Les Irlandais se prononceront sur le droit de vote de leur diaspora

Lors d'une visite à Philadelphie, le Premier ministre irlandais, Enda Kenny, a annoncé la tenue d'un référendum sur le droit de vote des Irlandais à l'étranger. [European People's Party/ Flickr]

Le gouvernement irlandais annonce la tenue d’un référendum qui pourrait octroyer le droit de vote à ses citoyens vivant à l’étranger. L’Irlande deviendrait ainsi le 24e État membre de l’UE à autoriser une telle mesure.

Outre l’Irlande, seuls Chypre, le Danemark et Malte n’autorisent pas leurs citoyens à voter s’ils habitent à l’étranger. La Grèce autorise quant à elle les non-résidents à voter seulement s’ils reviennent dans le pays le jour de l’élection.

Si le « oui » l’emporte à l’issue du référendum, l’électorat irlandais pourrait considérablement augmenter. D’après certains observateurs, un tel résultat offrirait une longueur d’avance au Sinn Féin, donnant le droit de vote aux partisans du parti vivant à l’étranger.

Pour l’heure, ce sont les électeurs résidant dans le pays qui décideront si le droit de vote doit être étendu à l’importante diaspora irlandaise. La date du référendum sera décidée « en temps voulu », d’après le document publié le 22 mars par le gouvernement.

Le pays de 4,8 millions d’habitants dispose d’une diaspora considérable: près de 3,6 millions de ressortissants irlandais vivent à l’étranger. Les ambassades irlandaises ont délivré environ un million de passeports ces dix dernières années, et près de 600 000 documents d’identité à des citoyens nés à l’étranger.

À ce jour, quelque 3,2 millions de personnes sont inscrites sur les listes électorales irlandaises pour voter aux élections présidentielles.

Changement de la constitution irlandaise

Le gouvernement envisage actuellement plusieurs possibilités pour désigner les citoyens qui pourront voter et la manière dont ils pourront le faire. L’exécutif présentera un projet d’amendement à la constitution irlandaise après avoir abordé les différentes options lors d’un conseil gouvernemental au sujet de la politique en matière de diaspora le mois prochain.

L’amendement comprendra quelques restrictions concernant le vote à l’étranger. Le vote en ligne ne sera par exemple pas autorisé.

Le document du gouvernement propose d’étendre le droit de vote à tous les citoyens irlandais à l’étranger ou d’autoriser l’une des six autres options, parmi lesquelles figurent une autorisation du droit de vote qui se limiterait aux citoyens irlandais vivant en Irlande du Nord, à ceux vivant de manière temporaire à l’étranger ou à ceux ayant quitté l’Irlande il y a moins de 20 ans.

Loi électorale

Si chaque État membre de l’UE a la possibilité d’établir sa propre loi électorale, la Commission européenne encourage les gouvernements nationaux à assouplir leurs règles en la matière. « Davantage de mesures pourraient être adoptées pour approfondir la démocratie dans l’Union. Toute règle inclusive sur la participation des citoyens européens aux élections sera la bienvenue », a déclaré le porte-parole de la Commission, Christian Wigand.

En 2014, la Commission avait critiqué les cinq États n’autorisant pas le vote de leurs ressortissants à l’étranger. Les pays européens devraient autoriser leurs citoyens à voter aux élections nationales s’ils vivent dans un autre État membre, soulignait alors la Commission.

Quinze États membres autorisent le vote par la poste et 14 autorisent leurs citoyens à voter dans les ambassades ou les consulats. Six États autorisent les deux méthodes. L’Estonie et la France sont les seuls États de l’UE à autoriser le vote en ligne, mais la France a écarté cette option pour les élections parlementaires du mois de juin en raison d’une menace de piratage informatique.

Les citoyens britanniques peuvent voter uniquement par la poste ou par procuration s’ils ont été inscrits sur une liste électorale au cours des 15 dernières années. Les Suédois peuvent quant à eux voter de l’étranger uniquement à condition d’avoir vécu en Suède et d’avoir renouvelé leur inscription sur les listes électorales tous les dix ans.

Un demi-million de Grecs expatriés privés de référendum

Au moins un demi-million de Grecs expatriés ne pourront pas voter pour ou contre la proposition des créanciers internationaux, sauf s’ils reviennent dans leur pays avant le référendum de dimanche.  

Le Premier ministre irlandais, Enda Kenny, qui devrait présenter sa démission très prochainement, a annoncé son intention d’organiser le référendum lors d’une visite à Philadelphie, le 13 mars dernier, avant de rencontrer Donald Trump à Washington. Il s’est également entretenu avec des organisations de la diaspora irlandaise aux États-Unis. « Il n’y avait pas de meilleur endroit que Philadelphie, où les Irlandais sont présents depuis plusieurs siècles, pour annoncer la nouvelle », a-t-il déclaré.

Nationalité 

Les lois sur la nationalité irlandaise sont relativement souples par rapport aux normes européennes. Quiconque a un parent ou un grand-parent né sur l’île irlandaise peut demander la nationalité irlandaise. C’est pourquoi certains résidents irlandais s’inquiètent que des millions de personnes n’ayant jamais vécu dans le pays puisse facilement obtenir un droit de vote si l’issue du référendum s’avère positive.

Certains pensent qu’autoriser les citoyens irlandais expatriés à voter favoriserait le Sinn Féin, étant donné que les électeurs de l’étranger seraient plus enclins à voter pour le parti de gauche. Trevor Ó Clochartaigh, porte-parole du parti responsable des questions de diaspora, a déclaré que cette supposition n’avait pas lieu d’être.

Le Sinn Féin a appelé l’Irlande du Nord à organiser un référendum sur la sortie de la région du Royaume-Uni et l’unification de celle-ci avec la République d’Irlande.

Trevor Ó Clochartaigh a indiqué que le référendum sur le droit de vote devra spécifier certaines limites quant à la catégorie de citoyens autorisés à voter en dehors de l’Irlande. « Il faudra certainement mettre en place certaines limites, mais tout citoyen irlandais doit être considéré comme un citoyen d’Irlande », a-t-il déclaré à Euractiv.

Noreen Bowden, une bloggeuse new-yorkaise cofondatrice de Votingrights.ie disposant de la nationalité américaine et irlandaise, a indiqué que la peur que des millions d’électeurs puissent avoir un effet négatif sur les élections irlandaises était « injuste ». « La plupart des pays ont un problème concernant le droit de vote de leurs émigrants. « Dans aucun pays les gens ne s’inquiètent vraiment des électeurs à l’étranger », a précisé la bloggeuse.

Influence de nouveaux électeurs

Le gouvernement irlandais tente d’apaiser les peurs relatives à l’influence de nouveaux électeurs en soulignant les faibles taux de participation des citoyens d’autres pays à l’étranger.

Les tendances des autres pays laissent à penser que « le nombre de citoyens irlandais en âge de voter qui s’inscrirait sur les listes électorales pour la prochaine élection présidentielle serait beaucoup plus bas que celui des citoyens résidents », peut-on lire dans le document du gouvernement.

Les deux Chambres du parlement irlandais devront approuver les amendements apportés par le gouvernement à  la constitution avant que ceux-ci puissent faire l’objet d’un référendum. Il y a donc peu de chances que les électeurs irlandais de l’étranger puissent participer aux prochaines élections présidentielles, qui auront lieu en 2018.

Le premier ministre irlandais évoque un référendum de réunification

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