stratégies agressives de planification fiscale. Nous défendrons une vision européenne commune afin de garantir un niveau juste de taxation et enrayer la concurrence au moins-disant en matière d’impôts des entreprises. »

ACRE : haro sur l’harmonisation

Le Spitzenkandidat des conserveurs, Jan Zahradil, soutient avant tout les accords commerciaux et un marché interne efficace. « Cependant, le marché commun ne doit pas être utilisé comme prétexte à la création de réglementation supplémentaire, comme des tentatives d’harmonisation des taxes ou des systèmes sociaux et de santé », a-t-il déclaré.

Le candidat veut mettre fin à l’obligation d’adopter l’euro, étant donné la « discorde » entre le « dogme » d’une union toujours plus étroite et la réalité politique des États membres.

Au lieu d’une zone euro « plus intégrée et fédéralisée », il préconise des règles qui encouragent « une recherche permanente de la stabilité des marchés » pour que la zone euro fonctionne bien.

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ALDE : tirer parti de la mondialisation

Le parti libéral veut transformer les défis de la mondialisation en opportunités. À cette fin, il défend « un commerce ouvert, fondé sur des règles et fondé sur le libre-échange et soutenu par une Organisation mondiale du commerce forte », tout en admettant que la communication sur les accords de libre-échange doit être améliorée.

L’ALDE souhaite également atteindre l’objectif de 3 % du PIB de l’UE investi dans la recherche et le développement d’ici 2020, bien que cette décision dépende des ministères des Finances nationaux.

En ce qui concerne le budget propre de l’UE, le parti promet de ne soutenir aucun projet allant à l’encontre des objectifs de l’UE en matière de climat et d’énergie.

L’ADLE souhaite également compléter l’union bancaire et mettre en place un « vrai » Fonds monétaire européen, dont l’accès sera conditionné à « conditions strictes garantissant la responsabilité et le principe d’évitement du risque moral ». Dans cet esprit, ses adhérents s’efforceront de mettre en place des sanctions plus automatiques à l’encontre des pays qui violent le pacte de stabilité et de croissance.

Cependant, le parti est plus vague en ce qui concerne les nouveaux instruments fiscaux. Il déclare vouloir combiner « la responsabilité de chaque État membre pour ses propres politiques avec une structure qui puisse favoriser la stabilité financière et la croissance économique ».

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Verts : taxer l’avion et le plastique

Le programme en 12 points des Verts inclut un « New deal vert » enterrant le « paradigme de l’austérité » en assurant à tous des emplois décents. Il propose une autorité européenne pour superviser le secteur numérique et une « politique industrielle commune durable ».

Le parti défend le principe de taxes plus élevées pour les aspects indésirables, comme la pollution ou l’exploitation des ressources, et moins élevées pour les éléments désirables, comme les emplois. Les verts appellent à des taxes numérique et sur les transactions financières et promettent de s’attaquer à la concurrence fiscale déloyale entre États membres, notamment via un taux minimum commun d’impôt des sociétés. Ils souhaitent également taxer le transport aérien et le plastique.

Les Verts rappellent l’idée d’utiliser de nouveaux indicateurs pour mesurer le progrès social et économique, parallèlement au PIB, afin de mieux refléter les préoccupations sociales et environnementales. Le parti veut également réécrire le Pacte de stabilité et de croissance pour y inclure des objectifs sociaux et environnementaux, et ajouter un Pacte de durabilité et de prospérité comprenant des objectifs sociaux, économiques et environnementaux pour l’union économique et monétaire.

Il plaide pour une capacité budgétaire pour la zone euro, mais ouverte aux États non membres de l’euro, avec des outils de solidarité, dont les euro-obligations.

Par ailleurs, le parti veut revoir les règles de concurrence afin d’assurer des conditions de concurrence équitables entre les PME et les grandes entreprises.

Le parti est en faveur de « politiques commerciales ouvertes et équitables », à condition d’assurer des processus transparents et le respect des droits du travail, de l’environnement et du consommateur.

Enfin, il souhaite que l’Eurogroupe devienne un Conseil des ministres ordinaire, complète l’union bancaire et revoie le mandat de la BCE afin de donner la priorité au plein emploi en plus de la stabilité des prix et d’agir en tant que prêteur de dernier recours pour les États membres en crise.

Gauche européenne : couvrir tous les besoins sociaux

« Nous voulons forger une politique économique et sociale alternative capable de créer des emplois, de redistribuer la richesse et de couvrir tous les besoins sociaux », déclare le manifeste de la Gauche européenne. Ses propositions comprennent également la révision du mandat de la BCE afin d’y inclure le plein emploi, ainsi qu’un programme d’investissement public dans des domaines d’importance sociale.

Les candidats de gauche veulent également réduire le temps de travail sans perte de revenu. Ils défendent le public, la propriété démocratique des banques et un impôt minimum pour les grandes entreprises. Elle appelle à une taxe sur les transactions financières, à la fermeture des paradis fiscaux et à une transparence totale dans les rapports pays par pays des multinationales.

La gauche souhaite également qu’une conférence européenne sur la dette publique mette en œuvre des « solutions structurelles et à long terme » pour la restructuration et la réduction des créances.

Le parti propose également d’annuler les accords commerciaux qui menacent l’agriculture, l’industrie, l’audiovisuel, les droits des travailleurs, l’environnement et la culture, ainsi que les accords conclus avec Israël et le Maroc, pays qui violent les droits des peuples.

Printemps européen : investissement vert

La plateforme paneuropéenne dirigée par l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis propose un « programme d’investissement vert » visant à mobiliser 500 milliards d’euros chaque année pour la transition verte en Europe. En outre, une taxe sur le carbone et un impôt sur les successions permettraient d’aider les régions européennes moins développées.

Elle souhaite que non seulement le système commun d’assurance des dépôts, mais aussi un système de paiement public numérique parallèle, réunissant les États membres au sein d’une Union européenne de compensation rééquilibrant la zone euro et éliminant « la menace de coûts catastrophiques liés à une sortie d’euro ».

La BCE joue un rôle clé dans sa stratégie. La plateforme souhaite ajouter l’objectif de faible taux d’emploi dans le cadre du mandat de l’institution. Ensuite, elle offrirait aux États membres la possibilité de convertir leur dette en un prêt accordé par la BCE à un taux inférieur.

Le parti appelle également à la création d’un Trésor européen et d’une Banque populaire européenne (BPE). Les États membres financeront la BPE en accordant des crédits d’impôt à ceux qui effectuent des dépôts. L’argent serait prêté et investi dans les services municipaux sans créer de déficit.

Volt : faciliter l’accès à l’entreprise

Ce parti paneuropéen de deux ans s’en tient à son programme détaillé (la déclaration d’Amsterdam) dans huit États membres. Il défend la création d’un guichet unique numérique européen pour créer de nouvelles entreprises en trois jours ouvrables à un coût administratif minimal.

Il propose de doubler les dépenses consacrées à la recherche et au développement pour les porter à 4 % du PIB de l’UE d’ici 2025.

Le mouvement appelle en outre à un budget de la zone euro et à un nouveau mandat de la BCE pour promouvoir l’emploi, la croissance durable, la prévention et la réduction des crises. En matière fiscale, il souhaite un impôt européen minimum sur les sociétés de 15% et l’harmonisation de l’impôt sur les sociétés dans tous les États membres.

Tour d’horizon des programmes sur l’Europe sociale

En novembre 2017, la Commission européenne a lancé le pilier européen des droits sociaux, qui a débouché sur 25 initiatives législatives. À quelques jours des européennes, Euractiv se penche sur le programme des partis en matière d’Europe sociale.

Renaissance : préférence européenne

Le président français a des ambitions européennes pour son projet national en vue de cette élection. C’est pour cette raison que nous l’avons inclus dans cette sélection. Emmanuel Macron propose de réformer la politique de concurrence et de remodeler la politique commerciale européenne, « en pénalisant ou en interdisant les entreprises qui compromettent nos intérêts stratégiques et nos valeurs fondamentales telles que les normes environnementales, la protection des données et le paiement équitable des impôts ». Il insiste également sur la préférence européenne dans les industries stratégiques et les marchés publics.

Il souhaite par ailleurs que l’« impératif » climatique devienne une partie intégrante du mandat de la BCE, de la Commission, du budget de l’UE et du plan d’investissement pour l’Europe.

Le Pen et Salvini

Le parti de Marine Le Pen, le Rassemblement national (RN), et la Lega italienne, dirigée par Matteo Salvini, seront deux des plus grands partis eurosceptiques et national-populistes du prochain Parlement.

Le manifeste du RN pour les élections européennes se concentre sur l’abrogation de la directive sur le détachement des travailleurs et le remplacement du libre-échange par le « commerce équitable », car les accords commerciaux existants « ont déjà presque tué notre industrie et vont tuer demain notre agriculture ». Le part souhaite donc rétablir des protections douanières telles que les taxes, les quotas et les quotas frontaliers.

La réduction des impôts, notamment pour les PME, est une autre priorité, tout comme la réduction de la contribution française au budget de l’UE. Le parti voudrait aussi élargir le mandat de la BCE pour qu’elle lutte explicitement contre le chômage.

La Lega de Matteo Salvini, qui pourrait devenir le deuxième ou le troisième parti national en importance au Parlement, ne semble pour sa part pas avoir de propositions concrètes.

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