François Bayrou pour une Europe plus forte

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EURACTIV France, dans le cadre d'une série d'articles, dresse le profil des principaux candidats aux élections présidentielles françaises de 2012, analysant en détail leurs actions politiques, leur programme et leurs implications pour l'Union européenne. François Bayrou, le candidat centriste du Mouvement Démocrate, souligne la responsabilité nationale en matière de discipline budgétaire et le potentiel de l'Union européenne s'agissant d'affirmer la place de la France dans le monde.

Veuillez cliquer ici pour lire la version originale du profil de François Bayrou sur EURACTIV France.

Dans un discours sur sa politique envers l'Europe à Strasbourg le 6 mars dernier, le leader du MoDem a affirmé que l'Europe était une condition nécessaire au rayonnement de la France.

Il a déclaré qu'il souhaitait « remettre en vigueur la méthode communautaire », mais il tient également à ce que la France garde une place privilégiée au sein de l'Union et reste « la grande voix qui a permis [à l'Europe] d'exister ».

Rappelant avec fierté que la France a fourni l'essentiel des pères de l'Europe (Jean Monnet, Robert Schuman, Jacques Delors), il estime qu'il est « dans la tradition historique [de la France] de jouer un rôle éminent sur la scène mondiale » et que « l'Europe est le seul point d'appui pour faire avancer les valeurs [françaises] ».

« Sans une Europe forte, la France est affaiblie […] Face au dumping dont nous menacent les géants de la planète, aux tentatives de prises d'influence, nous ne résisterons pas seuls.  Notre pacte social et notre projet républicain disparaîtront », a-t-il ajouté.

Bien que M. Bayrou se considère comme un fédéraliste, sa vision de l'intégration européenne est plutôt nuancée. « Le fédéralisme que je défends est de type coopératif, il est décentralisé et respecte les nations et les libertés », a-t-il déclaré au blog 27 etc le 16 mars.

Selon Bruno Cautrès, chercheur à Sciences Po Paris, cette vision en apparence contradictoire reflète un certain euroscepticisme en France : « Pour des raisons électorales, il serait assez difficile pour les candidats de parler de vrai fédéralisme. François Bayrou est obligé de tenir compte d'un électorat de plus en plus en doute sur l'Europe. »

Réciprocité et préférence nationale

Bien qu'il soit issu d'un mouvement traditionnellement pro-européen, M. Bayrou a lancé sa campagne en appelant à « acheter français » et à « produire en France ». Il a proposé la création d'un label « Produit en France » qui indiquerait la part française des produits consommés.

« C'est une réponse symbolique pour réconcilier les consommateurs et les producteurs. On consomme plus qu'on ne produit. Or, la souveraineté d'un peuple dépend de sa capacité à être indépendant », explique le sénateur et ancien membre du MoDem Jean Arthuis.

Robert Rochefort, un eurodéputé ADLE français, s'est exprimé contre les messages protectionnistes. « François Bayrou n'est pas contre le libre-échange. Il invite à acheter des biens produits en France et donc pas seulement des produits de marque française. »

M. Bayrou, tout en soulignant la responsabilité nationale dans le succès économique du pays, estime que l'UE a un rôle à jouer, notamment pour renforcer le principe de réciprocité environnementale et sociale dans les échanges commerciaux.

« L'OMC tolère le maintien de mesures protectionnistes dans les pays en développement, mais la Chine est un grand émergent et il n'est pas acceptable qu'elle profite elle aussi d'exemptions aux règles du libre-échange », a expliqué M. Rochefort.

La Commission européenne travaille depuis plus d'un an sur la question de la réciprocité. Lors d'un colloque à Paris le 13 mars, M. Bayrou a déclaré qu'il n'était pas opposé à l'idée d'un « Buy European Act ». Il s'agirait d'ouvrir des marchés publics aux entreprises de pays tiers, uniquement si ces derniers font de même pour les entreprises européennes.

Un Prussien à l'Elysée ?

Pour M. Bayrou, la France est seule responsable d'avoir laissé filer ses finances publiques. Il a promis que s'il était élu, il ferait de la lutte contre le surendettement une priorité de son quinquennat. Il va jusqu'à mettre en garde contre un dérapage des finances publiques qui exposerait la France à un scénario grec.

« Cela fait 10 ans que j'avertis les Français », a-t-il rappelé le 13 février dernier. Il est en effet le premier responsable politique à avoir préconisé l'introduction d'une règle d'équilibre budgétaire dans la constitution.

Les positions de M. Bayrou sont depuis longtemps proches de celles du gouvernement allemand qui met l'accent sur la discipline budgétaire et il soutien le pacte budgétaire qui a été signé début mars par 25 Etats membres.

Il propose de réaliser 100 milliards d'euros d'économies sur les deux prochaines années, départagées à parts égales entre des hausses d'impôts et une réduction des dépenses.

Sortir de la crise : la transparence est un élément crucial

Le leader du MoDem s'est montré très critique envers la gestion de la crise. Il souhaite que la Banque centrale européenne assume un rôle de prêteur en dernier ressort auprès des Etats, il soutient les fonds de sauvetage européens et l'instauration d'une taxe sur les transactions financières (TTF).

Cette taxe serait selon lui « un véritable instrument de dégonflement de la bulle spéculative qui grève notre économie ». Il s'est engagé à affecter 10 % de son produit au financement de biens publics mondiaux tels que la santé, pour soutenir l'aide au développement.

Le candidat centriste reste toutefois plus réservé sur l'idée des euro-obligations. Cette solution à long terme à la crise de la dette envisagée par Bruxelles et certains leaders européens ne figure pas dans son programme.

« François Bayrou semble moins mettre en avant la question des [euro-obligations] […] Selon lui, les Etats membres de l'UE ont trop dépensé et sont responsables de leur situation », a expliqué M. Cautrès.

M. Bayrou met également l'accent sur la discipline budgétaire et la transparence à l'échelle nationale. Liés par une monnaie commune, les Dix-Sept ne peuvent pas emprunter de « chemin solitaire face aux grandes décisions économiques et financières »

Selon lui, l'interdépendance demande un réel effort de transparence de la part des Etats sur leur situation budgétaire et économique qui pourrait être garanti par le contrôle mutuel des gouvernements et la Cour des comptes européenne.

Un président de l'Europe élu

Le candidat s'est dit foncièrement déçu de l'Europe d'aujourd'hui, totalement effacée derrière le couple imposant formé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Dans son programme, il appelle au retour d'une relation franco-allemande équilibrée qui n'apparaîtrait pas comme dominatrice. Fustigeant le choix d'une méthode intergouvernementale réduite à sa plus simple expression, vouée selon lui à l'échec, le candidat centriste veut ressusciter la méthode communautaire et fusionner les postes de président de la Commission européenne et du Conseil européen.

Cette proposition, comme d'autres du programme de M. Bayrou, est issue d'un rapport publié par le sénateur Jean Arthuis sur la gouvernance de la zone euro, à la demande du premier ministre, François Fillon. Mais le président du MoDem va plus loin et exprime le souhait que ce président soit élu au suffrage universel direct.

Ce système permettrait à Bruxelles de s'imposer face aux gouvernements nationaux qui, selon lui, ont jusqu'à présent « choisi des dirigeants européens qui ne leur feraient pas d’ombre ». Ce nouveau chef de l'Union incarnerait les intérêts supérieurs de l'Europe face aux intérêts nationaux et « apporterait une autorité et une légitimité à la coordination des politiques nationales ».

 

François Bayrou est le candidat centriste du Mouvement démocrate (MoDem) à la présidentielle française. Il est généralement crédité de 12-13 % des voix dans les sondages, ce qui le placerait en quatrième position.

Issue d’une tradition politique pro-européenne, Bayrou a fondé le Parti démocrate européen en 2004, qui est affilié à l'Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe (ADLE) au sein du Parlement européen.

Elu eurodéputé en 1999, il met fin à son mandat pour participer aux élections législatives nationales de 2002.

En 2005, les députés de son parti avaient ardemment soutenu le projet de traité constitutionnel. Après la victoire du « non » au référendum, Bayrou s’est abstenu de voter sur la ratification du Traité de Lisbonne en 2007, refusant de cautionner l’absence d’un vote populaire.

Bayrou est proche de nombreux eurodéputés, particulièrement du président de l’ADLE et ancien premier ministre belge, Guy Verhofstadt. Il entretient également des relations avec le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, le premier ministre italien, Mario Monti, et le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble.

Lors des élections législatives européennes de 2009, seuls six candidats du MoDem ont été élus et le parti a été remplacé par Europe Ecologie en tant que troisième force politique française au Parlement. Plusieurs personnalités politiques se sont depuis éloignées de M. Bayrou, notamment les eurodéputés Jean-Marie Cavada et Corinne Lepage.

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