«La candidature de Manfred Weber est absurde»

Gabriele Zimmer avait prédit un rapprochement des différentes forces de droite, y compris certains membres du PPE. Les partis extrémistes tenteront d'influencer les décisions non seulement au Parlement européen mais aussi dans d'autres institutions européennes. [EPA/BODO MARKS]

Manfred Weber représente la CSU, un parti proche de Poutine, d’Orbán, et des forces anti-UE affirme la cheffe de file du groupe de la gauche radicale au Parlement européen.

« La décision de Weber [de se présenter à la présidence de la Commission] et le soutien qu’il obtiendra de différentes forces politiques au sein du Parti populaire européen dans certains pays est absurde car Weber ne représente pas seulement la partie PPE, mais aussi l’Union chrétienne sociale (CSU) en Allemagne », a déclaré en septembre Gabriele Zimmer, présidente de la GUE/NGL, dans une interview accordée à Euractiv.

Or, « qu’a fait la CSU ces dernières années ? Elle se réunit régulièrement avec le parti d’Orbán, elle est proche de Poutine. Elle exige la fermeture des frontières et l’arrêt de tout mouvement de migrants », a averti l’eurodéputée allemande.

« Que représente Weber en tant que candidat ? Pour qui parle-t-il ? Hier [le 5 septembre], le chef de son parti a fait un discours incroyable en disant qu’il comprenait les récentes manifestations nazies. Il n’est pas nécessaire de critiquer Weber en tant que personne, mais il faut le critiquer pour ce qu’il représente politiquement », a-t-elle tranché.

Pour Gabriele Zimmer, le PPE doit choisir entre être un parti conservateur appartenant au centre ou se rapprocher de la droite de l’éventail politique.

Virage à droite

« Les conservateurs et réformistes européens (CRE) faisaient partie du PPE il y a quelques années et ils sont partis. Si une nouvelle orientation fait revenir ce genre de force politique, le PPE continuera à aller plus à droite », s’est-elle inquiétée.

Une opinion partagée par Nikos Pappas, ministre grec de la Politique numérique (Syriza), qui estime que le PPE ne peut répondre à la montée de l’extrême droite, puisque « la droite dure et conservatrice prêche l’antagonisme national et la haine ». Il préconise donc une alliance des forces de la gauche.

« De toute évidence, la seule solution pour les forces progressistes est un fédéralisme de gauche. En ce moment, nous n’avons pas le droit de faire preuve d’indécision ou d’hésitation », a averti Nikos Pappas.

Dimítrios Papadimoúlis, vice-président du Parlement européen, coordonne la « poussée progressiste », ces derniers ne doivent pas se taire face à la montée de l’extrême droite. « Les forces progressistes et de gauche, à l’origine de l’unification européenne, ne peuvent pas se montrer désunies lors des prochaines élections européennes, surtout à un moment où les fantômes du passé resurgissent pour détruire le projet européen et où l’extrême droite se renforce. »

Prédictions

La membre de Die Linke (la gauche allemande) pense qu’il y aura des formations politiques complètement différentes au nouveau Parlement européen après les élections de mai prochain, en raison de la montée des extrémistes de droite.

Elle prédit un rapprochement des différentes forces de droite, y compris certains membres du PPE. « Ce sera un véritable combat pour les valeurs de l’UE. Je ne suis pas sûr que tous les dirigeants des groupes politiques reconnaissent qu’il s’agit là du principal défi. »

Interrogée sur l’état actuel de la collaboration avec les socialistes européens, elle répond que la coopération avec le groupe s’est améliorée depuis que le leader social-démocrate Martin Schulz a quitté le Parlement pour une incursion dans la politique intérieure sans succès.

Gabriele Zimmer a souligné une collaboration bien meilleure avec le nouveau chef du S&D, Udo Bullmann.

A Strasbourg, le départ de Schulz soulage les socialistes et démocrates

La décision de Martin Schulz de retourner à la politique nationale a soulagé les Socialistes et démocrates, qui sont à présent libres de former des alliances avec des partis politiques de gauche, a appris EURACTIV à Strasbourg.

La femme politique allemande a également fait référence au Progressive Caucus, un groupe informel au sein du Parlement, qui rassemble plusieurs députés du GUE/NGL, du S&D et des Verts.

« Nous veillons à ne pas laisser entrer trop de gens dans le groupe parce que certains députés de tous bords ont peur que cela donne des idées à certains pour former un nouveau groupe. Mais ce n’est pas le cas. Ce que nous voulons, c’est instaurer un climat de confiance et une meilleure façon de collaborer », explique Gabriele Zimmer.

Les socialistes et les tenants de la gauche de l’UE ont adopté une rhétorique similaire avant les élections des Spitzenkandidaten, mettant l’accent sur la nécessité de faire pression en faveur d’un ordre du jour progressiste, voire de former une alliance progressiste officielle.

Le président français, Emmanuel Macron, souhaite lui aussi créer une coalition progressiste contre la montée de l’euroscepticisme.

Les macronistes deviennent « progressistes » pour les élections européennes

Emmanuel Macron veut bouleverser l’écosystème politique européen. Il espère forger une nouvelle alliance progressiste à la fin de l’année pour les élections européennes de 2019.

Pour Gabriele Zimmer, la vision d’Emmanuel Macron vision est de renforcer les forces pro-UE contre le camp anti-UE. Selon elle, il donnera naissance à une nouvelle « structure » après les élections.

Elle a toutefois exprimé des doutes sur l’alliance progressiste d’Emmanuel Macron, disant que pour changer l’Europe, il faut d’abord changer les normes sociales dans son propre pays. « Je ne pense pas qu’il cherche une union plus sociale ni plus de droits pour les travailleurs. »

Une vision politique de gauche

En novembre, les dirigeants des partis de gauche se réuniront pour discuter des défis futurs de l’UE et de ce qu’ils attendent du prochain GUE/NGL, en se basant sur les discussions du moment. « Nous voulons leur faire comprendre que s’ils veulent avoir une influence au Parlement européen, il faudra renforcer et ouvrir le groupe de gauche. »

Pour elle, il est maintenant nécessaire que les forces de gauche se comprennent, aplanissent leurs divergences et progressent en un seul mouvement.

« En 2014, nous avons décidé d’accueillir dans notre groupe des forces qui n’étaient pas traditionnellement de gauche, mais des forces modernes basées sur des mouvements tels que Podemos. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon a trouvé un courant avec Podemos, et il y en a un autre en Allemagne. »

« Mon objectif est de rassembler la gauche et de changer la culture politique vers une meilleure compréhension des différentes positions, tout en ne divisant pas davantage. C’est notre principale crainte. »

Un autre problème majeur, selon Gabriele Zimmer, est la faible représentation des députés d’Europe centrale et orientale dans le groupe de gauche, à part les représentants tchèques.

« Si la gauche n’a pas d’influence en Europe de l’Est, nous allons perdre à long terme. »

Mélenchon devrait penser collectif

Concernant Jean-Luc Mélenchon, elle a déclaré qu’il était positif qu’il ait réussi à rassembler beaucoup de jeunes qui n’étaient pas inclus dans les structures du parti auparavant.

Cependant, elle a exprimé sa déception face à certaines tactiques du Français.

« Il doit comprendre que la façon dont il choisit de s’exprimer nuit aux autres acteurs de gauche et que c’est problématique. J’attends de lui plus d’engagement avec les autres dirigeants de gauche et moins d’attaque [simplement] parce qu’il n’est pas d’accord. »

« Je n’ai jamais compris pourquoi il voulait écarter Syriza de la gauche. Ce n’était pas une entente démocratique et cela me pose problème. Nous devons faire face à la montée du nationalisme, et non pas à celui qui dirigera le mouvement de gauche au Parlement », a conclu Gabriele Zimmer.

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