Fillon, Le Pen et Macron planchent devant les patrons

Le candidat socialiste (PS) Benoît Hamon en face du candidat « Les Républicains » (LR) François Fillon, du candidat du mouvement « En Marche ! » Emmanuel Macron, du candidat d’extrême-gauche Jean-Luc Mélenchon et de la chef du Front National (FN) Marine Le Pen. [EPA/Patrick Kovarik / POOL]

Compétitivité, modèle social, enseignement, mondialisation… Une partie des candidats à la présidentielle ont « planché » ce 28 mars devant un parterre de chefs d’entreprise. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Dans la série « les candidats à la présidentielle passent leur grand oral », cette fois c’était le tour du Medef et d’une douzaine d’autres organisations patronales de jouer les puissances invitantes sur le thème « Entreprises et Politiques ! ». Une occasion supplémentaire pour les candidats de décliner leur programme pour restaurer la compétitivité du « made in France ». Ainsi, Jacques Cheminade – qui a livré un plaidoyer en faveur du développement de l’Afrique, Emmanuel Macron, Marine Le Pen et François Fillon ont successivement planché devant un parterre de représentants patronaux pour exposer leurs propositions sur les thèmes de la mondialisation, la compétitivité, les réformes sociales et l’éducation-enseignement.

Il n’y a pas eu de réelles surprises ou d’annonces détonantes. Mais quelques précisions tout de même. Point commun d’abord à tous les candidats, promis juré, il y aura maintenant de la visibilité et de la stabilité dans les règles sociales et fiscales applicables aux entreprises. Emmanuel Macron a même évoqué une loi organique sur ce sujet. Et tous aussi, bien entendu, veulent promouvoir l’apprentissage « comme cela se fait en Allemagne »…. Figures convenues.

Le Pen et la sortie de l’Euro

En revanche, la question européenne constitue toujours et encore le grand clivage entre les candidats. Marine Le Pen a une nouvelle fois martelé son opposition à l’euro « qui n’est pas viable » et nuit à la compétitivité de la France. Elle s’est déclarée certaine que le retour au Franc ne s’accompagnerait pas d’une dévaluation de celui-ci… Mais la candidate Front National a tout de suite précisé que ce sont les Français, via un referendum, « qui décideront de la sortie de l’Euro ou non ». Elle a plaidé, comme d’habitude pour un retour au « protectionnisme intelligent », c’est-à-dire pour un rétablissement de droits de douane « mais pas partout ». Elle créera une Agence de sureté de l’État qui devra surveiller que les investissements étrangers en France ne nuisent pas aux intérêts nationaux.

Jacques Cheminade aussi a prôné une sortie de l’Euro, avec l’idée d’inventer une nouvelle monnaie commune recentrée sur les six pays fondateurs de l’Europe.

En revanche, Emmanuel Macron et François Fillon ont affirmé leur confiance dans l’Europe… Surtout le candidat de En Marche ! qui a réitéré le besoin pour la France de mener des réformes structurelles afin de retrouver la confiance de l’Allemagne et ainsi de relancer la construction européenne.

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Macron et Fillon divergent sur les 35 heures

Sur le volet social et la question du temps de travail en particulier, Emmanuel Macron refuse d’abroger par la loi la référence aux 35 heures. En revanche, il laisse toute latitude aux entreprises – ou par défaut aux banches – la possibilité de déroger par accord à cette référence légale, c’est-à-dire qu’un accord pourra fixer librement le seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Il a d’ailleurs précisé qu’il rétablirait les exonérations de cotisations patronales et salariales sur les « heures sup »…. Aussi, avec le système Macron, les entreprises et les syndicats auront donc intérêt à faire démarrer le seuil de déclenchement le plus bas possible…

François Fillon, lui, abrogera la référence légale. Puis il en fixera une nouvelle en fonction de la moyenne des accords d’entreprise. Concrètement, s’il s’avère que, en moyenne, les accords d’entreprise conclus fixent en moyenne par exemple à 37 heures le seuil de déclenchement des heures supplémentaires, alors c’est ce niveau qui sera retenu pour les entreprises qui n’auront pas conclu d’accord.

Emmanuel Macron a aussi plaidé pour l’instauration d’une instance unique et généralisée de représentation du personnel, là où François Fillon veut « doubler les seuils actuels ». Le candidat de En Marche veut aussi aller beaucoup plus loin que la loi El Khomri, en donnant le pouvoir d’organiser un referendum – dont le résultat s’appliquera de droit – en cas d’accord d’entreprise signé par des syndicats minoritaires. Il a aussi indiqué, pour la plus grande joie des chefs d’entreprise, qu’il abrogerait la loi sur le compte pénibilité qui sera remplacée par des accords de branche sur le sujet. Il souhaite que ce compte soit davantage « individualisé » et qu’il donne droit à des points de retraite supplémentaires qui seront donc pris en compte dans le système de retraite par points qu’il souhaite instaurer.

Si l’ancien ministre de l’Économie a confirmé son intention de faire passer sous le giron de l’Etat la gestion de l’assurance chômage, il a tout de même considéré que l’accord qui semblait se dessiner entre le patronat et les syndicats sur les nouvelles règles de l’assurance chômage « était cohérent avec mon programme ».

Il a promis que la réforme du travail (notamment le plafonnement des indemnités prud’homales) serait sa première priorité et qu’il y consacrerait « l’été et l’automne » qui suivront son éventuelle élection.

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Pour Le Pen priorité aux PME

Quant à Marine Le Pen, toujours au chapitre social, elle a été interpellée sur son idée de ramener à 60 ans l’âge légal de départ à la retraite. Elle estime que cette mesure peut être financée par les « économies réalisées par l’État » en « résorbant la fraude fiscale et sociale » et en revoyant toute l’organisation territoriale avec la suppression des régions notamment.

Sur le financement des entreprises, Marine Le Pen, a reconnu que sa priorité était essentiellement les PME, elle leur promet de nouvelles baisses de prélèvements sociaux, financés par une transformation du CICE. Elle leur accordera un taux d’impôt sur les sociétés plafonné à 24%. Elle fixera par la loi des amendes automatiques en cas de non-respect par des donneurs d’ordre des délais de paiement. Elle promet qu’elle saura imposer aux banques des taux préférentiels pour les PME emprunteuses… En revanche, la candidate FN a peu parlé des recettes supplémentaires nécessaires au financement de toutes ses mesures.

François Fillon, lui, fidèle à son registre, a promis du sang et des larmes, nécessaires au redressement de l’économie française. Sous les applaudissements de chefs d’entreprise, il a réitéré son objectif de tailler dans les dépenses publiques pour un montant de 100 milliards d’euros… Car moins de dépenses publiques c’est moins de prélèvements sur les entreprises. Enfin, le candidat « Les Républicains » a réaffirmé son souhait de supprimer l’ISF mais pour ne pas pénaliser l’investissement, il permettra de déduire de l’impôt sur le revenu les sommes qui auront été investies dans les PME et ce jusqu’à un plafond de… un million d’euros.

Rien de vraiment nouveau donc. Mais chacun des candidats a eu le temps d’expliquer la philosophie de son programme. Une deuxième matinée de ce genre devrait être organisée par les organisations patronales le 5 avril. Mais, à ce stade, on ne sait pas encore si Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon accepteront d’y participer.

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