La grande coalition allemande survivra-t-elle au départ de Merkel?

L'élection d'une nouvelle présidence de la CDU affectera tous les partis de la grande coalition. [Clemens Bilan/ epa]

La chancelière Angela Merkel quitte la présidence de la CDU. Cette démission aura un impact sur la grande coalition entre la CDU-CSU et le SPD.

La démission d’Angela Merkel de la présidence du parti apporte son lot d’incertitudes, non seulement à la CDU, mais également chez les autres partenaires de la coalition. La fin du mandat de Horst Seehofer à la tête du CSU approche, et son homologue du SPD, Andrea Nahles, doit défendre sa position sous le feu des critiques. Reste à savoir si et pour combien de temps la coalition au pouvoir survivra à ces nouveaux bouleversements. Trois partis en transition qui doivent maintenant se poser la bonne question : où aller ?

CDU

Qui conquerra la présidence de la CDU ? À vrai dire, cela n’a aucune importance pour la chancelière. À l’avenir, trois représentants de la CDU seront présents aux sommets de la coalition. Par ailleurs, la chancelière continuera de déterminer les lignes directrices du parti, et la bonne entente de coalition continuera de guider l’orientation de leur politique.

Si Annegret Kramp-Karrenbauer (alias AKK) remporte la présidence, le parti s’en portera pour le mieux, selon des avis unanimes. Cette femme politique sarroise en profiterait certainement pour faire les choses à sa manière, et pour publiquement souligner les points sur lesquels la CDU voudrait se démarquer du SPD. Elle souhaiterait aussi probablement prouver qu’elle n’est pas Angela Merkel, tout en laissant au gouvernement le champ libre pour réussir.

Si le SPD arrive à se remettre des élections catastrophiques récentes, la coalition pourrait se séparer dans le plus grand des calmes à la fin de l’année 2019.

Tensions sous-jacentes

Néanmoins, depuis le premier jour, le parti semble couver des tensions, dues tant à Jens Spahn qu’à Friedrich Merz. Les deux rivaux, candidats à la présidence, subissent une grosse pression de la part de leurs partisans, et tous leurs faits et gestes sont scrutés par les médias, à la recherche du moindre signe de distanciation par rapport à la politique Merkel.

Les quatre candidats à la tête d’une CDU post-Merkel

Portrait des quatre candidats susceptibles de succéder à Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, Jens Spahn, Friedrich Merz et Armin Laschet.

Par ailleurs, il est inconcevable que le SPD coopte Friedrich Merz lors des prochaines élections pour la chancellerie. Ce dernier a toujours la possibilité d’écarter les socialistes de la grande coalition afin d’ouvrir la voie à de nouvelles élections et donc à un avenir totalement différent pour l’Allemagne. Toutefois, attention, les électeurs en Hesse et en Bavière ont déjà montré ce qu’ils pensaient des querelles au sein de leur gouvernement, c’est pourquoi il vaudrait mieux éviter les émeutes.

CSU

Alors que Markus Söder est entré dans son cabinet de ministre-président bavarois le torse bombé, pour cette élection, il courbe l’échine. Cet homme politique franconien a toujours clairement fait savoir qu’il n’avait nullement l’intention de présider la CDU, grande sœur plus puissante de la CSU. Campera-t-il sur ses positions maintenant que cette ouverture au poste de chancelier allemand s’est présentée ? Des sources proches du parti ont en tous cas confirmé ses ambitions, et il ne se trouve plus grand monde pour défendre Manfred Weber, actuel chef adjoint de la CSU, et eurodéputé au Parti populaire européen.

Qu’à cela ne tienne, ce dirigeant originaire de Basse-Bavière a d’autres projets, à savoir devenir président de la Commission européenne – un poste difficile à concilier avec le fastidieux travail de président de la CSU. Ce qui ne l’empêche pas de continuer d’insister sur le fait que la CSU doit « se positionner sur un large spectre de thématiques, et incarner différents courants ».

Une coalition verte, alors ?

Une autre solution pour gagner du temps dans la constitution du nouveau gouvernement serait de ressusciter la « coalition Jamaïque » (pour les couleurs noir-jaune-vert, à l’instar du drapeau jamaïcain). La CDU-CSU (noire), le FDP (jaune) et les Verts trouveraient-ils la force de travailler main dans la main ?

Pour les Verts, ce clivage entre la CDU et le SPD semble être le moment idéal pour réclamer de nouvelles élections. De telles élections pourraient facilement déboucher sur une situation à l’ironie particulière, à savoir le premier gouvernement allemand entre la CDU/CSU et les Verts – réunis sous un chancelier ultra-libéral et partisan d’une « européanité supérieure assimilationniste » : Friedrich Merz.

« En Allemagne, le populisme d’extrême droite attire 20 % de la population »

L’islamophobie est un phénomène profondément ancré dans la société, qui doit être combattu en établissant un contact entre les Allemands et les immigrés, selon la sociologue Daniela Krause.

Gros point d’interrogation sur Seehofer

Horst Seehofer, actuel ministre de l’Intérieur, reste l’inconnue dans cette équation. La grande question est de savoir si cet homme politique de 69 ans se laissera rétrograder de son poste prestigieux à celui de quelqu’un qui suit les ordres de son ennemi juré, Joachim Herrmann.

S’il décide de partir sur la dernière option, les disputes entre Horst Seehofer et le ministre de l’Intégration pourraient encore une fois mettre la coalition à rude épreuve.

SPD

Pour le SPD, cette coalition est devenue un véritable casse-tête, ce qui a conduit à un désir ardent de la plupart des membres de quitter l’endroit inconfortable aussi vite que possible. Malgré tout, la plupart des dirigeants du parti en sont venus à la conclusion qu’il était préférable de rester dans la coalition au moins jusqu’à fin 2019 plutôt que de partir comme des voleurs au moment où le gouvernement est au plus bas. D’autant plus que les sociaux-démocrates viennent d’être annoncés par les derniers sondages comme ayant le soutien de 13 % des électeurs.

Nahles lancée dans la bataille

Andrea Nahles a clairement indiqué la direction qu’elle souhaitait prendre. Elle veut préciser quelles mesures prévues dans l’accord de coalition avec l’Union, du point de vue du SPD, doivent être mises en œuvre d’ici fin 2019.

Ensuite, comme la coalition l’avait convenu, elle décidera si le SPD doit rester au gouvernement. Dans le même temps, elle n’est pas d’accord avec l’idée d’accélérer le scénario, comme les jeunes socialistes, entre autres, le souhaitent.

Si quelqu’un d’autre pense pouvoir faire mieux, a déclaré Andrea Nahles, revendiquant clairement sa volonté de leadership, alors cette personne devrait se présenter.

Le dilemme du SPD toujours existant

Le président des jeunes socialistes, Kevin Kühnert, ou le vice-président du SPD, Ralf Stegner, devraient cependant savoir que fuir le gouvernement à court terme ne constituera pas une issue au dilemme du SPD.

Premièrement, cette décision représenterait également un vote de défiance à l’égard du chef du SPD et déclencherait donc de nouvelles incertitudes sur les postes à la tête du parti. Deuxièmement, dans le pire des cas, les sociaux-démocrates seraient confrontés à de nouvelles élections auxquelles ils participeraient sans programme solide.

La menace de Ralf Stegner, qui prétend que « si la coalition ne change pas radicalement et rapidement son travail et son apparence, elle ne fera pas long feu » a été considérée par la direction du SPD comme un signal pour ne pas relâcher la pression sur l’Union plutôt que comme une intention de forcer le SPD à quitter la grande coalition allemande.

En Bavière, les Verts mettent fin au monopole historique de la CSU

Le parti bavarois affilié à la CDU d’Angela Merkel a subi un revers historique lors des élections régionales. Les Verts deviennent quant à eux la deuxième force politique du Land. Un résultat qui augure de nouvelles difficultés pour la chancelière.

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