L’extrême-droite espagnole devrait connaître un flop aux européennes

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De la Hongrie à la Belgique en passant par la France, l’extrême droite prospère. L'Espagne ne semble quant à elle pas connaître de phénomène similaire, bien au contraire. Un article d'EURACTIV Espagne.

Aucun parti d'extrême droite n'a réussi à gagner du terrain ces dernières années dans la péninsule ibérique. Seul au niveau régional, la Plataforma per Catalunya (PXC – la Plateforme pour la Catalogne) a obtenu quelques mandats à responsabilité au niveau local, dont l'ampleur reste toutefois symbolique. Soit 67 mandats sur un total de 9 127. 

La PXC avait obtenu 5000 votes en 2003, lors de sa première campagne pour des élections régionales en Catalogne. Lors des élections législatives huit ans plus tard, ce fut 59 000 voix. Même si le parti n'a obtenu aucun siège au Parlement catalan, il a réussi à en obtenir dans plusieurs municipalités, ceci grâce à la rhétorique populiste, islamophobe et raciste de leur chef, Josep Anglada.

Il s'agit là d'une des rares exceptions en Espagne d'une percée électorale d'un parti d'extrême droite. Les partis d’extrême droite ont connu un revers électoral en 2011 par rapport à 2009. En 2008, le Parti populaire de Mariano Rajoy, parti de centre droit, a obtenu une majorité absolue au sein de l'hémicycle espagnol.

La Phalange espagnole est tombée de 14 000 à moins de 3000 votes entre 2008 et 2011. Dans le même temps, la Démocratie nationale a perdu pour sa part plus de 10 000 voix en l'espace de quatre ans pour finalement aboutir à seulement 1 867 voix en 2011. Le paysage politique espagnol a connu une évolution inverse à celle de nombreux pays européens.

Le vote eurosceptique absorbé par d'autres partis

Juan Andrés Naranjo, eurodéputé du Parti populaire espagnol (affilié au Parti populaire européen), a déclaré lors d'un entretien à EURACTIV Espagne que cette tendance devait être reliée à l'histoire du pays. Selon lui, le régime franquiste reste gravé dans les mémoires, et les partis nationalistes et les groupes indépendantistes ont absorbé une partie du vote eurosceptique. Ainsi, l'extrême droite reste un phénomène « résiduel », a-t-il conclu. 

Cependant, Elena Valenciano, vice-secrétaire générale du Parti socialiste espagnol (PSOE), a une autre lecture de la situation nationale.

Elle a expliqué que le Parti populaire « s'est approprié des positions politiques qu'un parti de droite ne devrait pas s'approprier ». La frange la plus extrémiste du parti conservateur représente d’une certaine façon l'extrême droite, selon elle.

À l'heure actuelle, les sondages d'opinion montrent que, sans être un tsunami électoral, les partis d’extrême droite, eurosceptiques et d'extrême gauche, ainsi que les partis antisystème devraient gagner des sièges au futur Parlement européen. Cette montée de la droite dure devrait entamer la part électorale du centre droit, des socialistes, des verts et des libéraux.

Elena Valenciano a dit espérer que les citoyens voteront « de façon responsable » et prendront conscience de la dangerosité que représentent de tels partis.

José Luis Rodríguez, professeur d'histoire à l'université Rey Juan Carlos, spécialisé dans les mouvements de droite en Espagne, pense, quant à lui, que les partis d’extrême droite ont tardé à substituer de nouvelles problématiques à la rhétorique nostalgique qui faisait l'apologie du passé.

Les nouvelles thématiques brandies par ces partis sont le rejet xénophobe de l'immigration, de l'UE et de l'euro, ainsi que l'insécurité et la révélation d’affaires de corruption, sans oublier la prétendue proximité entre le programme politique du PSOE et du Parti populaire.

Ainsi, le professeur estime que la crise économique n’est pas nécessairement synonyme d’une montée de l'extrême droite lorsque les partis ne réussissent pas à adapter leurs discours et à surmonter le poids de l'histoire lié à leur mouvement.

C'est ce qui est arrivé en Espagne, selon lui. Pour cette raison, il a prévu que « l'extrême droite espagnole n'aura rien » lors des prochaines élections européennes.

L’eurodéputée française, Constance Le Grip (PPE), a jugé de son côté qu'il était « évident » que les partis d’extrême droite risquaient d'avoir plus de sièges au sein du Parlement européen. Selon elle, la meilleure façon de contrer ce phénomène est l'élaboration par les partis proeuropéens d'un message politique constructif et l’établissement d’un dialogue avec les citoyens en vue de les conscientiser. Dans tous les cas, elle a déclaré ne pas craindre un blocage institutionnel ou des résultats électoraux qui pourraient paralyser les institutions européennes.

Les élections du Parlement européen auront lieu entre le 22 et le 25 mai dans les 28 États membres de l'Union européenne.

Dans l’ensemble de l'Europe, les partis se préparent à s’attaquer à des questions cruciales, telles que le chômage, l'euroscepticisme ou encore l'avenir de l'Union européenne.

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