Que risque le prochain Parlement européen avec la montée des eurosceptiques?

La composition même du prochain Parlement n'augure rien de bon. [Shutterstock]

Les formations eurosceptiques devraient être la deuxième force politique du prochain Parlement européen, avec ou sans les Britanniques. Une configuration qui pourrait paralyser l’institution.

Une enquête réalisée par YouGov pour le groupe de réflexion Conseil européen des relations extérieures en mars 2019 se penche sur la composition probable du Parlement après les élections de mai, ainsi que les positions des eurodéputés au sein des groupes.

Selon les données collectées dans 14 États membres, la « grande coalition » entre le PPE de centre droit et les socialistes du S&D devrait perdre la majorité pour la première fois, avec un score combiné de 43 %.

Que les projections soient faites avec les élus britanniques (pour un total de 751 députés) ou sans (705 députés), le PPE devrait rester le plus grand groupe (182 ou 189 élus), suivi par le S&D (140/123)… ou une formation de parti anti-européens, avec trois chevauchements possibles : un bloc de gauche avec 34 %, un bloc de droite avec 32 % et un bloc composé de partis anti-UE avec 35 % des sièges. Cette configuration placerait les libéraux de l’ALDE, avec LREM (106/106) et/ou les Verts (61/52) dans la position des faiseurs de roi pour former une majorité.

La Gauche unitaire européenne (GUE) pourrait obtenir 55 ou 56 sièges. À l’autre bout du spectre, on retrouve les trois groupes de droites ENF (86/89), CRE (57/51) et EFDD (51/26), bien que ce dernier pourrait disparaitre après le Brexit et le départ des élus britanniques.

Un bloc de droite avec le PPE et le CRE signifierait cependant l’alliance de partis qui au niveau national sont souvent rivaux, et parfois catégoriquement opposés, surtout en Europe de l’est. Ce serait par exemple le cas des partis polonais Droit et justice (PiS), au pouvoir, et Plateforme civique (PO), dans l’opposition, des partis hongrois Fidesz et KDNP, mais aussi de partis d’une série de pays d’Europe occidentale.

Le Premier ministre hongrois et chef du parti Fidesz, Viktor Orbán, a affirmé que son maintien au sein du PPE, contestée, « assurerait l’unité des forces conservatrices avant les élections européennes », ajoutant qu’il permettrait « d’organiser une campagne forte » autours du Spitzenkandidat Manfred Weber.

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À moins de deux mois du scrutin, le temps est venu de faire le point sur l’évolution des rapports de force depuis novembre 2018. Un article de notre partenaire, PollsPosition.

Tout le monde n’est cependant pas convaincu par ce discours. « Si les partis d’extrême droite anti-immigration obtiennent de bons résultats aux élections, Viktor Orbán pourrait décider de retirer Fidesz du PPE pour travailler avec les forces anti-européennes », suggère le rapport.

Interrogés par Euractiv au début du mois, plusieurs membres du CRE, groupe menacé par le départ de ses nombreux membres britanniques, ont confirmé qu’ils envisageraient d’adhérer à un regroupement de PiS et de Fidesz.

« Oui, nous le ferions. En particulier, après que Viktor Orbán a déclaré que s’il était expulsé du PPE, le premier groupe qu’il approcherait serait le CRE, qu’il essaierait de rejoindre par sa connexion polonaise. Reste à voir s’il finira par être expulsé », a répondu Ryszard Legutko, coprésident du groupe.

Une telle décision « pourrait inciter les partis les plus à droite du PPE à s’éloigner également du groupe, qui n’est pas vraiment leur habitat naturel », suggère le rapport, qui conclut que le bloc de gauche s’avérera sans doute légèrement plus grand que le bloc de droite.

Ses auteurs font cependant valoir qu’un tel scénario risquerait de convaincre les parties anti-européens qu’il est impossible de réformer l’UE. Un discours qui ajoute de l’eau au moulin du nouveau parti britannique du Brexit, parti du postulat « le Royaume-Uni a voulu quitter le club et n’a pas été autorisé à le faire ».

Le succès de ce parti est confirmé par le sondage YouGov/Conseil européen des relations extérieures, qui indique que les trois quarts des Européens estiment que leur système national ou le système européen – ou les deux – sont brisés.

L’enquête a également évalué les potentielles positions post-électorales des eurodéputés des groupes, qui sont en moyenne « légèrement plus à droite et un peu moins positifs à l’égard de l’UE ».

« Tout dépendra des coalitions que les partis traditionnels forment entre eux et de la manière dont ils s’emploient à perturber la formation de coalitions anti-européennes au sein du prochain Parlement », affirment ses auteurs, qui suggèrent que les partis pro-européens « doivent penser au-delà des familles politiques traditionnelles ».

« Un Parlement européen divisé à peu près également entre des forces anti-européennes et des forces pro-européennes présente un risque réel de paralysie », s’inquiète Susi Dennison, chercheuse et directrice du programme Pouvoir européen du Conseil européen des relations extérieures.

« La coopération au-delà des groupes politiques traditionnels et la recherche de consensus sur des questions telles que le climat ou le renforcement de l’UE en tant qu’acteur mondial, sur lesquelles les groupes peuvent trouver un terrain d’entente et les électeurs attendent désespérément des résultats au niveau européen revêtent donc une importance primordiale », estime-t-elle.

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