Européennes : Jordan Bardella promet des élections « compliquées » au camp présidentiel

« Les élections européennes s’annoncent très compliquées pour la majorité présidentielle », a déclaré lundi (15 janvier) le président du Rassemblement national (Identité et démocratie, ID). [EPA-EFE/CLAUDIO GIOVANNINI]

Lors de ses vœux à la presse lundi (15 janvier), le président du Rassemblement national (Identité & Démocratie, ID), Jordan Bardella, a dévoilé les axes de son programme pour les élections de juin, les possibles alliances avec d’autres partis de droite et a souhaité « bon courage » à la majorité présidentielle pour la campagne à venir.

« Les élections européennes s’annoncent très compliquées pour la majorité présidentielle », a déclaré lundi (15 janvier) le président du Rassemblement national (Identité et démocratie, ID), Jordan Bardella, lors de ses vœux à la presse. 

À quelques mois des élections européennes du 9 juin prochain, les sondages annoncent une victoire écrasante des partis de droite radicale dans nombre d’États membres. 

En France, le RN est crédité d’un peu plus de 28 % d’intentions de vote selon les derniers sondages, loin devant leurs premiers concurrents de la coalition Renaissance (Renew Europe) de la majorité présidentielle (autour de 18 %). 

Pour l’heure, M. Bardella se veut tout de même prudent : « les sondages indiquent une dynamique, mais ce sont des photographies à un instant T ».

Pour renforcer ses rangs, le président du RN en « appelle les électeurs proches des Républicains [Parti populaire européen, PPE] à venir travailler à nos côtés ». Selon lui, le parti « devenu un syndicat d’élus sans incarnation […] désespère beaucoup d’électeurs orphelins » et n’a pas d’autre issue que de se scinder en deux, entre Renaissance et le RN. 

Dans les derniers sondages, Les Républicains (LR) conservent toutefois une dynamique similaire à celle de 2019 (8,5 %), crédités de 7 à 8,5 % des intentions de vote. 

Entre LR et le RN, le parti Reconquête ! pourrait faire des siennes. La liste menée par Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen, leader politique du RN, est en effet créditée de 5 à 8 % des intentions de vote — 5 % suffisent à envoyer un candidat au Parlement européen. 

Si des candidats du Reconquête! devaient rejoindre le Parlement européen, ils siégeraient au sein du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) menés par Fratelli d’Italia, le parti de la Première ministre italienne, Giorgia Meloni. 

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Alliance entre ID et CRE

Loin de s’en inquiéter, M. Bardella a plutôt rappelé les liens qui unissent les groupes ID et CRE, dont certains partis travaillent main dans la main depuis plusieurs années. 

« Nous avons multiplié les contacts avec de potentiels partenaires », comme le Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orbán qui siège chez les « non-inscrits » au Parlement européen, et le parti espagnol Vox (CRE), a-t-il même signalé.

De là à ce qu’il y ait une « fusion des deux groupes [ID et CRE] ? Je n’en sais rien », a-t-il précisé, reconnaissant toutefois travailler à « l’élargissement » du groupe ID. 

Aucun doute néanmoins sur la volonté de « faire émerger une minorité de blocage » grâce au jeu des coalitions de votes pour casser la dynamique de la majorité actuelle au Parlement européen constituée du PPE, de Renew Europe et des Socialistes et Démocrates européens (S&D). 

Déjà, M. Bardella se félicite du resserrement de l’écart des votes sur plusieurs textes, notamment les deux dernières propositions de réforme des traités européens.

Selon le chef du RN, ces deux textes illustrent le « débat entre deux grandes visions de la société », qui pourrait se matérialiser lors des élections. Le RN et ses alliés du côté des souverainistes, favorables à une « Europe de coopération entre les nations », contre les partisans d’une Europe plus intégrée du côté des libéraux, des socialistes, des écologistes et une partie du PPE. 

En d’autres termes, « redonner de la voie à la France en Europe alors qu’un véritable coup d’État fédéraliste est en cours de préparation » sera l’un des axes clés du programme du RN, a signifié M. Bardella, prêt à mener un « combat civilisationnel ».

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Début de programme

Le programme complet du parti sera d’ailleurs dévoilé le 3 mars lors d’une grand-messe à Marseille. Lundi, M. Bardella a esquissé les grands axes. 

Outre la bataille contre le fédéralisme, le RN souhaite s’attaquer au sujet de l’agriculture. « L’UE veut la mort de l’agriculture française », a-t-il sèchement déclaré.

L’eurodéputé axera également sa campagne sur l’immigration, l’élargissement de l’UE, l’intelligence artificielle et le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), support de ce qu’il appelle « l’écologie punitive qui dénature l’écologie véritable ». 

2027 en ligne de mire 

2024, mais surtout 2027 : pour le jeune leader radical, ces élections européennes du 9 juin ne seraient en réalité qu’un marchepied pour les prochaines élections présidentielles.

« Le parti politique qui arrivera en tête [aux élections de 2024] sera probablement celui chargé de l’alternance après 2027 », a-t-il déclaré, dans la mesure où il s’agit des dernières élections d’échelon national avant les prochaines présidentielles, a-t-il justifié.

Les élections de juin seront également «la dernière occasion pour sanctionner la politique du gouvernement et Emmanuel Macron », tels des mid-terms à l’américaine, a-t-il avancé.

Dès lors, le président du RN ne laisse aucun doute sur la teneur de ces élections qui, selon lui, ne laisseront aucune place aux partis autre que le sien et la coalition derrière le président de la République, Emmanuel Macron.

M. Bardella salive d’avance à l’idée de débattre avec le nouveau Premier ministre Gabriel Attal, de six ans son aîné. Il lui souhaite même « bon courage ». 

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