#EU2019 – Au Pays-Bas, le duel est aussi entre le pouvoir et l’extrême droite

Mark Rutte [Shutterstock]

Le Premier ministre, Mark Rutte, a fait monter les enchères dans la campagne néerlandaise pour les élections européennes, transformant le scrutin en une joute entre son parti libéral-conservateur VDD et l’extrême droite FvD, menée par Thierry Baudet.

L’objectif de Mark Rutte pour les élections européennes est simple : éviter de répéter les élections régionales de mars, lorsque le FvD est arrivé premier, alors que les sondages annonçaient une nouvelle victoire du VDD, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie.

Tout a commencé le 14 mai quand Mark Rutte s’en est pris ouvertement à Thierry Baudet, qualifiant ses théories et idées, comme celles de la sortie des Pays-Bas de l’UE de bizarres et folles, et le présentant lui et son parti comme une menace pour le pays. Il a même été jusqu’à proposer à son adversaire de s’affronter lors d’un débat en face à face.

Le Premier ministre a donc accru sa visibilité médiatique pour la campagne, faisant ainsi de l’ombre au candidat officiel du VVD pour les européennes, Malik Azmani. Un geste remarquable et en total contraste avec la campagne du VVD pour les élections provinciales de mars, où Thierry Baudet ou le FvD avaient à peine été mentionnés.

La plupart des médias néerlandais se sont rués sur la joute lancée par Mark Rutte à Thierry Baudet, et ce dernier a relevé le défi par le biais d’un message plein de tact sur les médias sociaux.

Les discussions sur le format, type et lieu du débat ont largement fait de l’ombre à la campagne des autres partis politiques, y compris celle de Frans Timmermans, Spitzenkandidat des sociaux-démocrates européens.

En fin de compte, les adversaires ont choisi de débattre le 22 mai, un jour avant les élections européennes aux Pays-Bas. La plupart des autres États membres organisent leurs élections entre le 24 et le 26 mai.

Prévisions et conséquences

Un sondage récent suggère qu’une petite partie des électeurs pourrait potentiellement changer d’allégeance et voter tactiquement pour le VVD ou le FvD. Tout léger changement dans le soutien des électeurs pourrait très bien donner à l’un des deux partis une victoire symbolique mais cruciale.

Le sondage inclut une projection basée sur les élections européennes de 2014, prévoyant que les deux partis pourraient obtenir environ 15 % des voix, soit cinq eurodéputés chacun.

Il existe toutefois certaines réserves à cela, étant donné que la participation aux élections européennes est généralement faible aux Pays-Bas (37 % en 2014), ce qui tend à favoriser les partis les plus pro-européens. Cela n’inclut pas vraiment le VVD, qui a longtemps été un parti eurosceptique modéré, avant que Mark Rutte ne se tourne plus récemment vers l’UE. Il pourrait toutefois encore réussir à attirer ces électeurs.

D’un autre côté, le pari d’organiser un duel pourrait se retourner contre lui, car il pourrait motiver davantage d’électeurs eurosceptiques à se rendre aux urnes.

 

Quoi qu’il en soit, ces dernières années, les Néerlandais se sont rapprochés de l’UE, en partie grâce au Brexit, et 84 % de la population considère aujourd’hui l’adhésion à l’UE comme une bonne chose – le deuxième pourcentage le plus élevé après le Luxembourg. En outre, 86 % des personnes interrogées ont indiqué qu’elles voteraient pour rester dans l’UE si un référendum avait lieu.

C’est là que la position du FvD est importante, mais le parti est resté ambigu dans le passé et a eu des positions diverses sur la question. Des divergences d’opinion divisent le parti en son sein même. En général, ses membres disent préférer réformer l’UE de l’intérieur plutôt que de suivre la voie risquée du Brexit. Mais leur volonté d’organiser un référendum sur l’adhésion à l’UE à un moment donné perdure.

Plusieurs partis pro-UE talonnent le FvD et le VVD dans les sondages. C’est notamment le cas du PvdA social-démocrate et du CDA chrétien-démocrate, qui pourraient gagner chacun trois ou quatre représentants au Parlement. Les Verts et  les sociaux-libéraux pourraient chacun envoyer deux eurodéputés à Strasbourg.

D’autres partis, eurosceptiques, comme le PVV d’extrême droite, dont la popularité chute rapidement, et les socialistes du SP, obtiendront probablement un eurodéputé chacun. Dans l’ensemble, la victoire du camp pro-UE est inévitable.

Les conséquences

Si la sortie des Pays-Bas de l’UE devient le sujet phare du duel, Mark Rutte pourrait se présenter comme l’homme d’État responsable face à Thierry Baudet et ainsi réaffirmer la dominance de son parti. Toutefois, en misant tant sur l’affrontement, le Premier ministre risque gros. Il pourrait en effet être personnellement tenu pour responsable d’une perte d’électeurs, contrairement aux élections régionales, lors desquelles il s’était tenu à l’écart. Un revers dont profiterait le FvD.

Un taux de participation accru serait par ailleurs un succès clair. Seuls 37 % de la population avait voté en 2014, mais le chiffre devrait être meilleur cette année, tant grâce aux eurosceptiques qu’aux pro-européens.

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