La coalition allemande patine sur l’Europe

Angela Merkel et Martin Schulz. [Hayoung Jeon/ EPA]

Après une semaine de négociations, les négociateurs allemands se sont mis d’accord sur une série de sujets principaux. Cela ne veut cependant pas dire que le gouvernement sera libre de se replonger dans le chantier européen de sitôt, selon Euractiv Allemagne.

Fini l’optimisme et l’ambition de mener l’Europe, Berlin est à présent suspendue au vote qui aura lieu lors de la conférence du parti SPD, dont dépend la décision finale sur la formation d’un nouveau gouvernement, avec des enjeux climatiques, sanitaires, etc.

Climat

Contrairement à ce qu’avaient promis Angela Merkel et la CDU, il est à présent évident que l’Allemagne ne parviendra pas à respecter ses promesses climatiques. La Commission a d’ailleurs rabroué la ministre à l’Environnement, Barbara Hendricks (SPD), qui n’a pas réussi garder l’empreinte carbone des secteurs agricole et des transports sous contrôle.

A Paris, Merkel et Macron affichent leur concorde

La venue d’Angela Merkel à Paris à 48 heures d’un vote crucial pour la coalition allemande témoigne de la proximité des deux pays. Mais le sujet européen peut difficilement avancer sans un gouvernement allemand, qui se formera au plus tôt à Pâques

L’Allemagne s’est engagée à réduire ses émissions de CO2 de 4 % par rapport à 1190 d’ici 2020. Selon ses prévisions, les émissions auraient ensuite dû continuer à chuter, jusqu’à 55 % en 2030 et entre 80 et 95 % d’ici 2050. Le non-respect de ces objectifs de la part du gouvernement est mentionné dans l’accord de coalition comme un « trou » qu’il faudra reboucher « définitivement et rapidement ».

La croissance des énergies renouvelables devrait cependant s’accélérer. La part des renouvelables dans la consommation devrait ainsi atteindre les 65 % d’ici 2030. Pour Barbara Hendricks, il s’agit là d’une garantie que le pays est sur la bonne voie pour « redevenir une pionnière de l’action climatique ».

Reste à savoir si l’écart de l’Allemagne ne lui a pas coûté ce titre à jamais : pourra-t-elle en effet présent rattraper la Chine, qui l’a clairement devancée ? Le pays reste en effet très tributaire du charbon, du pétrole et du gaz naturel, et l’accord de coalition ne semble pas remettre en question cet état de fait.

La Chine éclipse l’UE en atteignant en avance son objectif solaire pour 2020

La Chine a atteint son objectif 2020 en termes d’énergie solaire bien plus tôt que prévu, avec une capacité de production qui dépasse de loin les 105 GW. L’Europe est appelée à montrer le même niveau d’ambition.

« Nous ne nous concentrerons pas sur une philosophie de sortie [des combustibles fossiles], mais sur une réduction réaliste des émissions de CO2 dans la production d’énergie », a déclaré Armin Laschet, gouverneur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et négociateur principal pour la CDU.

Glyphosate

L’UE a donné son feu vert au renouvèlement controversé du glyphosate, un pesticide très courant. L’Allemagne a cependant limité son utilisation et le ministre à l’Agriculture, Christian Schmidt (CSU) a indiqué que le produit serait éliminé aussi rapidement que possible. C’est toutefois le même Christian Schmidt qui avait permis l’autorisation lors du vote à ce sujet, contre toute attente et alors que la majorité des Allemands sont contre l’utilisation du glyphosate et en faveur d’une agriculture plus durable, selon une étude récente.

Le glyphosate réautorisé pour cinq ans

L’herbicide a été réautorisé pour 5 ans, lors d’une vote à la majorité qualifiée des États membres a finalement réautorisé la vente du glyphosate. 18 pays, dont l’Allemagne qui a changé d’avis, ont voté pour, face à neuf contre dont la France.

Entre-temps, Christian Schmidt, aujourd’hui ministre des Transports par intérim, a été réprimandé par la Commission, car dans 28 régions allemandes, la pollution par les oxydes nitriques nocifs pour la santé est considérée comme trop élevée.

L’Allemagne est aujourd’hui menacée par une procédure d’infraction et une action en justice au niveau de l’UE. Cela n’a pas empêché le ministre de remercier explicitement l’industrie automobile allemande lors de la réception du Nouvel An de l’Association allemande de l’industrie automobile.

Financer une UE réformée

Les communiqués publiés après les réunions de négociation de la coalition n’ont pour l’instant pas livré grand-chose. Berlin assure vouloir adopter une position plus active dans le renforcement de l’UE, mais rien de concret n’a été annoncé, même en ce qui concerne les projets de réforme d’Emmanuel Macron pour la zone euro.

L’ampleur ces efforts demeure également incertaine. D’une manière générale, le nouveau gouvernement allemand se montrerait prêt à « augmenter les contributions allemandes au budget de l’UE ».

Martin Schulz et Angela Merkel se sont tous deux déclarés prêts à prendre des engagements plus précis. Un optimisme qui ne semble cependant pas encore avoir atteint la table des négociations.

« Cela aurait pu être pire, mais en fin de compte, ce n’est que le statu quo. Les conflits ont été enterrés sous le poids de l’argent au détriment des contribuables et les plans de l’Europe se résument à une plus grande socialisation de la dette », commente  Ulrich van Suntum, directeur du Centre de recherche économique appliquée de la Westfälische Wilhelms-Universität de Münster.

Pas de gestes courageux

En ce qui concerne la politique migratoire, les choses sont également problématiques. Le gouvernement ne souhaite pas instaurer de plafond officiel au nombre de demandeurs d’asile accueillis et l’objectif de la coalition est de parvenir à une « solidarité dans le partage des responsabilités au sein de l’UE ». Pour l’Allemagne, cela pourrait se traduire par l’intégration d’un maximum de 180 000 à 220 000 réfugiés par an. Les procédures d’asile se dérouleraient dans des « centres centraux d’admission, de décision et de retour ».

Dans l’ensemble, les conclusions préliminaires des documents de la coalition sont « tout sauf un grand succès », selon une enquête menée par le panel d’économistes Ifo en coopération avec le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

La majorité des économistes interrogés partagent une vision positive de l’orientation future de l’Allemagne dans le cadre d’une nouvelle grande coalition.

Pourtant, « dans l’ensemble, la Groko [grande coalition] rayonne de découragement et de retard. Il ne pourra pas lever les tensions sociales », prévient l’économiste Andreas Freytag.

« Si vous voulez  être pro-européen aujourd’hui, vous devez aborder les réformes avec détermination au lieu de vous en tenir aux lieux communs. L’avenir de l’Europe n’est pas façonné par des phrases, mais par des actes courageux. L’UE et le SPD doivent faire beaucoup plus d’efforts dans ces négociations, sinon ils manqueront une occasion européenne historique », a pour sa part déclaré l‘eurodéputé Sven Giegold, porte-parole économique et financier des Verts/ALE.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.