La droite dure cale au niveau européen au profit des progressistes

La popularité des partis d’extrême-droite recule en tendance, contrairement à celle des progressistes, dont Benoît Hamon et Martin Schulz. Un article de notre partenaire, Treffpunkteuropa.

Pendant des mois, il a semblé que la popularité de Marine Le Pen et de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) n’en finirait pas de monter dans les sondages. Pourtant, depuis octobre, le nombre d’électeurs de l’extrême droite n’augmente plus. Et depuis le début de l’année, les partis du groupe de l’Europe des nations et des libertés (ENL) du Parlement européen, qui comptent notamment le FN, l’AfD, le Parti pour la liberté néerlandais et le Vlaams Belang belge, perdent même du terrain. En Allemagne et en France, les candidats de gauche ont par contre créé la surprise dans les sondages récents, avec une popularité en hausse même si Benoit Hamon partait de très bas.

Cette perte d’aura de la droite pourrait être due à l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis et aux dysfonctionnements déjà apparents de son administration, ainsi qu’à un déclin de l’intérêt des médias pour la crise des réfugiés et les questions migratoires.

Si la tendance actuelle se confirme, Marine Le Pen, qui brigue l’Élysée, et Geert de Wilders, qui espère projeter son Parti pour la liberté à l’avant-plan de la scène politique aux Pays-Bas, pourraient tous deux se prendre les pieds dans le tapis.

Les élections aux Pays-Bas, répétition générale avant le scrutin français ?

Un mois avant les Français, les Néerlandais iront aux urnes le 15 mars pour choisir de nouveaux députés. Le pays, qui avait vcomme la France voté contre le traité constitutionnel européen en 2005, sera-t-il les galops d’essai pour les élections françaises ?

L’extrême droite européenne comptait sans doute surfer sur la vague victorieuse de Donald Trump, mais sa fraternisation avec le nouveau président américain lui a fait perdre des points. Nombre d’Européens, même ceux qui se situent à droite de l’éventail politique, sont très sceptiques vis-à-vis des premières actions de Donald Trump.

Par ailleurs la diminution hivernale du nombre de réfugiés et migrants arrivant en Europe et donc le désintérêt des médias ont privé l’extrême droite d’un argumentaire puissant. En effet, en Allemagne et aux Pays-Bas, les rhétoriques islamophobes et antisémites font partie intégrante de la stratégie de l’AfD et du Parti pour les libertés. Le groupe de l’ENL a ainsi vu son soutien chuter d’un point depuis le début du mois, pour atteindre 7,5 %.

Le fait qu’il ne s’agisse pas d’un phénomène national isolé est prouvé par les résultats d’autres membres du groupe partout en Europe. Le Parti des libertés autrichien est ainsi passé de 32 à 31%, l’AfD a perdu trois points, et se situe à présent à 12 %, le FN est passé le 27 à 26 %, le parti de Geert de Wilders de 16 à 14 % et le SNS slovaque de 11 à 10%. La Ligue du Nord italienne reste quant à elle à 13 % de popularité, et aucune donnée n’a permis de vérifier le phénomène pour le Vlaams Belang belge.

Essor des socialistes

Ce scepticisme vis-à-vis de l’extrême droite a donné un coup de fouet aux campagnes sociales démocrates. Le déclin de Marine Le Pen profite en effet aux Socialistes, qui passent de 20,5 à 23,5 %.

À l’origine de cette inversion de la tendance : Benoît Hamon et Martin Schulz. Le score du candidat du PS, concurrent inattendu de la campagne présidentielle française, et la popularité bondissante de l’ancien président du Parlement européen, qui brigue la chancellerie face à Angela Merkel, ont dynamisé les sociaux-démocrates partout en Europe, surtout en Finlande, au Danemark et en Suède.

Martin Schulz rebat les cartes de la politique allemande

L’ancien président du Parlement européen a permis la renaissance d’une fracture droite-gauche dans la campagne électorale allemande. Un article de notre partenaire La Tribune.

Depuis sa victoire surprise à la primaire du Parti socialiste français, Benoît Hamon a vu sa popularité progresser, de 6 à 14 % en quelques semaines. Martin Schulz n’est pas en reste, puisque sa nomination comme candidat du SPD a fait passer les intentions de vote pour le parti de 23 à 31 %.

Il semble certain que les frasques de Donald Trump aient contribué à détourner une partie de l’électorat de la droite dure, mais combien de temps la fortune soudaine de la gauche durera-t-elle ?

Projections parlementaires

Le principal rival des socialistes au Parlement européen est le Parti populaire européen (PPE), qui souffre également d’une baisse de popularité à l’heure actuelle. Si des élections européennes avaient lieu aujourd’hui, le PPE, auquel sont affiliés Jean-Claude Juncker et Angela Merkel, ne parviendrait sans doute pas à rassembler plus de 21 % des votes.

L’Alliance des libéraux et des démocrates (ALDE), dirigée par Guy Verhofstadt, augmenterait son score légèrement par rapport au mois dernier, passant de 8 à 8,5 %, tout comme le groupe des conservateurs et réformistes (CRE), qui n’obtiendrait plus que 9 %. Le groupe nationaliste de Nigel Farage, l’Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD) perdrait un point pour arriver à 6,5 %.

De leur côté, les groupes des Verts et de la Gauche unitaire (GUE/NGL) perdraient tous deux un demi-point pour récolter respectivement 4 et 7,5 % des scrutins. Une proportion estimée à 6 % des électeurs voteraient toujours en faveur de candidats non affiliés. Cette partie du Parlement compte 49 eurodéputés, dont les 27 élus de la formation d’Emmanuel Macron, En Marche, qui pourraient cependant se joindre à une coalition lors des prochaines élections.

Les médias pro-Russes s'engouffrent dans le tout sauf Macron

Très attentifs à la campagne présidentielle française, Russia Today et Sputniknews témoignent de l’inquiétude du Kremlin face à la popularité du candidat europhile. A la télé russe, un leader nationaliste a promis de « faire élire Marine Le Pen ».

L’allocation des sièges parlementaires n’est pas directement proportionnelle, mais fort de 189 eurodéputés le S&D deviendrait le premier groupe du Parlement si des élections avaient lieu aujourd’hui. Le président de la Commission serait alors choisi dans ses rangs, et il s’agirait sans doute de Frans Timmermans, actuel vice-président de la Commission, ou de Gianni Pittella, chef de file du groupe au Parlement.

L’ALDE devrait quant à elle récupérer son poste à la troisième place, avec 85 élus, contre 81 du CRE.

La grande coalition européenne officiellement enterrée

Gianni Pitella, président du S&D, a confirmé qu’il serait candidat à la présidence du Parlement européen, rompant un accord passé avec le PPE, le principal groupe de droite.

 

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