Premier débat sans entrain pour les Spizenkandidaten

epa07536712 (De gauche à droite) Frans Timmermans pour le S&D, Jan Zahradil pour le CRE, Violeta Tomic pour la gauche européenne, Bas Eickhout les Verts et Guy Verhofstadt pour l’ALDE avant le débat de Maastrich, au Pays-Bas, le 29 avril 2019. [EPA-EFE/MARCEL VAN HOORN]

Cinq candidats à la présidence de la Commission européen ont participé à un premier débat électoral, un peu insipide en l’absence du représentant du plus grand groupe politique, Manfred Weber.

Du « Dialogue, égalité et avenir durable » aux appels pour un meilleur équilibre entre Bruxelles et les capitales nationale et au « Green new deal », les slogans étaient légions à l’université de Maastricht le 29 avril, où avait lieu le premier débat entre les Spitzenkandidaten.

Manfred Weber, le représentant du PPE, n’était pas de la partie, invoquant son engagement de participer à l’anniversaire de son mentor politique, en Bavière. Les organisateurs de l’évènement l’auraient pourtant prévenu de la date il y a un an.

Les représentants des Socialistes et démocrates (S&D), de l’alliance libérale (ALDE), de la Gauche européenne, des Verts et des Conservateurs et réformistes (CRE) ont parlé numérique, croissance durable et avenir de l’UE. Le débat n’a cependant vraiment décollé à aucun moment… sauf à la mention du président américain, Donald Trump.

Pour le libéral Guy Verhofstadt, l’Europe doit agir pour entraver « l’homme de Washington et ses idioties », alors que le socialiste Frans Timmermans estime que l’UE doit faire front pour ne pas autoriser Donald Trump à « nous monter les uns contre les autres ».

Le vert Bas Eickhout a pour sa part bien résumé un aspect central pour le prochain Parlement : si, comme l’indiquent les sondages, le PPE reste le plus grand parti, la question sera de savoir comment Manfred Weber formerait une majorité. « Va-t-il créer une coalition avec les progressistes ou continuer sur sa lancée et coopérer avec la droite ? »

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L’Europe numérique

S’il y a bien un message sur lequel tous les candidats s’entendent, c’est la nécessité de réglementer les actes des géants technologiques, comme Google, Amazon ou Facebook. « Ces entreprises tech utilisent les données que vous leur donnez gratuitement pour générer des milliards de profit », rappelle Frans Timmermans, ajoutant que l’UE devrait assurer que les grandes entreprises tech paient des taxes suffisantes et que les citoyens restent propriétaires de leurs données.

Interrogé sur son avis sur les contributeurs de Wikileaks, héros ou méchants, le candidat vert pencherait plutôt sur « héros », « parce qu’ils fournissent de la transparence ». Pour lui, les sociétés tech « doivent s’assurer qu’elles jouent le jeu selon les règles européennes, donc nous devons garantir la pleine transparence sur la publicité ».

Guy Verhofstadt a appelé à la création d’un régulateur européen, provoquant une réprimande de Frans Timmermans contre son « idée protectionniste de lancer votre propre Facebook en Europe ».

Le conservateur Jan Zahradil souhaite pour sa part réduire le plus possible le pouvoir de régulation de l’UE. « Une Commission européenne ne devrait pas agir comme un gouvernement pour l’Europe, mais aider les gouvernements nationaux, qui s’en sortent très bien. »

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Dans un entretien avec Der Tagesspiegel, la ministre allemande de la Justice, candidate aux européennes, explique pourquoi elle veut que les Gafa  partagent leurs données avec le public.

Une Europe durable

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Les candidats néerlandais Frans Timmermans et Bas Eickhout ont déclaré qu’ils mettraient l’accent sur la politique climatique s’ils décrochaient la présidence de la Commission. La candidate de gauche, Violeta Tomic, a pour sa part qualifié le changement climatique de vraie « bataille du 21e siècle ».

« Si l’Europe ne fixe pas les bons objectifs climatiques et n’encourage pas les bons investissements, nous devrons importer des voitures électriques de Chine », a insisté Bas Eickhout, ajoutant que cela signifierait « des investissements dans de nouveaux emplois, dans la nouvelle économie et dans tous les secteurs ».

Pour Jan Zahradil, certains pays ne sont cependant pas prêts à une transition énergétique rapide. « Nous devons éliminer progressivement la combustion du charbon, car en le faisant d’un jour à l’autre, on crée de la souffrance. » Et quand on le traite de « dinosaure », le Tchèque répond du tac au tac : « ça ne me dérange pas, j’ai toujours aimé Jurassic Park ».

L’Europe de demain

Dans la dernière partie du débat, les candidats ont abordé la question de savoir comment soutenir les jeunes issus des milieux sociaux les plus défavorisés, confrontés au chômage et à une situation économique difficile.

« Nous devons accroître la mobilité au sein de l’UE, car 3 millions de postes sont vacants. Nous devons également changer la politique sociale et garantir au moins un filet de sécurité sociale minimum », estime Guy Verhofstadt.

Frans Timmermans, très opposé à la vision sociale de son rival libéral, appelle quant à lui à un salaire minimum européen fixé à au moins 60 % du salaire moyen. « Ça nous tuerait de payer 50 cents de plus pour une pizza pour protéger les gens ? », s’interroge-t-il.

Lorsqu’on leur a demandé s’ils s’engageraient à créer un comité pour l’égalité des sexes, les cinq candidats ont levé la main et ont trouvé l’idée très bonne.

Selon un sondage réalisé par les organisateurs,C’est Frans Timmermans qui a le plus convaincu le public (43%), suivi par Bas Eickhout (36%), Guy Verhofstadt (9%), Jan Zahradil (7%) et Violeta Tomić (5%). Le deuxième débat est prévu le 2 mai à Florence, en Italie.

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