Fillon poursuit sa campagne en position de challengeur

Le candidat Fillon est maintenant le "troisième homme" de la campagne. [Frederic Legrand - COMEO / Shutterstock, Inc. S M L XL Guide des tailles]

Le candidat mis à mal par les révélations sur les emplois présumés fictifs de sa femme tente de poursuivre sa campagne malgré le découragement d’une partie de son camp.

Après une conférence de presse  et une « lettre aux Français » dans laquelle il livre sa « vérité », l’ex-Premier ministre sera en fin d’après-midi à Juvisy-sur-Orge pour un déplacement centré sur la sécurité et le soutien aux forces de l’ordre.

Son objectif est de revenir sur les sujets régaliens et de tourner la page des affaires qui le plombent depuis deux semaines.

Six français sur dix pour le retrait de Fillon de la présidentielle

Alors que les perquisitions et auditions se multiplient dans l’enquête sur les emplois fictifs qu’auraient occupé sa femme et ses enfants, le candidat François Fillon poursuit sans coup férir sa campagne pour la présidentielle. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Mais dans son camp, le désarroi domine toujours en dépit, même si publiquement, les ténors de la droite affichent résolution et optimisme.

« Il a réussi à remobiliser derrière lui », se réjouit mercredi auprès de l’AFP Thierry Solère, devenu l’unique porte-parole du candidat de la droite à la présidentielle.

« Mardi, lors de la réunion des parlementaires LR à son QG de campagne, il y a eu une longue salve d’applaudissements à l’issue de son discours, et hier soir, nous avions déjà près de 3 000 inscrits au meeting de Poitiers jeudi », se félicite le député de Boulogne-Billancourt.

Les conflits d’intérêts minent la campagne de Fillon, pas de Le Pen

En mauvaise posture, François Fillon a tenté de justifié la légitimité l’emploi de son épouse, lors d’une conférence de presse le 6 février. À l’inverse, Martine Le Pen semble avoir traversé l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen sans une égratignure.

Pour Damien Abad, député filloniste de l’Ain, « c’est important que Fillon aille jusqu’au bout. Sinon on aura le choix entre le populisme mondain de Macron et le populisme prolétaire de Le Pen », prévient-il dans Le Figaro.

Retournement de situation ?

L’eurodéputée LR Angélique Delahaye a elle aussi manifesté son soutien au candidat sur Twitter.

Un ancien ministre se déclare « épaté par Fillon, qui a réussi à retourner ceux qui voulaient mener une fronde ». « On n’a pas le choix », tempère cependant ce haut responsable. « Avec lui, on a une chance de gagner, sans lui, on a la certitude de perdre ».

Officiellement, le silence est revenu dans les rangs de parlementaires inquiets. Il s’agit désormais de mener campagne. Après Juvisy puis Poitiers, sur la question du handicap, jeudi, il part trois jours pour La Réunion.

Pourtant, le mea-culpa en demi-teinte de François Fillon ne semble pas avoir convaincu les Français. Selon un sondage Harris Interactive/RMC, réalisé après la conférence du candidat, 65% des personnes interrogées ont affirmé ne pas avoir été convaincues par l’ancien Premier ministre, tandis que 26% se disaient convaincues par la confession de l’ancien Premier ministre.

La mise au point orchestrée le 6 février n’a pas permis à François Fillon de retrouver sa place de favori dans la campagne présidentielle. Le candidat de la droite et du centre est maintenant crédité de 20% des intentions de vote, selon un sondage Opinionway pour Les Échos et Radio Classique. Un score qui ne lui permettrait pas passer le premier tour, qui verrait s’opposer Marine Le pen (25%) et Emmanuel Macron (22%).

« Imperdable »

Mais un important élu local ne cache pas son « immense doute » et sa « grande inquiétude »: « on ne voit pas la sortie ». « On est engagés dans une spirale qui peut nous faire perdre, ajoute-t-il, il est de plus en plus difficile de reculer. La semaine dernière, on avait le sentiment que cela ne tiendrait pas, après la deuxième salve du Canard, puis on a eu la séquence de replâtrage avec la conférence de presse de Fillon. Aujourd’hui, beaucoup pensent que ça peut tenir, mais que c’est peut-être risqué que ça tienne ». « Il y a deux mois, la présidentielle était imperdable, aujourd’hui on a peur d’être balayés aux législatives », conclut cet élu.

François Bayrou, qui pourrait se lancer dans une quatrième campagne présidentielle, n’y est pas allé de main morte en décrivant un candidat « sous l’influence des puissances d’argent ».

« Cauchemar »

Un ancien ministre s’alarme: « les électeurs de droite sont fondamentalement déçus, on ne peut plus faire campagne sur le terrain, on ne nous parle que de ça, François Fillon a pris tout le monde en otage. On joue notre va-tout sur un mec plombé. C’est le supplice chinois, avec les unes du Canard qui s’enchaînent ».

Mercredi, l’hebdomadaire satirique faisait à nouveau sa une sur des rémunérations supposées indues de l’épouse de M. Fillon.

L’enceinte de l’Assemblée nationale n’est pas épargnée: mardi, le député LR Eric Ciotti faisait une intervention sur la sécurité. Une « intervention particulièrement charpentée qui dénote un important travail, de vous-même et de vos assistants parlementaires », a ironisé le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, déclenchant des rires jusqu’aux bancs de droite.

« À cause de notre absence de crédibilité, les électeurs se retournent soit vers un gourou, soit vers un hologramme, soit un faux rêveur », déplore un député européen, en allusion à Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon.

« Quant à Marine Le Pen et ses emplois fictifs, ça ne l’empêche pas de caracoler en tête. Et nous, on a un père la rigueur pris la main dans le pot de confiture », s’emporte-t-il.

« C’est un cauchemar », se lamente un eurodéputé républicain. « Je me pince pour me réveiller ».

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