Européennes 2024 : Parlement européen et experts alertent contre les risques de désinformation

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On observe « un effort croissant de désinformation qui cible et vise clairement à affaiblir l’idée de l’intégrité des élections », a déclaré Carlos Hernández-Echevarría, président du European Fact-Checking Standards Network. [Parlement européen 2024]

À un peu moins de trois mois des élections européennes de juin, le Parlement européen et les experts s’attendent à une recrudescence des tentatives visant à délégitimer le scrutin et à décourager les citoyens de se rendre aux urnes.

Les élections européennes se dérouleront du 6 au 9 juin, et les institutions européennes souhaitent obtenir un taux de participation supérieur à celui de 2019, qui était de 50,66 %, soit le plus élevé depuis 1994.

Cependant, certains analystes affirment que des acteurs malveillants se donnent beaucoup de mal pour que cet objectif ne soit pas atteint.

On observe « un effort croissant de désinformation qui cible et vise clairement à affaiblir l’idée de l’intégrité des élections », a déclaré Carlos Hernández-Echevarría, président du European Fact-Checking Standards Network et directeur associé de la plateforme de lutte contre la désinformation Maldita.es.

S’exprimant lors de l’évènement « Sauver la démocratie » consacré au rôle des médias mardi (12 mars), M. Hernández-Echevarría a déclaré qu’il s’attendait à ce que ce type de discours soit « très fréquent lors des prochaines élections parlementaires européennes ».

Le message principal de ces campagnes de désinformation est que les élections européennes ne sont pas démocratiques et qu’elles n’ont donc pas d’importance, et a pour but de décourager les citoyens de voter.

L’équipement technique et le système de vote en ligne ont également été contestés, a expliqué Delphine Colard, porte-parole adjointe du Parlement européen, à des journalistes mardi (12 mars).

Une stratégie déjà bien connue

Cette stratégie a déjà été observée lors de récentes élections nationales dans l’Union, a souligné Mme Colard.

En Slovénie, en Espagne et en Finlande, une campagne de désinformation similaire a été constatée lors des élections législatives de l’année dernière. Ces tentatives de désinformation prétendaient que de l’encre éphémère, qui disparait après quelques minutes, serait utilisée lors de ces élections pour invalider les bulletins de vote, a expliqué Mme Colard.

« L’ingérence étrangère dans les processus électoraux est de plus en plus fréquente, exacerbée par les nouvelles technologies, l’utilisation généralisée des réseaux sociaux et la montée des rivalités géopolitiques », a récemment noté le Service de recherche du Parlement européen (EPRS).

Les acteurs étrangers sont souvent considérés comme étant à l’origine de telles campagnes. C’est pour cette raison que le Parlement européen a appelé, en juin dernier, à « une stratégie coordonnée pour améliorer la résilience de l’UE face à l’ingérence étrangère et la manipulation de l’information, et pour protéger les élections européennes », exprimant une inquiétude particulière quant à l’ingérence de la Russie et de la Chine.

Dans le même temps, les menaces provenant du sol européen s’intensifient. « Nous avons constaté un effort coordonné de la part des acteurs nationaux dans ce domaine au fil des ans, et cet effort se renforce à chaque élection. Trois mois avant les élections, nous le constatons déjà à nouveau », a confié M. Hernández-Echevarría à Euractiv.

Pour le fact-checker, il est clair que « la délégitimation des procédures démocratiques […] a une valeur stratégique pour plusieurs acteurs qui pourraient être intéressés par l’amplification de ce récit ».

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Un manque de possibilités de solutions

Les jours précédant les élections représentent un vrai champ de bataille. À ce stade, les fact-checkers disposent de peu de temps pour combattre efficacement la plupart des discours de désinformation, a expliqué M. Hernández-Echevarría.

Le principal outil dont dispose Bruxelles pour lutter contre la désinformation est la législation sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), qui vise à améliorer la transparence et la responsabilité des services en ligne. Elle définit des règles sur la manière dont les plateformes en ligne doivent traiter les contenus illégaux ou préjudiciables en les rendant responsables de la modération des contenus.

La plupart des plateformes en ligne s’appuient sur des systèmes automatisés pour la modération des contenus, et donc pour repérer la désinformation. Cependant, pour ces systèmes, il est « extrêmement difficile, voire impossible, de détecter les sarcasmes [et] les critiques », souligne M. Hernández-Echevarría. Dans les cas où la langue du contenu n’est pas l’anglais, cela est encore plus complexe.

Selon Vladimír Bilčík du Parti populaire européen (PPE), membre de la commission spéciale sur l’ingérence étrangère du Parlement européen, l’autorégulation qui était précédemment en vigueur n’a pas fonctionné, et c’est la raison pour laquelle le DSA a été instauré.

Cependant, les « plateformes ont un long chemin à parcourir [dans la mise en œuvre de la loi] et une énorme responsabilité », a-t-il affirmé.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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