La gauche européenne rêve d’alliance malgré ses divisions

epa04937566 Alexis Tsipras EPA/YANNIS KOLESIDIS [Yanis Kolesidis/EPA]

Dans un projet de manifeste, le Parti de la gauche européenne se présente comme la « seule alternative » face aux conservateurs et à l’extrême droite, en dépit des divisions qui la fragilisent.

Le manifeste qu’est en train d’élaborer le Parti de la gauche européenne dénonce les politiques d’austérité, trop liées au dogme néolibéral qui impose « des mesures criminelles […] au cœur des problèmes que nous rencontrons ».

Selon la version consulté par Euractiv, la Gauche européenne estime que l’UE « est encore empêtrée dans une crise économique, sociale et politique profonde », qui a généré une hausse de popularité de l’extrême droite et une crise de la social-démocratie partout en Europe.

Une situation dans laquelle le parti voit cependant une occasion de percer. « La gauche doit devenir un équivalent fort et une alternative politique au nationalisme et au racisme de l’extrême droite, ainsi qu’aux politiques néolibérales », selon le projet de manifeste du parti.

Ces dernières années, les socialistes européens ont accumulé les défaites électorales. En France, le libéral Emmanuel Macron a succédé au social-démocrate François Hollande après un duel contre l’extrême droite de Marine Le Pen au second tour des élections. Le Parti socialiste, miné par les divisions, n’a récolté que 6,3 % des suffrages.

En Italie, le social-démocrate pro-européen Matteo Renzi a perdu les élections face à une coalition eurosceptique rassemblant l’extrême droite de la Ligue et le parti antisystème Mouvement 5 étoiles.

« L’absence de réponses aux problèmes concrets des résidents européens fait partie des raisons de la hausse de l’extrême droite ; l’absence d’une réponse humanitaire et solidaire à la crise des réfugiés a favorisé l’émergence d’une UE plus raciste et xénophobe », soulignent les auteurs du manifeste.

Un nombre croissant de conservateurs, mais aussi de sociaux-démocrates, ont adopté les rhétoriques de l’extrême droite, surtout en ce qui concerne l’immigration. C’est notamment le cas dans plusieurs grands États membres, comme l’Autriche, les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne, où la popularité de la frange la plus à droite du spectre politique a même menacé la stabilité du gouvernement.

Être ou ne pas être (dans la coalition)

Les socialistes et la gauche européenne ont adopté des rhétoriques similaires avant les élections, se concentrant sur la nécessité de faire avancer un programme progressiste, voire de former une alliance. C’est cependant aussi le projet d’Emmanuel Macron.

Pour Dimitris Papadimoulis, eurodéputé Syriza, il est nécessaire d’établir une alliance très large, « de Macron à Tsipras », afin de contrer l’émergence de l’extrémisme de droite. Si les élus de gauche et socialistes ne sont pas contre cette idée en ce qui concerne la protection des valeurs européennes, ils restent sceptiques quant aux projets sociaux du président français.

Appel à l'unification des gauches européennes face à l'extrême-droite

Le rapprochement entre conservateurs et extrême droite devrait pousser les démocrates à créer une grande alliance pro-européenne rassemblant à la fois Alexis Tsipras et Emmanuel Macron, estime l’eurodéputé Dimitris Papadimoulis.

 

Dans son discours sur l’avenir de l’Europe au Parlement européen, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, le dirigeant de gauche le plus charismatique, a déclaré que le scrutin des européennes « ne sera pas seulement une élection de plus, ça sera un combat de principes et de valeurs ».

Le Grec a appelé toutes les forces progressistes, démocratiques et pro-européennes à unir leurs forces et à combattre « le néolibéralisme extrême et le populisme d’extrême droite ». « Nous ne devons pas laisser l’Europe glisser vers le passé. »

Ces dernières années, Alexis Tsipras a été invité en tant qu’observateur aux présommets des dirigeants sociaux-démocrates, ce qui a alimenté les rumeurs selon lesquelles Syriza, actuellement affilié au Parti de la gauche européenne, pourrait rejoindre la famille politique socialiste.

Les dirigeants socialistes de l’UE ont souvent mis leur membre officiel en Grèce, le Pasok (parti socialiste), dans une position difficile en soutenant Syriza pendant la crise économique et la conclusion de l’accord sur le nom de la Macédoine.

Syriza estime avoir conquis l’espace de centre gauche de l’éventail politique grec et préconise maintenant une coalition progressiste à l’image du Portugal avant les élections. Les ténors du parti proposent donc une alliance avec les deux forces politiques de centre gauche, toutes deux membres du S&D (Potami et Pasok).

Si Potami et certains socialistes envisagent cette évolution d’un bon œil, la direction de Pasok s’oppose à une telle coalition, malgré les pressions du président du S&D, Udo Bullmann.

En Grèce, un échiquier politique en pleine reconfiguration

Alors que le pays sort de l’austérité, Udo Bullmann, le président du S&D, appelle les forces « progressistes » grecques à s’allier et à se distancier de Nouvelle Démocratie. Un parti qui porte, selon lui, une lourde responsabilité dans la crise grecque.

 

Au Portugal, le Parti socialiste, le Bloc de gauche et le Parti communiste ainsi que les Verts ont uni leurs forces après les élections de 2015. Une coalition qui a conduit le pays sur la voie de la croissance après des années d’austérité, ce qui lui a valu de nombreuses félicitations.

Un autre pays méditerranéen, l’Espagne, pourrait suivre cette tendance. Les socialistes dirigent actuellement le pays avec un gouvernement minoritaire grâce au soutien d’Unidos Podemos, après l’éviction du conservateur Mariano Rajoy. En cas d’élections législatives, Unidos Podemos pourrait devenir un allié important du Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez.

Fragmentation de la gauche

L’un des principaux objectifs de la GUE-NGL, le groupe du Parti de gauche européenne, avant les élections de 2019 est de mettre fin à la fragmentation des partis de gauche.

Dans une interview accordée à Euractiv le mois dernier, Gabriele Zimmer, qui dirige le groupe, a indiqué que la coopération avec le groupe S&D s’était améliorée depuis le départ de son ancien chef de file, Martin Schulz. Elle a également appelé les tenants de la gauche européenne à changer de mentalité politique et à surmonter leurs propres différences.

En avril de cette année, Podemos et le Bloc de gauche, avec La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, ont créé le mouvement « Maintenant, le peuple » en vue des élections européennes de 2019.

Gabriele Zimmer a exprimé sa déception face à certaines des tactiques de Jean-Luc Mélenchon. « Il doit comprendre que ses choix nuisent aux autres acteurs de gauche et que c’est problématique. J’attends de lui qu’il en fasse plus avec les autres dirigeants de gauche et qu’il n’attaque pas les autres [simplement] parce qu’il n’est pas d’accord. »

Le nouveau chef de file socialiste, Udo Bullmann, a également critiqué le Français : « la question est de savoir si les pros européens, du PPE à la GUE, peuvent adopter une position unie. Cette alliance ne pourra peut-être pas s’étendre jusqu’à Mélenchon, qui est un nationaliste rétrograde », a souligné l’eurodéputé allemand.

Zimmer : « les choses changent au sein de la gauche européenne »

Les élections espagnoles, l’engagement politique d’Alexis Tsipras et l’avenir de groupe des Socialistes et Démocrates européens, Gabriele Zimmer partage son point de vue avec EURACTIV Grèce.

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