La Russie a infiltré tous les groupes politiques du Parlement européen, y compris celui des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), car les Russes sont « les maîtres de la propagande », a averti l’ancien Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki (Droit et Justice, PiS/CRE) lors d’un entretien avec Euractiv.
Alors que le Qatargate avait déjà mis en lumière la vulnérabilité de Bruxelles face à l’ingérence étrangère, le 27 mars, une enquête menée par les autorités tchèques et polonaises a mis au jour une opération d’influence pro-russe en Europe coordonnée par le média Voice of Europe qui impliquerait des membres du Parlement européen. Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a confirmé ces allégations et la justice belge a ouvert une enquête.
« Les Russes sont très actifs dans chaque groupe [politique de l’UE] », a déclaré l’ancien Premier ministre polonais en réaction à ces révélations, ajoutant qu’il n’était pas « surpris » par le scandale du « Russiagate ».
Même son propre parti, Droit et Justice (PiS), et la famille politique européenne à laquelle il appartient, les Conservateurs et Réformistes, ne sont pas à l’abri des risques, a-t-il concédé. « Je suis sûr que le groupe CRE est également infiltrée, ou qu’il y a des tentatives d’infiltration, et je ne serais pas surpris de savoir qu’il y a tel ou tel membre qui coopère avec les Russes parce qu’ils sont extrêmement efficaces pour piéger les gens. »
Au sein de son groupe parlementaire européen, les avis sont partagés quant à la question de la proximité à autoriser avec Moscou. Les membres du parti français Reconquête ! sont connus pour leurs positions moins catégoriques concernant le Kremlin comparativement aux membres du PiS polonais, qui condamnent fermement l’invasion de l’Ukraine par exemple.
Interrogé sur les récentes accusations liant un candidat de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) à la Russie, M. Morawicki a déclaré ne pas être « surpris » que les Russes « pénètrent » le groupe Identité et Démocratie (ID), auquel appartient l’AfD — parti avec lequel l’ex-Premier ministre polonais espère collaborer après les élections européennes.
« C’est plutôt le contraire : je suis absolument certain qu’ils essaient aussi de pénétrer […] le Parti populaire européen [PPE, centre droit] et le groupe des Socialistes et Démocrates [S&D] », a-t-il ajouté.
Il a déclaré être « absolument sûr » et pouvoir « parier […] qu’ils sont actifs dans le groupe des socialistes ».
Bien que des accusations formelles n’aient pas encore été émises, les médias, citant des sources au sein des services de renseignement tchèques, ont rapporté que Petr Bystron, un membre éminent de l’AfD qui brigue un siège au Parlement européen, aurait reçu 25 000 € d’un réseau de propagande russe.
M. Morawiecki a également évoqué l’Allemagne, où la Russie a « laissé d’énormes actifs » après la réunification du pays, justifiant ses propos en se référant aux récents rapports d’espionnage au sein de l’armée allemande, la Bundeswehr.
En mars, la Russie a rendu publique une conversation interceptée entre de hauts responsables de l’armée de l’air allemande et de la Bundeswehr sur le déploiement de missiles Taurus en Ukraine. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a déclaré que cette affaire faisait « partie de la guerre de l’information menée par [Vladimir] Poutine » pour diviser la société allemande.
« Ce qui est tellement sous-estimé ici à Bruxelles, c’est la force des services de renseignement russes et de la propagande russe », a conclu M. Morawiecki, affirmant que le pays s’en servait pour mener une guerre contre l’Union européenne.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



