Européennes : les têtes de liste s’affrontent sur le nucléaire et le marché de l’électricité

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Vue des portes de la salle plénière à travers une fenêtre à bulles lors d'un débat sur "l'ingérence étrangère dans les processus démocratiques et l'intégrité des élections" lors d'une mini session plénière du Parlement européen à Bruxelles, Belgique, le 1er juin 2023. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Le premier débat télévisé entre les têtes de liste pour les élections européennes diffusé jeudi (14 mars) sur Public Sénat fut l’occasion de faire ressortir les différences en matière d’énergie, notamment sur le nucléaire et le marché européen de l’électricité. 

Étaient présent Valérie Hayer, tête de liste pour la coalition derrière Renaissance (Renew), Marie Toussaint, tête de liste pour Les écologistes (Les Verts /ALE), Manon Aubry, tête de liste pour La france insoumise (LFI, La gauche), Léon Deffontaines, tête de liste pour le Parti communiste français (PCF, La gauche), Raphaël Glucksmann, tête de liste Parti socialiste — Place publique (Socialistes et démocrates, S&D).

À droite de l’échiquier, étaient présent François-Xavier Bellamy, tête de liste Les républicains (LR, Parti populaire européen), Marion Maréchal, tête de liste Reconquête ! (Conservateurs et réformistes européens) et Thierry Mariani, représentant le Rassemblement national (RN, Identité et démocratie) en l’absence de sa tête de liste, Jordan Bardella.

Les huit personnalités se sont affrontées sur de nombreux sujets, et notamment sur la question de l’ « indépendance énergétique », alors que l’UE cherche un chemin vers la sortie de la crise énergétique.

Deux points clés ont été abordés : le marché européen de l’électricité et le développement du nucléaire. Sur ces deux questions, quatre blocs se sont affrontés : ceux qui sont pour le marché européen de l’électricité et le nucléaire, ceux qui sont pour l’un ou l’autre et ceux qui sont contre les deux.

Marché européen de l’électricité

Mme Aubry est la seule à ne défendre ni le marché ni le nucléaire. Depuis le début de la crise énergétique, le groupe de La gauche, qu’elle co-préside, demande la fin du marché européen de l’électricité.

Est reproché à ce marché son fonctionnement sur le principe du « merit order », qui suppose que le prix de l’électricité sur le marché de gros est fixé par le coût de déploiement de l’énergie la plus chère à chaque instant. Ce principe assure, d’habitude, un équilibrage du prix en faisant pression sur la demande. Encore faut-il que l’offre soit suffisante, ce qui ne fut pas le cas avec la réduction drastique des approvisionnements en gaz russe.

M. Mariani, lui, propose que la France sorte de façon dérogatoire du marché, comme, rappelle-t-il, l’ont fait l’Espagne et le Portugal, pour faire baisser les prix.

Les deux pays ont en effet obtenu une dérogation aux règles du marché. Ils n’en sont toutefois pas sortis, même temporairement. Plutôt, l’Espagne et le Portugal ont plafonné le prix du gaz, réduisant de fait le prix de l’électricité sur le marché de gros.

Néanmoins, la facture n’a pas été tant affectée que cela puisque la mesure a été financée par une taxe répercutée sur le prix final de l’électricité.

Les autres candidats ont, pour leur part, défendu le marché dont la réforme obtenue en décembre 2023 est, selon M. Bellamy, « réussie », notamment parce que les moyens de régulation des prix qu’elle devrait permettre s’appliquent aussi au nucléaire.

La réforme offre en effet la possibilité de recourir à des contrats protecteur pour les producteurs et consommateurs d’énergie nucléaire.

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Nucléaire

Sur le nucléaire, Mme Hayer a défendu le bilan de son groupe et du gouvernement français, notamment, « l’intégration du nucléaire dans la directive sur les énergies renouvelables », qui fixe des objectifs de développement en la matière.

En réalité cette directive, révisée en mars 2023, ne mentionne pas directement le nucléaire, mais reconnaît que dans certaines conditions drastiques, les Etats membres disposant d’un mix décarboné pourront profiter d’aménagements dans l’atteinte de leurs objectifs de production d’hydrogène renouvelable.

« Les États membres ayant un mix énergétique décarboné, notamment grâce à l’utilisation de l’énergie nucléaire, peuvent bénéficier d’aménagements dans l’atteinte de leurs objectifs », déclarait en effet Christophe Grudler, négociateur sur la directive RED3 au nom de son groupe parlementaire (Renew), dans un communiqué de presse. 

M. Mariani et Mme Maréchal, eux, défendent une politique nucléaire très volontariste en matière nucléaire, à l’opposé de la stratégie de l’Allemagne que Mme Maréchal qualifie de « fiasco total et absolu », rappelant que le pays a fermé ses derniers réacteurs nucléaires en pleine crise énergétique.

M. Bellamy, qui n’en pense pas moins, profite de son intervention pour saluer la constance de son parti, les LR, mais aussi du PCF, « les deux seules familles qui n’ont jamais varié sur le nucléaire ».

Surenchérissant, M. Deffontaines a qualifié les militants  anti-nucléaires  d’ « écologistes du passé », visant Mme Aubry et Mme Toussaint, dont les partis s’opposent au redéveloppement de la filière.

Industrie et renouvelable

Selon Mme Toussaint, l’UE doit surtout mettre le paquet sur les renouvelables, notamment parce qu’elle accuse un retard de développement en la matière par rapport aux États-Unis et à la Chine.

Une situation intolérable pour M. Glucksmann, qui rappelle que l’hégémonie chinoise dans la fabrication de panneaux photovoltaïques par exemple, se fait à coût de subventions et de ventes à perte, et au détriment du respect des Droits de l’homme sur la minorité Ouïghours.

Dès lors, l’industrie doit être réinvestie, défend-il. À ce titre, les États membres et le Parlement européen viennent de se mettre d’accord sur un réglement (Net zero industry act, NZIA, en anglais) visant à développer la production des technologies nécessaires à la transition énergétique européenne sur le sol européen.

Selon M. Glucksmann, le renouveau industriel pourra être en partie financé par une taxation des superprofits, comme le défend notamment LFI, et un impôt européen sur les grandes fortunes, comme le défendent notamment les écologistes.

Mme Toussaint a d’ailleurs rappelé le triptyque qu’elle défend : « TVA verte », « protectionnisme vert » et un plan de financement européen.

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