Un risque d’ingérence plane sur les élections européennes

Vera Jourova [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

La commissaire européenne en charge de la justice a mis en garde contre  le risque d’ingérence et de manipulation des élections européennes, qui « n’a jamais été aussi élevé ».

81 % des Européens sont en faveur d’une transparence accrue de la publicité sur les réseaux sociaux, tandis que 80 % voudraient que les plateformes indiquent clairement le montant d’argent reçu par les partis politiques.

Les résultats de la dernière enquête Eurobaromètre sur la démocratie, présentés par la commissaire européenne en charge de la justice, Vera Jourová,  lors du sommet Web 2018 de Lisbonne, montrent une défiance de plus en plus importante face au marketing politique.

Plus des deux tiers (67 %) des personnes interrogées s’inquiètent en effet les données personnelles collectées sur Internet pourraient être utilisées à des fins de publicité politique ciblée. L’enquête a été menée en septembre et a consisté en des interviews en face à face avec près de 30 000 citoyens à travers l’UE.

Source: Commission européenne

« Pendant trop longtemps nous avons perçu les géants du numérique comme des acteurs totalement neutres et inoffensifs, ne pouvant être tenus pour responsables des conséquences de ses actes », a déclaré la commissaire. « La grande question est de savoir quel rôle la technologie doit jouer dans notre société. »

Le scandale de Cambridge Analytica a envoyé « des ondes de choc à travers nos systèmes démocratiques », a ajouté la commissaire, ce qui devrait « sonner l’alarme » à moins de 200 jours des élections européennes.

Ingérence russe

Outre l’utilisation des données personnelles à des fins de publicité politique, les élections récentes ont aussi été marquée par les ingérences russe en matière d’information.

Euractiv s’est récemment entretenu avec une journaliste russe, Lyudmila Savchuk, qui s’est infiltrée en 2015 à l’Agence de recherche Internet (IRA) de Saint-Pétersbourg, également connue sous le nom d’« usine à troll ».

Le but de l’IRA, a-t-elle expliqué, était de créer des pans de contenu destinés à influencer les électeurs en Europe et aux États-Unis.

« Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il y aura des menaces pour les élections européennes de l’année prochaine », a-t-elle déclaré.

La menace des cyberattaques ressurgit à l’approche des élections européennes

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Serment d’Hippocrate pour l’ère du numérique 

Le risque pour l’intégrité des élections européennes dû à des mauvaises pratiques a récemment fait l’objet de vifs débats de la part des régulateurs européens.

La Commission européenne a récemment annoncé l’adoption d’un code de bonnes pratiques en matière de désinformation que les plateformes technologiques telles que Facebook, Twitter et Google ont déclaré vouloir respecter. Le code comprend des mesures telles que la lutte contre les faux comptes et les robots en ligne et le blocage des revenus publicitaires de la part d’entreprises qui diffusent de la désinformation.

En octobre, le commissaire à la sécurité, Julian King, a déclaré lors d’une conférence de haut niveau sur la désinformation dans le contexte des élections européennes de l’année prochaine que l’UE « [devait] aller beaucoup plus loin, beaucoup plus vite » pour contrer la menace des fausses informations.

En outre, la conférence sur l’éthique du Comité européen de la protection des données (EDPB) s’est tenue au Parlement européen vers la fin du mois d’octobre. La question de savoir comment élaborer un ensemble de normes fondamentales pour le secteur numérique y a été largement débattue.

Avant l’ouverture de la conférence, Giovanni Buttarelli, chef de l’EDPB, a attiré l’attention sur la possibilité d’établir un « serment d’Hippocrate » pour l’ère numérique, une idée soutenue par Vera Jourová le 6 novembre.

« J’ai entendu parler de l’idée de créer un serment d’Hippocrate pour les concepteurs informatiques. La première règle sera : Ne faites pas de mal et faites passer le bien-être des gens en premier. J’aime cette idée », a-t-elle commenté.

Les géants du Net s’attellent à la lutte contre la désinformation

Facebook, Google ou Twitter vont mettre en œuvre le code de pratique contre la désinformation élaboré par Bruxelles. Mais son efficacité est déjà questionnée.

Alors que les plateformes elles-mêmes font actuellement l’objet de vives critiques de la part de la Commission européenne, les architectes web et les auteurs de logiciels qui construisent les formules sur lesquelles les interfaces numériques fonctionnent échappent à toute responsabilité directe.

Si l’on en croit les paroles de Vera Jourová, cela pourrait changer. « Un architecte doit respecter et se conformer au code du bâtiment et à un certain nombre de législations en matière de sécurité », a-t-elle expliqué.

« Pour le monde numérique, nous devrions penser à un système similaire, un mélange de normes éthiques, juridiques et sociétales qui assurerait une confiance continue dans la plus grande révolution de notre vie. »

La Russie championne de la manipulation de l’information

Les fake news prolifèrent, portées par la viralité  d’Internet et la crise de confiance dans les démocraties. Mais personne ne manipule aussi bien l’information que la Russie selon un rapport français.

 

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