La présidente de la Commission européenne et candidate de centre droit du Parti populaire européen (PPE) aux élections européennes, Ursula von der Leyen, s’est engagée à « combattre » les « amis d’extrême droite de Vladimir Poutine » qui souhaitent « détourner » l’avenir de l’Europe.
À l’occasion du lancement de sa campagne électorale à Athènes, qui coïncidait avec le 50e anniversaire du parti Nouvelle Démocratie (PPE) au pouvoir en Grèce, Ursula von der Leyen a critiqué le président russe Vladimir Poutine et ses alliés européens.
Elle a déclaré que durant les prochaines élections européennes de juin, « notre Europe unie et pacifique sera remise en question tant de l’intérieur que de l’extérieur ».
Elle a également souligné les multiples menaces auxquelles l’Europe doit actuellement faire face. « La Russie ne cherche pas seulement à rayer l’Ukraine de la carte. Elle devient également de plus en plus agressive, notamment en menant des attaques hybrides contre l’Europe depuis des années, que ce soit à travers des cyberattaques, des manipulations des réseaux sociaux ou l’instrumentalisation des migrants », a-t-elle affirmé.
Elle a ajouté que « les amis européens de Vladimir Poutine » tentent de « réécrire notre histoire et de détourner notre avenir, que ce soit sous l’apparence de populistes ou de démagogues ».
« Qu’il s’agisse de l’AfD en Allemagne, du Rassemblement national en France, de la Konfederacja en Pologne, ou autres, les noms peuvent varier, mais l’objectif reste le même : piétiner nos valeurs et détourner notre avenir ».
« Dans les jours, les semaines et les mois à venir, notre travail consistera à riposter », a-t-elle ajouté.
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, qui, avec son homologue polonais Donald Tusk, avaient proposé la seconde candidature d’ Ursula von der Leyen à la Commission européenne, a quant à lui déclaré que l’Europe ne pouvait pas se permettre de faire des expériences.
« Avons-nous, en tant que Grèce et UE, à ce stade, une marge pour l’expérimentation et de nouvelles aventures ? », a demandé M. Mitsotakis, appelant la population à participer aux élections européennes.
Dans son discours, le Premier ministre grec a critiqué les partis d’opposition socialistes et de gauche, soutenant que la crise économique avait perduré en Grèce, car « le populisme avait entravé la reprise du pays ».
Défense de l’UE : la « marque » du futur
Évoquant la défense, Ursula von der Leyen a souligné que l’Europe doit collectivement accroître ses dépenses.
« L’Europe doit dépenser plus, mieux » et dans des produits européens, a-t-elle rappelé, citant la Grèce comme exemple de pays qui consacre plus de 2 % de son PIB à la défense.
Mettant en avant l’une de ses principales promesses électorales, elle a affirmé que « comme la guerre n’appartient pas au passé en Europe, la coopération en matière de défense doit être la marque de l’avenir de l’UE. C’est exactement ce que nous défendrons dans cette campagne ».
Sur le plan économique, la présidente a souligné que l’économie sociale de marché et la compétitivité de l’UE devraient être renforcées, et a soutenu le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), précisant qu’il transformait la lutte contre le changement climatique en un plan pour la croissance, l’industrie propre et l’équité sociale.
« Nous devons désormais continuer à soutenir notre industrie et nos petites entreprises dans l’application de ces mesures », a-t-elle déclaré.
Pourquoi Athènes ?
Selon une source du PPE, le choix de lancer sa campagne à Athènes avait un double objectif.
Premièrement, cela a coïncidé avec l’événement du 50e anniversaire du parti Nouvelle Démocratie, qui est au pouvoir en Grèce et est le parti de centre droit le plus puissant au sein du PPE dans un gouvernement national.
En outre, le source a expliqué que le choix d’Athènes est également « symbolique », puisque l’événement se déroule dans la salle Zappeion, où, le 28 mai 1979, la Grèce avait signé son adhésion à la Communauté européenne.
« En tant que secrétaire général du Parti populaire européen et en tant que citoyen grec, c’est un grand honneur pour le parti que je représente qu’Ursula von der Leyen démarre sa campagne européenne à Athènes », a déclaré le secrétaire général du PPE Thanasis Bakolas à Euractiv.
La Grèce, un modèle de croissance économique en Europe malgré la dette élevée et l’inflation
Samedi (6 avril), lors du 50e anniversaire de Nouvelle Démocratie, le président du PPE, Manfred Weber, a fait l’éloge de M. Mitsotakis, affirmant qu’il avait transformé une économie stagnante en « l’économie à la croissance la plus rapide d’Europe ».
« Mon pays, l’Allemagne, connait actuellement une stagnation sous le gouvernement de gauche à Berlin, tandis que la Grèce est devenue l’une des puissances économiques d’Europe », a-t-il ajouté.
Selon les projections de la Commission européenne, la croissance économique grecque devrait rester globalement stable à 2,3 % en 2024 et 2025.
Même si sa dette publique reste la plus élevée de la zone euro, elle suit une tendance à la baisse.
Cependant, l’inflation a entraîné une forte hausse des prix, et selon la majorité des sondages, les Grecs la considèrent comme leur principal problème.
M. Weber a également expliqué que M. Mitsotakis « a tenu tête » au président turc Recep Tayyip Erdoğan et a protégé les frontières de l’Europe. Faisant référence à un récent accord migratoire entre l’UE et l’Égypte, il a affirmé que ce sont « les autorités publiques [qui] décident qui peut entrer en Europe et non les passeurs ».
L’opposition grecque est critique
Pendant ce temps, l’opposition grecque a critiqué la décision de Mme von der Leyen de lancer sa campagne européenne à Athènes.
Kostas Arvanitis, eurodéputé du parti de gauche Syriza, a exprimé sa perplexité quant au choix de Mme von der Leyen de lancer sa campagne électorale à Athènes dans un contexte d’inquiétudes croissantes concernant l’État de droit du pays.
« Elle lance sa campagne dans les moments les plus difficiles pour l’État de droit en Grèce, avec un message très clair de condamnation du Parlement européen à l’encontre du gouvernement grec », a-t-il déclaré.
En effet, le Parlement européen a récemment voté une résolution critiquant le gouvernement grec pour ses défaillances en matière d’État de droit, énumérant de nombreux problèmes. Ceux-ci concernent notamment le manque d’indépendance des médias et les poursuites judiciaires bâillon (SLAPP), le scandale du « Watergate grec » où des politiciens, des hommes d’affaires et des journalistes ont été espionnés à l’aide du logiciel illégal Predator, ainsi que des tentatives présumées d’obstruction à l’enquête de l’Autorité hellénique pour la sécurité des communications et la protection de la vie privée (ADAE) sur cette affaire.
Les socialistes européens ont appelé le PPE à « cesser de couvrir » le Premier ministre grec.
Dans une interview accordée à Euractiv, le leader de l’opposition Nouvelle Gauche, Alexis Charitsis, a affirmé : « Le comportement anti-institutionnel de la présidente de la Commission, qui agit comme cheffe de parti au service de M. Mitsotakis, est une raison de plus pour qu’elle et Nouvelle Démocratie soient dénoncés dans les urnes ».
Dans un post sur X, l’eurodéputée néerlandaise Sophie in ’t Veld a appelé Ursula von der Leyen à poser « quelques questions » sur l’État de droit en Grèce lors de sa visite.
« Pendant que vous y êtes, pourquoi ne pas poser quelques questions sur l’État de droit démocratique ? Je rappelle simplement que la Commission européenne doit faire respecter les lois et les traités de l’UE », a commenté l’eurodéputée libérale.
[Édité par Anna Martino]




