Nouveau coup dur pour les partis traditionnels en Allemagne

Andrea Nahles, cheffe du Parti social-démocrate allemand (SPD), s'exprime à l'issue des premiers résultats des sondages lors des élections du Land de Hesse au siège du parti à Berlin, le 28 octobre 2018. [EPA-EFE/OMER MESSINGER]

Pour les partis traditionnels allemands, le coup de grâce a été porté en Hesse, où l’extrême droite continue son entrée dans les parlements régionaux. Les Verts ont quant à eux fait une percée historique dans la région.

C’est un nouveau coup pour la chancelière Angela Merkel : les conservateurs de la CDU et les sociaux-démocrates du SPD ont subi de lourdes pertes lors des élections régionales en Hesse le 29 octobre, ce qui a incité la présidente du SPD Andrea Nahles à remettre en question l’avenir de la coalition nationale, actuellement au pouvoir.

Les Verts et l’extrême droite ont bénéficié de l’insatisfaction générale à l’égard du gouvernement de coalition. La perte de la Hesse fait suite à celle de la Bavière il y a quinze jours.

« C’est une situation inacceptable pour le gouvernement ! » fulmine la cheffe du SPD, Andrea Nahles, à la Maison Willy-Brandt, le siège du parti à Berlin, peu après que les sondages de sortie annonçaient la pire performance des sociaux-démocrates dans la région de Hesse depuis 1946.

« Les conservateurs doivent mettre leurs conflits de côté, et vite », enjoint-elle, ajoutant que le SPD refuse de voir son sort entre leurs mains. Selon Andrea Nahles, la coalition au pouvoir ferait mieux de se dépêcher de donner une feuille de route claire et coercitive.

Si rien n’aboutit avant le bilan de mi-parcours du gouvernement, « le SPD devra se demander si sa place est au gouvernement ». Par ailleurs, la cheffe du SPD soumettra une proposition à l’exécutif du parti le 30 octobre.

S’adressant aux télévisions nationales, le député social-démocrate Karl Lauterbach n’exclut pas l’éventualité pour le SPD de quitter la coalition. « Nous devons jouer cartes sur table et voir s’il nous reste quoi que ce soit en commun avec les conservateurs. Si oui, nous devons nous dépêcher de trouver un moyen de renouveler totalement notre fonctionnement au sein de cette coalition », observe-t-il. « Si nous n’y arrivons pas, alors nous pourrons dire qu’il n’y a aucune perspective à long terme pour la Grande coalition. »

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Coude à coude

Selon les derniers scrutins, la CDU est arrivée en tête avec 27 % des voix, enregistrant ainsi une baisse de dix points par rapport à 2013. Les Verts et le SPD sont au coude à coude avec 19,8 % chacun.

« Nous sommes très choqués », a déploré Nancy Faeser, secrétaire générale du SPD en Hesse. « On ne s’y attendait pas. Le SPD traverse une crise profonde de confiance et de crédibilité, et nous devons y travailler. »

Les Verts sont donc les grands gagnants de cette élection, le parti ayant réalisé sa meilleure performance de tous les temps dans la région. « La Hesse n’a jamais été aussi verte ! » se sont réjouies les têtes de liste Tarek Al-Wazir and Priska Hinz.

Pendant ce temps, l’extrême droite en hausse de neuf points a atteint 13 %, ce qui signifie que le parti est désormais représenté dans les 16 parlements des Länder allemands.

Avec 7,5 %, les libéraux du FDP ont gagné trois points, dans une région qui accueille la capitale financière de l’Allemagne, Francfort-sur-le-Main.

Le parti de gauche, Die Linke, sera également représenté au parlement régional, avec 6,3 % des voix.

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La faute à Berlin

C’est vers Berlin que les reproches se tournent, les leaders de la CDU et du SPD regrettant un « gouvernement [fédéral] faible ». Pour les deux partis, c’est la politique migratoire qui est à l’origine de ce tohu-bohu. Par ces dires, ils pointent implicitement du doigt le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, le président de la CSU, sœur bavaroise de la CDU.

Un avis confirmé par un sondage récent, révélant que la moitié des personnes interrogées ont voulu faire de leur vote un message clair à l’adresse du Bundestag.

Les conservateurs et les sociaux-démocrates se réuniront dimanche prochain, où des discussions passionnées risquent d’avoir lieu après la débâcle en Bavière et en Hesse.

La CDU organisera en plus une conférence du parti, du 6 au 8 décembre, au cours de laquelle la chancelière, Angela Merkel, décidera de repartir ou pas pour un nouveau mandat de présidente du parti.

En 2004, le chancelier (social-démocrate) d’alors, Gerhard Schröder, avait renoncé à la présidence du SPD dans une ultime tentative de réélection. L’année suivante, il avait perdu l’élection contre Angela Merkel à peu de chose près.

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