La Roumanie de plus en plus isolée au sein de l’UE

Piégée entre le référendum et le débat sur l'état de droit, la Roumanie elle-même risque de perdre de vue les questions européennes. [EURACTIV.com]

La Roumanie est dans une position pour le moins inconfortable. Elle est à la fois à la présidence de l’UE et dans le viseur de la Commission, qui la menace de déclencher contre elle « l’option nucléaire ».

En Roumanie, aucun parti n’a de vraie plateforme européenne. S’il n’existe pas de parti ouvertement eurosceptique, les deux membres de la coalition gouvernementale, les socialistes (PSD) et les libéraux (ALDE) risquent d’être expulsés de leurs familles européennes respectives.

Comme la plupart des citoyens sont favorables à l’Union, tous les grands partis affirment être pro-européens. Et pourtant, la plupart des campagnes utilisent des slogans comme « La Roumanie mérite mieux », « Rendons la Roumanie aux Roumains » ou « La Roumanie d’abord ». Plutôt que de s’attaquer frontalement à l’UE, les politiques préfèrent donc dénoncer « les bureaucrates de Bruxelles ».

Les relations entre le gouvernement et les institutions européennes se sont considérablement tendues après l’adoption de lois qui, selon l’UE, affaiblit l’état de droit et la lutte contre la corruption. La dernière querelle a eu lieu juste après le sommet de Sibiu, lors duquel les dirigeants européens ont discuté de l’avenir de l’union et promis de respecter la démocratie et l’état de droit.

À Bruxelles, les représentants européens estiment cependant que Bucarest ne respecte pas ses promesses. Dans une lettre aux autorités roumaines, le vice-président de la Commission Frans Timmermans prévient que l’exécutif n’hésiterait pas à activer la procédure de l’article 7, suite à un changement du code pénal qui « risque de créer une situation d’impunité de fait pour certains délits, dont la corruption ». La procédure punit les infractions des États et peut leur faire perdre temporairement leur droit de vote au niveau européen.

Partis problématiques

La situation se complique encore étant donné que Frans Timmermans est le Spitzenkandidat du Parti socialiste européen (PSE), dont le premier parti roumain, le PSD, fait partie. Là non plus, les relations ne sont cependant pas au beau fixe. Le mois dernier, le PSE a en effet décidé de geler l’adhésion de son membre roumain « jusqu’à ce que le gouvernement clarifie son engagement vis-à-vis de l’état de droit et suive les recommandations de la Commission ». Une décision définitive devrait être prise lors du congrès de juin, mais Liviu Dragnea et le PSD ne semble pas prêts à faire marche-arrière sur les réformes.

L’ALDE, le partenaire de coalition du PSD, est dans la même situation. Guy Verhofstadt, le chef de file de sa famille politique, l’ALDE, a appelé à son exclusion de la famille libérale européenne. Face à une situation en Roumanie qui ne cesse de se détériorer, le groupe ALDE (élus ALDE au Parlement européen) a décidé début avril d’exclure ALDE Roumanie. Le Parti européen devrait suivre le mouvement et l’exclure officiellement dès que possible, a indiqué le belge en avril.

Si ces menaces se concrétisent, la position de la Roumanie serait encore plus instable et isolée au sein de l’union. Quatre de ses cinq grands partis politiques ne feraient plus partie des groupes politiques européens. Seul la formation de centre droit PNL devrait garder sa place au PPE.

La troisième force politique du pays, Alliance 2020 USR PLUS, est composée de deux partis récemment établis : l’union pour la sauvegarde de la Roumanie (USR) et PLUS, le parti de l’ancien Premier ministre et commissaire européen Dacian Ciolos. L’alliance prévoit de rejoindre le groupe d’Emmanuel Macron.

Autre nouveau venu sur la scène politique : ProRomania, parti créé par l’ancien Premier ministre Victor Ponta et d’autres dissidents du PSD, dont la commissaire européenne à la politique régionale, Corina Cretu, et l’ancien premier ministre Mihai Tudose. Ces trois personnalités donnent de la visibilité au parti, mais seule Corina Cretu devrait prendre place au nouveau Parlement européen.

ProRomania espère rejoindre les rangs du PES, mais refuse de le faire tant que PSD n’en est pas exclu. Des sources proches de Victor Ponta ont également indiqué que des contacts avaient été établis avec le mouvement macronien.

Imbroglio sur l’appartenance politique de Victor Ponta

Alors que le parti socialiste « historique » de Roumanie songe à rejoindre un groupe d’extrême-droite au Parlement européen, l’ex Premier ministre roumain Victor Ponta hésite entre  les groupes conservateurs et socialistes au Parlement européen.

Selon les derniers sondages, PSD et PNL sont au coude-à-coude, avec chacun entre 26 et 27 % des intentions de vote, suivis par l’Alliance USR PLUS (20 %). ALDE et ProRomania pourraient quant à eux récolter autour de 8 % chacun, selon l’INSCOP.

Le pays compte également deux partis membres du PPE : l’UDMR, de la minorité hongroise, plus proche de Fidesz que la position générale du PPE sur la plupart des sujets européens et qui vient de se désolidariser du gouvernement, et le PMP, le parti de l’ancien président Traian Basescu, qui mène la liste. Tous deux devraient obtenir un score d’environ 5 %, le seuil minimum, et pourraient donc ne pas être représentés à Strasbourg.

Référendum sur le gouvernement

L’état de droit et l’indépendance du pouvoir judiciaire fait débat en ce moment. Le président, Klaus Iohannis, a donc convoqué un référendum le même jour que les élections européennes pour savoir ce que les citoyens pensent de la lutte contre la corruption, mais aussi de la méthode du PSD qui consiste à légiférer sur la justice par décisions gouvernementales et non par des débats au parlement.

Toutefois, la campagne du référendum et le processus de vote – trois urnes et un bulletin de vote distinct pour chacune des deux questions du référendum – risquent de semer la confusion chez les électeurs et de diminuer l’importance des sujets européens dans le débat.

Piégée entre le référendum et le débat sur l’état de droit, la Roumanie elle-même risque de perdre de vue les questions européennes à un moment important pour l’avenir de l’union. La possible conditionnalité des fonds de l’UE au respect de l’état de droit, qui pourrait affecter le pays, est particulièrement préoccupant.

Bruxelles conditionne ses subventions à l'État de droit

Dans son projet de budget, la Commission veut « restreindre l’accès aux fonds de l’UE » en cas de violation de l’État de droit dans son projet de budget. Une initiative sans précédent qui cible la Pologne et la Hongrie.

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