Européennes 2024 : la gauche doit convaincre les électeurs que la transition écologique est socialement juste

L’un des grands changements idéologiques de la gauche ces dernières années a été l’accent mis sur le changement climatique et la politique énergétique, la gauche européenne se positionnant sur des sujets traditionnellement réservés aux partis écologistes. [EPA-EFE/GEORGI LICOVSKI]

Les partis socialistes européens doivent convaincre les électeurs que la transition vers une économie verte est socialement juste, ont affirmé les dirigeants de centre gauche dans une série de propositions politiques en amont des élections européennes de juin prochain.

«Nous devons nous assurer que les réponses que nous apportons au problème sont gérables et socialement acceptables», a déclaré Matthias Ecke, un eurodéputé membre du Parti social-démocrate allemand (SPD), lors d’un évènement organisé à Bruxelles la semaine dernière pour présenter une série de douze «missions» de politiques rédigées par la fondation Friedrich-Ebert en vue des élections européennes de 2024.

Selon M. Ecke, certains Européens craignent que le respect des engagements ambitieux de l’UE en matière de «zéro net» ne se traduise par des suppressions d’emplois et une baisse du niveau de vie.

«Nous ne pouvons pas nous contenter de compenser les coûts de la transition, nous devons créer de nouvelles opportunités et un modèle qui fonctionne», a-t-il affirmé.

La fondation Friedrich-Ebert, un groupe de réflexion allemand, est affiliée au SPD, le plus grand parti de la famille socialiste européenne, auquel appartient le chancelier Olaf Scholz.

Le changement climatique et la politique énergétique «font partie des questions les plus importantes pour les personnes qui envisagent de voter social-démocrate», a déclaré Christos Katsioulis, directeur du bureau régional pour la coopération et la paix en Europe de la fondation.

Les trois «missions» de politiques énergétiques et climatiques se concentrent sur l’aspect social de la transition écologique, y compris le besoin d’une énergie abordable et d’une transition qui crée des emplois.

Selon les sondages, les socialistes arriveront à nouveau en deuxième position derrière le Parti populaire européen de centre droit lors des élections européennes de juin prochain, mais l’écart entre les deux pourrait être le plus faible enregistré ces 20 dernières années.

L’un des grands changements idéologiques de la gauche ces dernières années a été l’accent mis sur le changement climatique et la politique énergétique, la gauche européenne se positionnant sur des sujets traditionnellement réservés aux partis écologistes.

Cette évolution vers une politique climatique, énergétique et environnementale a été accélérée par l’ambitieux Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), qui est au cœur du programme de la Commission européenne d’Ursula von der Leyen depuis 2019.

Des élections importantes

Le scrutin de juin représente «peut-être les élections européennes les plus importantes depuis 1979 [date des premières élections du Parlement européen]», a déclaré Martin Schulz, ancien président du Parlement européen et principal candidat de la famille socialiste européenne aux élections de 2014.

«Dans toute l’UE, les extrémistes de droite remportent des élections, exercent une influence et siègent aux gouvernements des membres fondateurs de la communauté européenne», a-t-il poursuivi.

Le Parlement, a-t-il ajouté, aurait besoin d’une majorité pro-européenne et de gauche pour combattre les forces de droite dans les autres institutions de l’UE.

La fondation Friedrich-Ebert affirme que les douze missions pour une Europe progressiste sont basées sur les plus grandes préoccupations des citoyens européens et abordent les principaux défis de notre époque.

D’autres propositions incluent la demande d’une semaine de travail de 32 heures et la création d’une armée européenne.

Par ailleurs, pour tenter de résoudre la crise de l’État de droit dans certains États de l’UE, M. Katsioulis a déclaré que la fondation ferait campagne pour l’établissement de « cliniques de droit » — dans le cadre desquelles des étudiants en droit ou des juristes fournissent une assistance juridique à des clients sous la supervision d’avocats expérimentés — à travers l’Europe, notant que « de nombreuses personnes ne connaissent pas leurs droits et que leurs gouvernements ne les respectent pas ».

Tanja Fajon, ministre slovène des Affaires étrangères et ancienne eurodéputée socialiste, a également souligné la nécessité de se concentrer sur des salaires décents, les soins de santé et la réforme des retraites.

«Les inégalités dans la société sont la raison pour laquelle nous avons besoin d’un État progressiste et social», a-t-elle noté.

M. Scholz a déclaré que l’UE était «une communauté de droit», déplorant que «deux ou trois États membres qui décident de ne pas respecter les engagements qu’ils ont pris dans le cadre du traité sapent cette communauté de droit».

«Ne pas respecter l’État de droit est un coup d’État systématique contre l’esprit de la coopération européenne», a-t-il ajouté.

Des fractures internes apparaissent chez les socialistes européens à l’approche des élections

Les divisions sur la guerre au Moyen-Orient, l’accord migratoire Italie-Albanie et des évènements politiques impliquant des dirigeants socialistes ont mis en lumière la fragilité de la famille socialiste européenne lors de son congrès le week-end dernier, à sept mois des élections européennes.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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