Le dernier débat fait ressortir les clivages entre les candidats à la présidence de la Commission

Les six candidats au Parlement de Bruxelles. [Emilie Gómez/European Parliament]

Les six principaux candidats à la présidence de la Commission ont défendu leurs visions de l’Europe le 15 mai. Ils se sont notamment affrontés sur l’emploi et le changement climatique.

C’était le dernier débat télévisé entre des candidats à la présidence de la Commission européenne, et contrairement aux précédents, la tension est montée sur la scène du Parlement, à Bruxelles.

S’y trouvaient Manfred Weber (Parti populaire européen), Frans Timmermans (Parti socialiste européen), Jan Zahradil (Alliance des conservateurs et réformistes), Margrethe Vestager (Alliance des Libéraux et démocrates), Nico Cué (Gauche européenne), et Ska Keller (Verts). Les six candidats ont échangé pendant une heure et demie, en anglais, à l’exception du Belge Nico Cué, qui s’est exprimé en français.

Les discussions ont abordé les questions d’un salaire minimum commun, d’un impôt européen sur les entreprises, de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, du contrôle des frontières associé à la solidarité, ou encore de l’utilisation des échanges commerciaux pour améliorer les conditions de travail en Europe.

Premier débat sans entrain pour les Spizenkandidaten

Cinq candidats à la présidence de la Commission européen ont participé à un premier débat électoral, un peu insipide en l’absence du représentant du plus grand groupe politique, Manfred Weber.

Une coalition contre le changement climatique

Pour la première fois d’une campagne sans aspérité, les échanges ont abouti à des affrontements sur le climat et l’emploi. Après des manifestations répétées, le changement climatique est pour la première fois à l’honneur de cette campagne électorale. La question n’est donc « si », mais « comment » contrer le changement climatique.

À l’exception de Jan Zahradil, tous les candidats approuvent la proposition de la Commission d’éliminer les émissions nettes d’ici 2050. Ils ont cependant des opinions très divergentes sur la manière d’y arriver.

C’est Frans Timmermans qui a le plus creusé la question. Il appelle à des taxes sur le kérosène et le CO2 dans toute l’économie européenne. Le socialiste a aussi défendu l’idée d’une coalition progressiste, « de Tsipras à Macron », pour garantir que la prochaine Commission avancera réellement sur le climat.

Après des mois d’hésitations, Manfred Weber a fini par soutenir le projet d’une Europe sans émissions en 2050, « notre objectif commun », et a insisté sur une transition juste pour les travailleurs. Une remarque qui a fait bondir la candidate des verts, Ska Keller, qui a rappelé que le PPE avait lutté contre toute hausse des ambitions climatique au Parlement.

Manfred Weber a tenté de s’en sortir en assurant que la prochaine Commission devrait être en première ligne de la lutte mondiale contre le changement climatique. C’est prendre le problème par le mauvais bout, selon le candidat de la gauche, Nico Cué, qui l’exhorte à commencer ses efforts au sein de l’Union.

Nico Cué: « Il faut repenser nos modes de vie et nos modes de production »

L’UE doit lancer « une initiative forte » sur la transition écologique et sociale après les élections européennes, avec l’appui de la Banque Centrale Européenne (BCE) dont les objectifs doivent être révisés, selon Nico Cué, candidat à la présidence de la Commission.

Taxes et salaires

Le réchauffement climatique n’est pas le seul sujet qui a rendu le débat houleux. L’économie européenne s’est tout à fait remise de la crise financière, mais l’emploi ne suit pas.

Pour Frans Timmermans, il faut renforcer le programme Erasmus et la Garantie jeunesse et mettre en place un salaire minimum européen. Cette dernière proposition est également soutenue par les Verts, la gauche et les libéraux. « Il nous faut un salaire minimum qui donne envie de se lever le matin », a insisté Nico Cué.

Manfred Weber ne croit pas à un salaire minimum, mais à « de bonnes politiques économiques, infrastructures et recherche, ainsi que des échanges commerciaux solides et un marché unique encore renforcé ». Le candidat PPE a salué la stabilisation de l’économie réalisée par Jean-Claude Juncker et rappelé à Frans Timmermans que la plupart des institutions ayant imposé l’austérité qu’il dénonce étaient des socialistes, comme le commissaire à l’économie, Pierre Moscovici.

Margrethe Vestager, Ska Keller et Frans Timmermans tombent également d’accord sur la question d’un impôt européen pour les entreprises et d’une meilleure taxation des géants du numérique. Reste à trouver comment faire accepter cela aux États membres.

Le candidat conservateur s’est à nouveau inscrit en faux contre ces propositions. « J’estime que les États ont le droit de taxer les entreprises. Or, l’Union européenne n’est pas un État. » Dans une discussion dominée par l’idée de l’intégration européenne, Jan Zahradil a défendu une Europe « décentralisée, flexible et revue à la baisse », qui soutienne les politiques nationales, au lieu d’imposer des politiques communes.

Le sommet de Sibiu ne ferme pas la porte aux Spitzenkandidaten

Les dirigeants européens ont accepté un sommet d’urgence juste après les élections, le 28 mai, à la demande de Donald Tusk, qui veut régler la question de la nomination des présidents de la Commission et du Conseil en juin.

Synergies et déceptions

Si les applaudissements saluant les différentes interventions devaient servir à mesurer la popularité des candidats, ce sont Frans Timmermans, Margrethe Vestager et Ska Keller qui remportent la palme. Si les appels du socialiste à une coalition progressiste n’ont pas trouvé d’écho lors de l’échange, les synergies entre les Verts, les socialistes, les libéraux et même la gauche sont évidentes.

Pourtant, si les sondages disent vrai et que le système des Spitzenkandidaten est respecté, le prochain président de la Commission devrait être Manfred Weber. Sa performance lors du débat laisse cependant beaucoup à désirer.

Nico Cué a pu sembler hors de son élément. Le candidat de la gauche, ancien syndicaliste, est en effet le seul à ne pas encore avoir d’expérience au niveau européen. En parlant sa langue maternelle et en partageant son histoire, celle de ses parents espagnols ayant fui l’Espagne fasciste, il a humanisé le débat. « C’est l’Europe de solidarité que je veux créer », a-t-il conclu.

Margrethe Vestager, qui participait à un débat avec les autres candidats pour la première fois, était visiblement très à l’aise. Après un départ hésitant, la commissaire star a rapidement trouvé le bon rythme. On retiendra cette phrase, prononcée pour éviter d’avoir à juger si les Pays-Bas, l’Irlande, la Belgique, le Luxembourg ou encore Malte étaient des paradis fiscaux : « pour moi, un paradis fiscal est un pays où tout le monde paie ses impôts ».

La séance s’est terminée par un appel au vote adressé aux 427 millions d’Européens attendus aux urnes, « pour que personne ne décide pour vous », que ce soit pour « l’Europe du nouveau départ » de Manfred Weber ; pour l’espoir qu’espère incarner Ska Keller ou pour l’égalité des genres tellement importante à Margrethe Vestager.

Grands absents du débat : les populistes qui menacent l’intégration européenne. Pour Frans Timmermans, qui accepte une partie de la responsabilité à cet égard, les électeurs retiendront les leçons du Brexit : aujourd’hui, le Royaume-Uni, c’est Game of Thrones sous stéroïdes ».

Pourquoi Manfred Weber ne sera pas président de la Commission

Contrairement à ce qu’il croit, il est peu probable que Manfred Weber devienne président de la prochaine Commission européenne. Un article du Der Tagesspiegel.

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