La Biélorussie se prépare pour de difficiles élections présidentielles [FR]

Alors que les élections présidentielles ont lieu dans deux jours (19 mars 2006), une atmosphère de craintes et de tensions règne en Biélorussie. Le président sortant, Alexandre Loukachenko, devrait être réélu pour la troisième fois. Par ailleurs, l’Occident évalue ses différentes options.

Les adversaires

Le président sortant Loukachenko – ancien gardien de prison et dirigeant d’une exploitation collective (kolkhoz) est confronté à trois adversaires : 

  • Alexandre Milinkevich – un professeur de physique nommé par le Congrès des forces démocratiques de Biélorussie comme candidat commun de l’opposition. 
  • Alexandre Kozouline – du parti socio-démocrate, un universitaire et ancien ministre de l’éducation. Selon la presse locale, il est soutenu par Moscou avec la mission de voler des voix à Milinkevich. Kozouline s’est présenté lui-même comme une « alternative » plutôt qu’un candidat de l’opposition.  

  • Sergei Gaidukevich – du parti libéral démocrate, il est considéré comme fidèle à Lukashenko.

L’économie

On considère généralement que l’économie du pays est soutenue par des subventions de la Russie. Le principal instrument est le pétrole : la Biélorussie reçoit du pétrole russe à un prix très réduit. L’effet général de ce rabais représente environ 30% du PIB du pays. L’Etat emploie plus de 90% des citoyens et offre pratiquement du plein emploi. Les entreprises privées sont peu nombreuses et loin derrière.

L’Etat emploie plus de 90% des citoyens et offre pratiquement du plein emploi. Les entreprises privées sont peu nombreuses et loin derrière. Dans l’ensemble, les salaires ont tendance à être bas, mais sont payés relativement à temps. Selon la Banque mondiale, la croissance économique de la Biélorussie en 2005 « a été réelle et solide ». Au cours des 12 derniers mois, les salaires réels ont augmenté de 24%. L’un des atouts de Loukachenko est la « stabilité » – et les gens ont effectivement tendance à voter selon leurs portefeuilles. Selon l’agence de presse Interfax, Loukachenko a déclaré qu’il « passera calmement le pouvoir à d’autres » après être parvenu à rassembler 100 tonnes de réserves d’or et de monnaie étrangère d’une valeur totale d’environ dix milliards de dollars américains. Par ailleurs, plusieurs analystes mettent en garde contre une chute de l’économie dans les prochaines années.

Observateurs des élections

Récemment, les autorités de Minsk auraient interdit la venue d’observateurs de Géorgie, vraisemblablement par crainte de l’expérience en Géorgie de la Révolution des roses. Des observateurs de Suède et du Danemark ont été également forcés de quitter la Biélorussie. Les autorités biélorusses ont par ailleurs refusé l’entrée sur leur territoire à un groupe de députés européens. D’autres observateurs européens qui avaient prévu de se rendre à Minsk se sont vus refuser leurs demandes de visa. Près de 500 observateurs étrangers ont été invités par Minsk sous les auspices de l’OCDE, et 400 autres ressortissants des Etats post-soviétiques devraient assister aux élections.

Vagues d’arrestation

Selon les sources d’opposition, près de 300 activistes ont été détenus et harcelés ces derniers jours et plus de 50 sont restés en détention, étant souvent accusés d’insultes, de désordre et d’hooliganisme. 

Accusations de coup d’Etat

Le chef du service de sécurité du gouvernement (KGB) a déclaré que « sous la couverture des élections, une tentative violente de s’emparer du pouvoir est prévue dans le pays. » Stepan Sukhorenko a accusé les Etats-Unis d’engagement violent et a ajouté que les manifestations seraient considérées comme des « actes terroristes ». Ce crime pourrait entraîner la prison à vie ou la peine de mort. Lukashenko a fait savoir clairement qu’il ne tolérerait pas de manifestations de masse. Le ministre des affaires étrangères a indiqué aux ambassadeurs d’Europe et des Etats-Unis que leur pays pourraient être tenus pour responsables en cas de manifestations le jour des élections où après les résultats.

Sanctions de l’Occident

Plusieurs Etats occidentaux ont menacé d’imposer des sanctions si les élections sont truquées ou ne sont pas libres. Le 16 mars 2006, la Commission a demandé à Lukashenko de libérer immédiatement ceux qui ont été détenus au cours de la campagne présidentielle. « De telles arrestations n’ont pas lieu d’être dans la tenue d’élections justes et libres, » a déclaré la commissaire aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner. 

La Révolution du jean

Le jean est désormais considéré comme un symbole de liberté et de l’Occident en Biélorussie. En septembre 2005, un contestataire, Nikita Sasim, a été passé à tabac pour avoir brandi un drapeau biélorusse. En réponse, il a retiré sa chemise en jean et s’en est servi comme drapeau improvisé en jean. Depuis, les drapeaux en jean sont utilisés comme symbole de liberté et de résistance.

Réactions

Selon le candidat de l'opposition, Alexandre Milinkevich, Alexandre Loukachenko devrait recueillir 80% des voix "sans même compter ou attendre la fin du vote. Ils se préparent déjà à cela." "Evidemment, il s'agit d'élections complètement illégales," a déclaré Milinkevich, "mais nous y participons car elles sont notre seule opportunité, nous forces démocratiques qui visvons dans des pays totalitaires, d'avoir un dialogue avec les citoyens, de partager des informations indépendantes et de mettre fin aux peurs."

Alexandre Loukachenko a pour sa part déclaré : "Ce n'est pas à l'Occident de nous enseigner les droits humains. Il doit s'occuper de ses affaires. Il a plongé tout le Moyen-Orient dans le sang. Nous voyons votre démocracie tâchée de sang."

"Les autorités biélorusses ne doivent pas oublier que l'UE a clairement fait savoir qu'elle était disposée à prendre de nouvelles mesures restrictives appropriées à l'encontre des personnes responsables si les élections ne sont pas menées de façon démocratique," a indiqué la commissaire aux affaires extérieures, Benita Ferrero-Waldner.

Le président du Parlement européen, Josep Borrell, s'est déclaré "très préoccupé" par la situation en Biélorussie. "Au cours de l'année écoulée, le Parlement européen s'est, à plusieurs reprises, exprimé sur la situation en Belarus, a indiqué Josep Borrell dans un communiqué de presse. "Dans sa dernière résolution, du 16 février 2006, il a 'déploré la détérioration continue de la situation politique et les violations persistantes des droits civils et des droits fondamentaux de la population bélarussienne. Au nom du Parlement européen, M. Borell a demandé une nouvelle fois aux autorités biélorusses de "respecter les normes internationales et l'engagement pris, dans le cadre de l'OSCE et des Nations unies, de garantir l'égalité des droits de tous les candidats à faire la campagne."

Le responsable de la politique étrangère de l'UE, Javier Solana, a qualifié la Biélorussie de '[pays] absolument pas européen en termes de respect de la démocratie et des droits humains. Le peuple biélorusse mérite beaucoup mieux," ajoutant : "mais soyons clair : l'UE ne souhaite pas isoler la Biélorussie. C'est Loukachenko qui isole le pays. L'UE reste ouverte au dialogue et a clairement défini les étapes que les autorités biélorusses doivent passer pour normaliser les relations."

Les Jeunes Européens Fédéralistes  considèrent qu'il "est absolument intolérable qu'un arnaque politique comme celle-ci [ie. les élections] se passe en Europe en 2006. Il n'y pas de place pour les dictatures en Europe."

Selon le secrétaire d'état américain adjoint pour les affaires européennes et eurasiatiques, Daniel Freed, les autorités en Biélorussie mènent une campagne d'intimidation, de peur et de violence. Selon M. Freed, les élections présidentielles ne seront pas seulement profondément truquées, mais seront "des élections qui ne mériteront peut-être même pas ce nom."

L'envoyé spécial de l'ONU pour les droits humains, Adrian Severin, a déclaré que les autorités biélorusses doivent "immédiatement cesser toutes actions ayant pour objectif d'intimider les opposants, les journalistes et les défenseurs des droits humains et de compromettre le déroulement juste et libre de la campagne électorale."

"L'UE a besoin d'une nouvelle politique," soutiennent Charles Grant et Mark Leonard du Centre for European Reform. "Elle devrait offrir des primes importantes pour encourager le régime à mener des réformes, tout en indiquant clairement que toute nouvelle répression entraînerait une réponse sévère. Elle doit intensifier ses efforts pour soutenir la société civile et revoir ses méthodes d'aide aux ONG." Selon les auteurs, "deux facteurs ont nui à la capacité de l'UE à traiter efficacement de la situation en Biélorussie. L'un est que très peu de gouvernements européens s'en préoccupent - moins de la moitié des Etats membres ont une ambassade à Minsk. L'autre est que les Etats membres ne parviennent parfois pas à adopter une position commune à l'égard de la Biélorussie."

"Je ne pense pas que l'UE soit prête à compter la Biélorussie parmi ses membres," a déclaré le candidat de l'opposition, Alexandre Kozouline, selon le Financial Times. "Mais l'Europe doit se préoccuper de la Biélorussie. Son régime est un défi pour la civilisation européenne."

Contexte

Lors des élections présidentielles du 19 mars 2006, les citoyens de Biélorussie, cet ancien Etat soviétique de 10 millions d'habitants, sont confrontés à un choix entre "la stabilité et la sécurité" offertes par le président sortant Alexandre Lukashenko et "la liberté, la vérité et la justice" défendue par son principal adversaire, le dirigeant de l'opposition Alexandre Milinkevich. Etant données les inquiétudes avant les élections sur l'impartialité et la validité du vote, la victoire de Loukachenko est plus que probable.

Qualifié par les Etats-Unis de "dernier dictateur en Europe", Alexandre Loukachenko a été au pouvoir depuis 1994 et devrait y rester pour cinq ans de plus. Son mandat d'origine de quatre ans a pris fin en 1999. Cependant, il a été prolongé jusqu'en 2001 à l'issue d'un référendum tenu en 1996. En 2001, Alexandre Loukachenko a été réélu pour un second mandat lors d'élections très controversées. En 2004, environ 80% des électeurs ont soutenu une motion référendaire qui a supprimé la limite du nombre de mandats présidentiels. Par conséquent, il peut désormais prétendre à un troisième mandat. 

Alexandre Loukachenko soutient que l'autoritarisme est la seule alternative possible à l'instabilité. Il a déclaré à plusieurs occasions qu'il n'y aurait pas en Biélorussie de 'révolutions colorées' comme en Géorgie et en Ukraine. La Biélorussie est le seul ancien Etat soviétique à ne pas se tourner vers l'Occident. Malgré la répression, Alexandre Loukachenko est très populaire.

L'UE a négocié un accord de partenariat et de coopération avec la Biélorussie mais ce dernier n'est jamais entré en vigueur. Cependant, ce document n'est pas juridiquement contraignant. La Biélorussie n'est pas non plus membre du Conseil de l'Europe. 

L'UE dispose d'instruments limités pour réagir à la conduite de Loukachenko. Une interdiction européenne relative aux visas est déjà appliquée pour six dirigeants biélorusses de haut rang, une autre option étant de supprimer temporairement les préférences dans le cadre du système généralisé de préférences de l'UE. En 2005, l'UE a versé 2 millions d'euros à la Biélorussie pour soutenir la démocratie dans le pays. 

Plus d'information

Subscribe to our newsletters

Subscribe