François Hollande dénonce le «péril» Mélenchon

Désormais crédité de 18 à 19% d'intentions de vote, Jean-Luc Mélenchon, brillant orateur, séduit nombre d'électeurs de gauche.

À 11 jours du premier tour, François Hollande a mis en garde contre le « péril » Mélenchon, dont la dynamique pourrait constituer une menace pour Emmanuel Macron, souvent présenté comme l’héritier du président socialiste.

Depuis des semaines, le chef de l’État ciblait ses attaques contre le camp des populistes et des extrémistes, visant principalement la candidate du Front national Marine Le Pen.

Mélenchon talonne Fillon dans la course présidentielle

En pleine dynamique, le candidat de la France Insoumise ne serait maintenant plus qu’à 1 point (17%) de François Fillon (18%), selon une enquête Harris Interactive pour France Télévisions publiée ce 6 avril. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Mélenchon a la cote

Cette fois c’est dans sa propre famille, la gauche, qu’il voit le danger poindre, avec l’ascension du leader de La France insoumise. Désormais crédité de 18 à 19% d’intentions de vote, Jean-Luc Mélenchon, brillant orateur, séduit nombre d’électeurs de gauche déboussolés entre un candidat PS, Benoît Hamon, en perdition dans les sondages et le leader d’En marche! naviguant aux marges de la droite.

« Il y a un péril face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte », a clairement mis en garde le chef de l’État dans des confidences à l’hebdomadaire Le Point à paraître jeudi.

« Cette campagne sent mauvais », aurait, selon Le Monde, aussi confié le président en privé, redoutant un second tour Marine Le Pen / Jean-Luc Mélenchon.

Le 8 avril, depuis Madrid, le président de la République avait déjà sonné l’alarme : « La tradition de la gauche, ce n’est pas le protectionnisme […] Ça n’a jamais été de se replier », avait-il affirmé à l’issue d’un sommet européen, rappelant que « c’est François Mitterrand qui a voulu l’ouverture, qui a fait en sorte que nous puissions bâtir l’Europe ».

Enjeu démocratique

Dans le droit fil des confidences présidentielles, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, fidèle lieutenant de François Hollande, a réagi de la même manière à l’issue du conseil des ministres. Dans cette campagne, « on est en train de sortir de l’enjeu démocratique, il faudrait y revenir de manière sérieuse et argumentée », a-t-il dit.

« Ce ne sont pas les discours et les meetings qui comptent », il faut aussi « tout simplement regarder ce qui est proposé : Mélenchon sur le fond c’est quoi, c’est 270 milliards de dépenses publiques supplémentaires avec des conséquences sur les impôts », et c’est la « sortie de la France » de l’Union européenne, a ajouté le ministre de l’Agriculture.

Il y a encore une semaine pourtant, l’hôte de l’Élysée semblait beaucoup plus serein. « Aujourd’hui le vote de Mélenchon n’est pas un vote de victoire. Personne n’imagine que Mélenchon puisse prendre le pouvoir », confiait-il à des visiteurs.

Mélenchon et Hamon à un traité d'écart

Généralement présentés comme opposés sur l’Europe, les conseillers économiques de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon ont pourtant les mêmes objectifs pour l’Europe, mais des visions différentes pour les atteindre.

« Baiser de la mort »

Le président, qui s’était engagé à ne pas intervenir dans la campagne en faveur d’un candidat avant le premier tour, laisse percer en privé sa préférence pour Emmanuel Macron, sans trop s’avancer.

« Aujourd’hui, il ne rendrait pas service en parlant, parce que toute l’argumentation de ceux qui contestent Macron c’est de dire que c’est Hollande bis », explique un de ses proches.

L’ancien conseiller et ex-ministre de François Hollande garde quant à lui soigneusement ses distances. « Je ne fais pas de décryptage. Je cherche le soutien de 51% des Français. Je ne vais pas faire l’exégèse des propos des uns et des autres », a-t-il éludé le 12 avril lors d’un déplacement dans le sud-ouest, en réaction aux propos présidentiels.

Pour Gaël Sliman, directeur de l’institut Odoxa, la marge est étroite pour François Hollande. « S’il dit explicitement qu’il soutient Macron, c’est le baiser de la mort » pour le candidat d’En Marche! Celui-ci perdrait alors « une grande partie des électeurs de droite » qu’il a réussi à séduire, explique-t-il.

En revanche, le chef de l’État peut « légitimement » s’en prendre à Jean-Luc Mélenchon qui est « désormais bien plus que le troisième homme, devenant un outsider très sérieux en mesure de se qualifier pour le second tour ».

Le président, qui craint par-dessus tout une réédition du 21 avril 2002 où Jean-Marie Le Pen avait accédé au deuxième tour en éliminant le socialiste Lionel Jospin, va continuer à battre de la campagne. Cette semaine, il se rendra jeudi dans l’Yonne puis dans les Deux-Sèvres, vendredi à Sochaux, et dimanche dans l’Aisne pour la commémoration de la bataille du Chemin des Dames.

Mélenchon dénonce l'Europe de la Défense

Le candidat de La France insoumise a réfuté l’idée de relancer la construction européenne par une politique de défense commune, « une vision terrible », dangereuse et sans « intérêt », selon lui.