En Italie, l’élection européenne remet en jeu la coalition au pouvoir

Les élections européennes pourraient faire de la Ligue italienne le plus grand parti d’extrême droite du nouveau Parlement européen, élevant ainsi son leader, Matteo Salvini, au rang de porte-drapeau des populistes.

Les partis politiques italiens sont dans l’attente des résultats des élections européennes, qui devraient redistribuer les cartes  entre les différentes forces politiques du pays.

Il s’agit du premier test électoral national après les élections générales de 2018, à l’issue desquelles une coalition gouvernementale composée de la Ligue d’extrême droite et du Mouvement 5 étoiles anti-système est née.

Le 26 mai, l’Italie choisira 73 eurodéputés, un nombre qui grimpera à 76 si le Royaume-Uni quitte l’UE. Le territoire italien est divisé en cinq grandes circonscriptions, et les sièges seront répartis à la proportionnelle avec un seuil électoral de 4 %.

Tous les yeux seront néanmoins tournés vers les résultats de la Ligue. « Ils veulent devenir le plus grand parti de d’extrême-droite d’Europe pour faire bouger le centre de gravité politique vers la droite », explique Lorenzo Castellani, analyste politique et chercher à l’Université Luiss de Rome.

Depuis le 10 mai, la trêve électorale a commencée en Italie, ce qui signifie qu’aucun sondage ne peut être publié via des canaux officiels ou des médias dans les deux semaines précédant le vote.

Avant cette trêve, la Lega menait les sondages et était créditée de plus de 30 % des voix. L’autre parti au pouvoir, le Mouvement 5 étoiles, et le Parti démocrate de centre gauche (affilié au PSE) sont au coude à coude avec respectivement 22,6 % et 20,9 % de soutien.

L’ancien partenaire de la Lega, le parti Forza Italia de Silvio Berlusconi (PPE) est tombé à 9-10 % par rapport à ses 14 % de l’élection de mars 2018. Fratelli d’Italie [Frères d’Italie], parti d’extrême droite affilié au CRE était quant à lui crédit de 5 %, soit une hausse d’un point et demi par rapport aux élections générales.

Il est fort probable que le seuil élevé pour obtenir un siège écarte les partis écologistes et de gauche, mais aussi le parti +Europe d’Emma Bonino, affilié à l’ALDE.

Tendances à surveiller

Habitude bien italienne, les sujets européens ont en réalité été peu abordés pendant la campagne, les élections européennes ayant toujours été perçues comme des élections de « mi-mandat » pour les partis au pouvoir.

Matteo Salvini les a qualifié de référendum sur les politiques de son parti, un risque calculé selon l’analyste politique, Lorenzo Castellani.

« C’est une élection à la proportionnelle, pas une situation de gagnant ou perdant. Polariser le vote pourrait lui permettre d’établir l’ordre du jour même si le résultat final de la Ligue est de moins de 30 %. »

Salvini de plus en plus proche d'Orbán

Matteo Salvini rend visite à son allié Viktor Orbán et n’exclut pas une alliance avec le PPE.

Selon Lorenzo Pregliasco, co-fondateur de la société de sondage YouTrend, l’une des tendances les plus intéressantes à surveiller est la course entre le Mouvement 5 étoiles (M5S) et le Parti démocrate. Ce dernier a vécu un « sursaut électoral » depuis que les membres du parti ont choisi Nicola Zingaretti comme nouveau chef de file.

« Avant la trêve, les sondages donnaient le Mouvement 5 étoiles légèrement au-dessus, mais ce n’est pas assez pour prédire comment se terminera le duel », explique-t-il.

La même remarque pourrait être faite pour les anciens partenaires de centre droit de la Ligue, Forza Italia et Fratelli d’Italia. Si l’inexorable déclin de Silvio Berlusconi entraîne son parti juste au-dessus voire même en-dessous du parti d’extrême droite de Giorgia Meloni, Matteo Salvini pourrait être tenté de dépendre de cette dernière et commencer à écarter Silvio Berlusconi, personnalité encombrante de la politique italienne.

Reste à voir également si le parti +Europa affilié à l’ALDE parviendra à dépasser le seuil électoral, qui prendrait donc trois ou quatre sièges aux autres partis et calmerait ainsi un peu le tsunami populiste.

Les élections européennes auront lieu en même temps qu’environ 4 000 élections locales et une grande élection régionale dans le Piedmont, ce qui pourrait accroître le taux de participation, estime Lorenzo Pregliasco.

Et après ?

Les tensions au sein de la coalition gouvernementale ont augmenté durant la campagne, au point de menacer la stabilité du gouvernement. Luigi Di Maio, chef de file du M5S, n’a pas caché sa frustration, espérant que la situation revienne à la normale après le 26 mai avec « plus de travail et moins de blabla. »

La Ligue pourrait tirer profit d’une victoire et miser sur des élections anticipées, affirme Lorenzo Pregliasco, qui considère toutefois ce scénario relativement peu probable en 2019.

Les élections sont aussi importantes pour évaluer les effets politiques des mesures prises par les deux partis au pouvoir, souligne Lorenzo Castellani. « Nous allons voir si l’impôt forfaitaire proposé par la Ligue ou le revenu universel du M5S seront récompensés par les citoyens. »

Le cabinet de conseil Comin & Partners a élaboré cinq scénarios post-élections. Le plus probable est de voir la Ligue rester premier parti du pays, avec le maintien de la coalition au pouvoir avec le Mouvement 5 étoiles. Un remaniement ministériel serait à prévoir avec le gain de ministères plus importants.

Un autre scénario reposant sur une victoire de la Ligue serait de voir Salvini rompre la coalition et organiser des élections anticipées en octobre. Le troisième scénario pourrait se produire dans le cas d’une chute du M5S, conduisant à une scission au sein de son groupe parlementaire, certains de ses députés soutenant un gouvernement de centre droit dirigé par la Ligue avec Forza Italia et Fratelli d’Italia.

Les deux scénarios les moins probables envisagent un gouvernement technocratique à la suite d’une spéculation internationale croissante sur la dette italienne, ou une coalition entre le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles, qui ferait donc s’écrouler la coalition de la Lega.

Quoi qu’il en soit, l’Italie verra son influence au sein des institutions de l’UE réduite de manière significative, car elle sera presque certainement éliminée de la course aux postes à responsabilités de l’UE. Même à Strasbourg, le rôle de l’Italie pourrait être amoindri, à moins que les mouvements nationalistes et populistes à travers l’Europe ne se taillent la part du lion.

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