Européennes 2024 : Manon Aubry ne sera pas tête de liste de la gauche

« Je suis à mon poste de combat et le resterai jusqu’aux élections pour incarner une voix forte face à l’arc réactionnaire qui s’étend des libéraux à l’extrême droite », a affirmé Mme Aubry à Euractiv. [European Parliament]

Manon Aubry, la coprésidente du groupe de La Gauche (GUE/NGL) au Parlement européen, ne sera pas la candidate tête de liste de la gauche aux élections européennes de 2024, afin d’éviter les dissensions entre La France Insoumise (LFI) et le Parti communiste français (PCF), a déclaré Walter Baier, président du Parti de la gauche européenne (PGE), à Euractiv.

Alors que l’extrême droite gagne du terrain dans toute l’Union, le groupe Identité et Démocratie (ID) devant devenir la quatrième force au Parlement européen avec 87 sur 705 sièges, au niveau national, les forces de la gauche radicale sont de plus en plus fragmentées.

En Espagne, en Allemagne et en Grèce, les partis de gauche radicale se sont récemment effondrés en raison de luttes intestines et de scissions, ce qui a suscité des inquiétudes au niveau de l’UE quant à la capacité de la gauche à endiguer la progression de l’extrême droite au sein des États membres.

Selon Walter Baier, il est regrettable que la gauche mette « tant d’énergie » dans les « discussions et les luttes internes », alors que l’extrême droite continue son ascension. « C’est inadéquat pour faire face à la situation dans laquelle nous nous trouvons », a-t-il affirmé.

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Craignant de voir se multiplier les conflits internes et dans le but d’empêcher cette fragmentation de se répandre au niveau européen, le président du PGE a déclaré que la co-présidente du groupe de La Gauche au Parlement européen, Manon Aubry, ne serait pas la candidate tête de liste du parti — ou Spitzenkandidat — pour les prochaines élections européennes.

« En France, nous avons deux partis de gauche qui s’affrontent, et la philosophie de notre parti est d’être neutre dans ce genre de compétition », a déclaré M. Baier. « Nous […] ne voulons pas interférer d’une manière ou d’une autre. »

En effet, Mme Aubry est membre de LFI, qui est en concurrence avec le PCF pour attirer les électeurs en vue des prochaines élections.

En réponse aux déclarations de Walter Baier, Manon Aubry a minimisé l’importance du candidat tête de liste, le processus du Spitzenkandidat n’étant selon elle pas repris dans le débat public. Elle a en revanche indiqué qu’elle se préparait aux élections européennes en sa qualité de coprésidente du groupe de La Gauche, en rassemblant toutes les forces de gauche européennes. La femme politique française a également souligné que les communistes ne disposaient pas de représentation au Parlement européen.

« Je suis à mon poste de combat et le resterai jusqu’aux élections pour incarner une voix forte face à l’arc réactionnaire qui s’étend des libéraux à l’extrême droite », a expliqué Mme Aubry à Euractiv.

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La NUPES divisée

Manon Aubry est une figure éminente du mouvement de gauche radicale La France Insoumise, qui sera en concurrence avec le Parti communiste français pour attirer les électeurs.

Les deux partis se présenteront sur des listes séparées aux élections européennes, après un va-et-vient avec d’autres collègues de gauche, notamment la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES).

Pour rappel, la NUPES, initialement composée de LFI, du Pôle écologiste, du PCF et du Parti socialiste, a été formée après les élections présidentielles de 2022 pour faire office de contre-pouvoir au président libéral Emmanuel Macron.

En octobre, le PS a décide de suspendre sa participation à l’alliance de gauche en raison de la position de Jean-Luc Mélenchon, sur la guerre entre Israël et le Hamas, le chef des insoumis n’ayant pas condamné officiellement l’attaque du groupe terroriste contre Israël.

Le choix d’évincer Manon Aubry du processus du Spitzenkandidat pourrait donc permettre d’éviter de fragmenter davantage la gauche française et plus largement la gauche européenne.

Quelle tête de liste pour la gauche ?

Interrogé sur la possibilité que l’autre co-président de La Gauche au parlement européen, l’Allemand Martin Schirdewan (Die Linke), soit le candidat principal, M. Baier a déclaré qu’il était « certainement une option ».

« Mais il serait prématuré de dire qu’il deviendra [le candidat tête de liste]. Il y a un certain nombre de bonnes options », a-t-il ajouté.

Le nom du Spitzenkandidat sera révélé lors de l’assemblée générale électorale de la gauche européenne les 24 et 25 février à Ljubljana, en Slovénie, à l’issue d’un processus de nomination interne au cours duquel les partis nationaux, au sein et en dehors du parti, peuvent présenter des candidats potentiels.

Le vainqueur sera choisi par la présidence du parti, composée des dirigeants de chaque parti national affilié.

Le candidat choisi « disposera d’une équipe chargée d’organiser sa campagne personnelle » dans le cadre de la préparation des élections de juin.

Le processus du Spitzenkandidat permet aux partis politiques européens de nommer un candidat tête de liste de leur campagne électorale pour l’UE qui sera également candidat au poste de président de la Commission européenne.

Le système a toutefois été remis en question lors des élections de 2019 après que le candidat tête de liste du parti ayant obtenu le plus grand nombre de voix, Manfred Weber, du Parti populaire européen (PPE), a été ignoré lorsque les États membres ont choisi Ursula von der Leyen, qui a été nommée à l’issue de négociations à huis clos.

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Manifeste et campagne paneuropéenne

La gauche européenne a organisé cette année une série de groupes thématiques — paix et sécurité, politique sociale, économie, écologie, pour n’en citer que quelques-uns — composés d’experts, de représentants de la société civile et de responsables politiques, afin d’élaborer des documents de travail qui ont servi de base au projet de manifeste du parti.

« Lorsque nous avons entamé le processus, il était évident que l’Europe était, pour ainsi dire, dans la tourmente. Nous nous trouvons dans une période de profonde transformation, ce qui signifie que nous ne pouvons pas organiser le processus comme d’habitude, et nous avons donc décidé de le rendre très large et très participatif », a expliqué M. Baier.

Le projet de manifeste a été envoyé à tous les membres des partis nationaux — et aux partis de gauche non membres, ainsi qu’aux ONG, aux syndicats et à d’autres acteurs, « afin d’obtenir de toutes les parties le plus grand nombre d’amendements possible ».

Les amendements soumis feront l’objet d’un vote final lors de l’Assemblée générale de Ljubljana.

M. Baier a également confirmé que la gauche européenne mènerait pour la première fois une campagne paneuropéenne, avec une refonte de son site Internet et « cinq messages » inspirés du manifeste, qui serviront de base aux communications électorales dans les États membres.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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