Entre les Verts et Jupiter, la question d’une alliance fait débat

Reinhard Bütikofer: «Les Verts ne seront pas les troupes auxiliaires d’un Jupiter en train de se transformer en Icare.»

Les Verts et La République en Marche ont beau partager une vision similaire du projet européen, Reinhard Bütikofer, le président des Verts, n’envisage de collaboration que si elle se fait dans l’égalité.

Les Verts européens déclarent n’avoir jamais été en contact avec Emmanuel Macron ou son parti, La République en Marche (LREM), avant la parution de l’article de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, où le président français explique qu’il cherchera à faire alliance avec les Verts et les sociaux-démocrates du S&D après les élections européennes de mai 2019.

« Je me demande bien de quel genre d’alliance il pourrait s’agir », a confié à Euractiv Reinhard Bütikofer en marge d’un congrès des Verts qui s’est terminé à Berlin le 25 novembre. Selon lui, un représentant de LREM a contacté Ska Keller pour organiser une rencontre le lendemain.

« Je ne trouve pas cela très sérieux », a-t-il ajouté. La vaste alliance européenne post-électorale souhaitée par LREM placerait automatiquement le parti français au centre de l’action, aux dépens de ses nouveaux alliés, pourtant présents au Parlement depuis bien plus longtemps. Une solution un peu facile, selon Reinhard Bütikofer.

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Jupiter

« Ce n’est pas comme ça qu’on s’y prend pour trouver des alliés. Emmanuel Macron ne peut pas lancer des bouteilles à la mer en espérant que les autres se rallient à son mouvement d’un coup de baguette », signale le co-président des Verts européens.

« Les Verts ne seront pas les troupes auxiliaires d’un Jupiter en train de se transformer en Icare. »

Cela étant, les Verts sont généralement ouverts à toute collaboration, souligne-t-il, ajoutant que les deux partis partagent les mêmes avis sur la réforme de la zone euro et l’Union bancaire.

« Nous soutenons la même idée d’un budget européen », indique-t-il. « À la grosse différence que nous voulons que les États membres qui ne sont pas dans la zone euro puissent y entrer. »

Il en va de même pour la promotion d’une politique industrielle européenne. « Mais cela ne signifie en aucun cas soutenir les industries nationales », rappelle Reinhard Bütikofer en sous-entendant par là les compagnies françaises qui essaient de jouer des coudes pour faire tourner le débat politique européen en leur faveur.

« Nous sommes en ce moment en pleine course technologique mondiale, à laquelle nous voulons apporter des solutions robustes. Il n’y a pas de temps à perdre », fait-il remarquer.

Il faudra développer certains points comme la défense et la sécurité, poursuit-il, rejetant l’idée d’une armée européenne totalement autonome. « Quelques collègues français ont l’air de penser qu’il vaudrait mieux laisser tomber notre défense commune avec les États-Unis », ce qui selon lui risquerait de tourner en la faveur de Vladimir Poutine.

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Diversité, jeunesse et égalité des genres

Pour Reinhard Bütikofer, les candidats des Verts se distinguent des autres Spitzenkandidaten, en ce qu’ils « représentent la diversité et la jeunesse par rapport aux autres ». De plus, l’élection de Ska Keller démontre que « chez les Verts, les femmes pèsent autant politiquement, ont la même influence, et le même pouvoir de changer les choses ».

Alors que Frans Timmermans et Manfred Weber, les Spitzenkandidaten respectifs du S&D (sociaux-démocrates) et du Parti populaire européen, tentent en ce moment de recoller les morceaux pour leurs partis et de restaurer leur crédibilité politique, Ska Keller et Bas Eickhout ont derrière eux un parti qui s’est récemment illustré.

Toutefois, malgré ce succès des Verts partout en Europe, les deux candidats devraient faire attention à ne pas tomber dans la facilité du débat pro ou anti-Europe.

« Pour poursuivre et développer le projet européen, nous devons nous positionner clairement sur ce qu’il faut changer », fait-il valoir en prenant l’exemple de la lutte contre le réchauffement climatique.

« On ne se contente pas de dire que nous allons agir », s’engage Reinhard Bütikofer. « Nous nous basons sur le dernier rapport du GIEC, et nous sommes prêts à faire arrêter le charbon en Europe. Je ne sais pas si je peux en dire de même d’un quelconque autre parti. »

Enfin, le co-président rappelle une autre différence très significative à ses yeux : « Nous avons la cohésion la plus solide, et c’est là la force des Verts », conclut-il.

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