Tour d’horizon des programmes sur l’immigration

epaselect epa06683385 Des membres du navire Aquarius de l'ONG SOS Méditerranée aident une femme lors d'une opération de sauvetage de plus de 250 migrants sur un bateau en bois, à environ 50 kilomètres des côtes libyennes, en mer Méditerranée, le 21 avril 2018. L'équipage d'Aquarius a mené deux opérations le 21 avril et a secouru quelque 350 personnes en plus des 164 personnes sauvées la semaine dernière et déjà à bord. [Christophe Petit Tesson/EPA]

Le centre veut délocaliser les centres d’accueil, la droite durcir les frontières, les socialistes à mieux protéger les droits de immitrés…Si les arrivées clandestines sont à leur niveau le plus bas depuis cinq ans, l’immigration reste l’un des sujets prioritaires pour les partis européens.

PPE : frontières plus contrôlées et retours accélérés

Dans son manifeste, le Parti populaire européen se concentre sur la réduction de l’immigration illégale en renforçant la protection des frontières externes et la politique de retour. « Nous voulons nous assurer que personne n’entre sur le territoire de l’Union européenne sans que les autorités en aient été informées et aient donné leur approbation explicite. »

Le groupe souhaite plus de moyens pour Frontex, l’agence de protection des frontières, et la renégociation des accords de protection des frontières passés avec les pays du nord de l’Afrique, sur le modèle de l’accord UE-Turquie.

Le PPE propose en outre d’établir un système de mandat de retour européen, afin d’assurer que les demandeurs d’asile déboutés soient bien renvoyés dans leur pays d’origine. Le manifeste ne fait mention d’aucun système d’immigration sûr et légal vers l’Europe, se bornant à exiger que l’octroi de visas et d’aide au développement dépende de la coopération en matière d’immigration.

La réforme de la politique commune d’asile et d’immigration est vue par les membres du PPE comme un moyen de « réduire les facteurs d’attraction liés aux différences entre les législations respectives des États membres ». Le manifeste appelle à l’instauration d’un « Plan Marshall » pour l’Afrique, afin d’encourager la croissance pour réduire l’immigration.

La Croix-Rouge tacle l'accord UE-Turquie sur les réfugiés

Alors que les premiers réfugiés syriens ont commencé à être renvoyés en Turquie, la Croix-Rouge s’est associée au déluge de critiques des ONG sur l’accord entre l’UE et Ankara.

PSE : plus de moyens légaux

Le Parti socialiste européen considère davantage l’immigration comme une opportunité que comme une menace. Dans son manifeste, il appelle à une réforme de la politique commune d’asile et d’immigration, afin d’assurer les droits des personnes devant bénéficier de la protection internationale.

Le parti défend une meilleure coordination et un meilleur partage de la responsabilité entre États membres et avec les pays d’origine et de transit, afin de protéger les frontières externes tout en gérant le flux des arrivées en Europe « de manière plus digne, plus juste et plus ordonnée ».

Il est en faveur de voies d’immigration légales pour d’empêcher le trafic d’êtres humains et l’immigration clandestine. Comme le PPE, le groupe socialiste propose de s’attaquer aux causes de l’immigration dans les pays d’origine grâce à un Plan d’investissement européen pour l’Afrique.

Les socialistes appellent à de meilleurs financements, politiques d’intégration et soutiens pour les villes européennes en première ligne des flux migratoires, notamment en Méditerranée.

ACRE : compétence nationale

L’Alliance des Conservateurs et Réformistes pour l’Europe refuse le système de quotas mis en place en 2015 pour partager le fardeau de la crise migratoire entre les 28.

S’ils soutiennent les projets de renforcement de Frontex, les membres de l’ACRE insistent sur le fait qu’« aucune agence de l’UE ne peut légitimement remplacer les capacités et compétences nationales ». Ils préfèrent donc revenir aux frontières nationales.

ALDE : délocaliser la prise en charge

« Le système d’asile et d’immigration n’est plus à la hauteur », estime l’Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe dans son programme électoral. Pour ses membres, une politique migratoire unique serait plus efficace que de multiples politiques nationales.

Pour lutter contre les passeurs et les clandestins, les libéraux voudraient que Frontex devienne un service de garde-frontière efficace. Pour l’instant, l’agence s’occupe de coordonner les organismes nationaux. Deuxièmement, ils voudraient délocaliser la gestion de l’immigration dans les pays tiers « d’où sont originaires les demandeurs d’asile », soutenir financièrement les pays qui accueilleraient ces « hotspots » et organiser les réinstallations de là. Enfin, ils veulent l’ouverture de voies légales vers l’Europe.

L’ALDE propose d’étendre le programme de carte bleue, qui deviendrait ainsi un permis de travail pour toute l’Union. La décision finale serait toutefois encore entre les mains des États membres, qui connaissent mieux leurs besoins.

Les individus arrivés illégalement sur le sol européen devraient être renvoyés chez eux s’ils viennent de pays sûrs. Comme le PPE, l’ALDE propose de conditionner l’aide financière aux pays d’origine à leur bonne volonté en la matière. La coopération avec les pays tiers devrait en outre se concentrer sur les causes de l’immigration.

Pour les réfugiés, qui ont droit à la protection internationale, l’ALDE voudrait voir un système d’asile commun « conformément aux droits fondamentaux de l’UE ». Pour favoriser l’intégration, les bonnes pratiques devraient être partagées entre les États membres.

Les pays de Visegrad font sombrer la réforme de l'asile

Face à l’opposition des pays du groupe de Visegrád, Jean-Claude Juncker et sa Commission ont officiellement abandonné leur objectif de réformer le système d’asile européen.

Gauche européenne : voies légales et coopération

La Gauche européenne veut mieux protéger les droits des migrants et réfugiés. Le groupe est favorable à l’ouverture de corridors sûrs vers l’Europe pour les migrants et demandeurs d’asile et à la finalisation de la réforme du système de Dublin, bloquée depuis des mois au Conseil.

Ses membres entendent « promouvoir une vraie coopération » avec les pays d’origine, afin de les aider à mener des actions économiques et sociales. Ils insistent sur l’accélération des processus d’octroi de l’asile et de réunification familiale en Europe et voudraient punir les États membres qui refusent de respecter les règles établies.

Verts : secours en mer et politique juste

« Le droit à l’asile est non-négociable », pour les verts. Le parti appelle à la réforme du système de Dublin, afin que les 28 se partagent équitablement les demandes d’asile. Un système commun faciliterait par ailleurs l’adoption de normes communes sur la mobilité des travailleurs.

Dans leur manifeste, les verts appellent à des voies de migrations légales et sures, accompagnées d’un système de réinstallations et de visas humanitaires pour les demandeurs d’asile hors Europe.

Ils souhaitent plus de soutien pour les pays non européens qui accueillent la majorité des réfugiés dans le monde et rejettent l’idée de plateformes de débarquement dans ces pays déjà sous pression. Les contrôles aux frontières et tout accord avec des pays tiers ayant pour but de réduire l’immigration devraient également fait l’objet de plus de surveillance, estiment-ils.

En Europe, il faut soutenir davantage à la fois les villes et régions d’accueil et les migrants eux-mêmes, afin de favoriser les processus d’intégration. Les verts sont le seul parti appelant à des missions européennes de sauvetage en Méditerranée.

La mer Méditerranée vidée de ses bateaux de secours aux migrants

Le blocage italien du navire de l’ONG allemande Sea Watch dans le port de Catane, en Sicile, laisse pour l’instant la Méditerranée sans bateaux d’organisation humanitaire pour secourir des migrants. Un article d’Euroefe.

Ce que demande la société civile

L’organisation de sauvetage en mer SOS Méditerranée, qui a sauvé des centaines de vies en mer, exhorte les candidats aux européennes à respecter le droit international, qui prévoit l’aide aux réfugiés.

« Les valeurs européennes sont aussi en jeu lors des élections européennes », rappelle Sophie Beau, cofondatrice de l’organisation. Elle appelle les prochains eurodéputés à « protéger le respect du droit de la mer et à ne pas laisser des gens se noyer en Méditerranée ou être renvoyés vers l’enfer de la Libye ».

« Il y a une différence fondamentale entre deux types de stratégies présentés par les différents partis dans cette campagne pour modifier la politique migratoire. Le premier donne la priorité aux gens et à leurs droits. L’autre se fonde sur la peur et l’idée que les frontières doivent être surveillées et militarisées pour rendre l’UE plus sûre », explique Conny Reuter, secrétaire général de Solidar. « Seule une approche progressiste basée sur les droits de l’Homme et les mécanismes de solidarité est durable pour les citoyens des deux côtés de la Méditerranée. »

La crise migratoire persiste dans l'imaginaire européen

Si les chiffres montrent que la crise migratoire en Europe est terminée, le sujet continue pourtant à être utilisé par les politiques. Et demeure en haute de la liste des préoccupations des Européens.

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