Chez les Verts, trois Spitzenkandidaten pour un duo

De gauche à droite : Bas Eickhout, Ska Keller et Petra De Sutter.

Les Verts, parti écologiste au succès inespéré, choisiront leurs deux Spitzenkandidaten à la fin du mois de décembre. Portrait des candidats en lice.

Bas Eickhout, le chimiste écolo

Bas Eickhout n’avait que 26 ans lorsque son compatriote d’extrême droite Pim Fortuyn s’est fait assassiner par un écologiste radical. Le pays entier était sous le choc, se souvient-il, et ce fait divers l’a poussé à se lancer en politique.

Le Néerlandais étudie d’abord la chimie et l’environnement à l’université de Radboud, où il préside l’association estudiantine de chimie. Son diplôme en poche, il devient chercheur à l’Institut national de santé publique et d’environnement des Pays-Bas et co-auteur d’un rapport du GIEC sur le réchauffement climatique qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2007.

Bas Eickhout est eurodéputé depuis 2009, chef de la délégation néerlandaise et vice-président du groupe des Verts au Parlement. Il est également membre de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire et suppléant de la commission des affaires économiques et monétaires et de la commission des transports et du tourisme.

« Rendre l’économie plus verte et l’Europe plus sociale, tel est mon crédo », assure-t-il. L’eurodéputé a comme priorité de réformer le programme social de l’Europe. « L’UE est très forte pour ce qui est du marché commun, mais il ne faudrait pas qu’elle oublie ses citoyens. »

Comme si la libre circulation des marchandises, des services et des capitaux était plus importante que la politique sociale, déplore-t-il, prenant pour exemple la compagnie aérienne Ryanair qui « ne prévoit aucune protection sociale pour ses employé-e-s », et illustre parfaitement le « projet antisocial d’une entreprise qui profite du manque de réglementation sociale de l’UE ». « C’est une honte, un échec pour l’Europe. »

Le Néerlandais a aussi fait remarquer que l’UE n’avait toujours pas harmonisé son régime fiscal. « Nous assistons maintenant à un nivellement par le bas entre États membres, et pendant ce temps-là, les entreprises vont au moins cher », soupire-t-il.

« Et ça, c’est moins d’argent dans les poches des États, qui doivent après faire des économies sur la sécurité sociale, les écoles et les hôpitaux. »

Au niveau commercial, Bas Eickhout insiste pour que les accords tiennent compte du réchauffement climatique et des aspects sociaux.

Par ailleurs, le projet européen étant actuellement menacé par l’extrême droite, les Verts sont les seuls à proposer une réelle alternative. « Les Verts savent parfaitement où ils vont. Les populistes aussi. Et entre les deux, c’est le flou » remarque-t-il, ajoutant que la démocratie sociale a perdu toute couleur politique.

Bas Eickhout refuse de résumer le débat à une question de pro ou anti-Europe, comme Emmanuel Macron ou Viktor Orbán. « Comme si la seule option était de défendre l’UE dans sa forme actuelle. »

Les Verts imaginent des ressources propres écologiques pour l'UE

Les eurodéputés écologistes ont présenté un rapport alternatif sur les « ressources propres vertes » de l’UE, court-circuitant ainsi les travaux du groupe Monti sur le futur financement de budget européen.

Petra De Sutter, l’insoumise

Professeur de gynécologie à l’Université de Gand et cheffe du département de médecine de reproduction de l’Hôpital universitaire de Gand (UZ Gent), Petra De Sutter a fondé tout son engagement politique sur sa carrière professionnelle.

« J’ai compris à quel point un environnement dégradé pouvait affecter notre santé, et c’est comme ça que ma conscience écologique est née », explique-t-elle.

« Prenons le cancer du sein, par exemple. On est dans l’incapacité d’établir un lien direct entre la maladie et l’usage des pesticides. Mais nous, les experts médicaux, nous avons les statistiques sous les yeux et nous voyons les chiffres grimper » observe-t-elle.

« J’ai donc suivi le conseil de Stéphane Hessel dans son livre ‘Indignez-vous’, et j’ai commencé par être en colère », se souvient-elle, ajoutant que l’indignation et la colère prenaient d’abord racine dans un fort sentiment d’injustice. Un sentiment qu’elle a connu après avoir annoncé publiquement qu’elle était transgenre.

« Pendant 40 ans, j’ai vécu recluse dans ma propre prison. Puis j’ai fait mon coming-out. Cette expérience m’a conscientisée sur la justice sociale, les minorités, les droits humains », confie-t-elle.

Petra De Sutter siège au Sénat de Belgique pour le Parti vert flamand depuis 2014. Elle est également membre de la délégation belge à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, où elle représente le groupe des socialistes, démocrates et verts.

Son projet politique s’articule autour de la migration, des réfugiés, de l’intégration, de la santé publique, du développement durable et de l’éthique.

Elle a non seulement été Rapporteuse spéciale sur les droits de l’enfant et des mères porteuses à l’Assemblée générale de l’ONU, mais aussi sur les nouvelles technologies génétiques chez l’humain et enfin sur les conditions d’accueil des réfugiés et des migrants.

En parallèle de tous ces combats, Petra De Sutter s’est aussi engagée contre le réchauffement climatique. Pour elle, la question climatique et environnementale ne peut être dissociée de la question sociale, un champ d’action depuis longtemps négligé par l’UE.

« Actuellement, je vois l’Europe comme un projet purement économique, sans réelle composante sociale », souffle-t-elle. « Pourquoi ? Parce que l’agenda néolibéral l’emporte en ce moment au niveau de l’UE. »

À ses yeux, certaines lois sont brandies à tort comme de grands progrès, telles que la gratuité de l’itinérance téléphonique ou le programme d’échange Erasmus. Des lois qui « s’occupent de ceux qui sont déjà privilégiés, car pour pouvoir profiter de l’itinérance, il faut déjà voyager, et pour partir en Erasmus, aller à l’université ».

« Et les autres ? Qui s’occupe de la pauvreté ? Vous savez, ceux qui vivent en banlieue, qui inhalent la fumée des autoroutes et qui sont obligés de manger de la mauvaise nourriture », dénonce-t-elle.

Les Verts montent au front pour consulter les études sur le glyphosate

L’Organisation mondiale de la santé et l’Agence européenne de sécurité des aliments ont abouti à des conclusions différentes sur le glyphosate. Pour l’eurodéputé belge Bart Staes, l’agence européenne doit absolument publier ses recherches. Un article d’Euractiv Allemagne.

Ska Keller, celle qui organisait des manifestations contre les néonazis

Ska Keller est née dans une petite ville d’Allemagne de l’Est en 1981. « J’ai côtoyé la violence néonazie toute ma jeunesse et j’ai commencé à organiser des manifs dans ma ville », se souvient-elle. « Je me suis donc politisée à l’adolescence. »

L’eurodéputée allemande déclare que ce qu’elle aime le plus chez les Verts est leur homogénéité.

« J’ai en tête un moment à la fois fantastique et fascinant, un événement qui réunissait tous les Verts européens. Peu importe d’où nous venions, il n’y a pas eu de désaccord majeur. Cela prouve bien que même en venant de pays différents, les membres des Verts ont les mêmes valeurs fondamentales, et ça me plaît », dit-elle avec fierté.

Ska Keller a été élue pour la première fois au Parlement européen en 2009, à l’âge de 27 ans. Lors des dernières élections européennes de mai 2014, elle était la tête de liste des Verts.

Au cours de son deuxième mandat en tant qu’eurodéputée, elle a été membre de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE), et présidente/porte-parole du Groupe des Verts/ALE pour la politique migratoire au Parlement européen.

Désormais, elle voudrait articuler la discussion communautaire autour de deux axes : l’axe pro-européen et l’axe pro-changement.

« Être pro-européen, c’est se battre bec et ongles contre l’extrême droite mais aussi les conservateurs, compte tenu de la présence de Viktor Orban au PPE », prévient-elle. « C’est un réel problème, car l’UE en perd en attrait. »

« Être pro-changement, c’est reconnaître que l’Europe doit être retravaillée sur la base de ces trois piliers : l’écologie, le social et la démocratie. »

Concernant l’écologie, le climat est en première ligne. « Nous sommes la dernière génération qui a le pouvoir de freiner le réchauffement climatique » insiste-t-elle. « Et les gens sont prêts. C’est une question de volonté politique, à présent. »

Pour le social, l’eurodéputée réclame des minima sociaux adaptés à chaque pays.

Enfin, en ce qui concerne la démocratie, Ska Keller souligne que les valeurs européennes fondamentales, telle que l’indépendance du pouvoir judiciaire, la liberté de la presse et l’État de droit, sont actuellement gravement menacées en Pologne, en Hongrie et en Roumanie.

Les Verts veulent « construire un nouveau rêve pour sauver l’Europe »

Europe Écologie les Verts planche ce week-end (9 et 10 juin) à Paris sur la stratégie à adopter en vue des élections européennes. Après le retrait de leur candidat à la présidentielle française, le parti tente de se renouveler un …

Subscribe to our newsletters

Subscribe