La CDU en plein dilemme après les élections allemandes

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 Les spéculations vont bon train sur la recherche de nouveaux partenaires pour la CDU. Les sociaux-démocrates n'affichent pas d'enthousiasme à l'idée d'entrer au gouvernement.

Même si la victoire de la chancelière allemande sortante et de son Union chrétienne-démocrate (CDU) est éclatante, les résultats de l'élection législative allemande ouvrent une période d'instabilité.

« Les résultats sont la combinaison d’un triomphe personnel et d’un dilemme politique. Le parti [d'Angela Merkel] a dominé les élections, mais a perdu son partenaire de coalition favori et sera contraint de collaborer avec l'un des partis de gauche », affirme Douglas Elliot, un membre de l'Institut Brookings à Washington.

Qui veut faire partie de la coalition ?

En raison de la contreperformance du FDP, les sociaux-démocrates et les verts verront d’un mauvais œil la formation du gouvernement avec Angela Merkel, selon des analystes du Conseil européen des relations étrangères (ECFR).

« Les sociaux-démocrates pensent que la dernière grande coalition [SPD-CDU] avec Angela Merkel entre 2005 et 2009 leur a fait perdre leurs électeurs traditionnels », peut-on lire sur le blog de l'ECFR. Le SPD pourrait négocier plus facilement s'il était dans l'opposition.

« Angela Merkel a besoin du soutien du SPD plus que l'inverse », poursuit le groupe de réflexion.

Les verts ont vécu la même expérience lors de leur coalition avec les démocrates-chrétiens : ils ont eu l'impression de perdre le soutien venant de la gauche.

« Être dans une coalition avec la populaire et l’excellente Angela Merkel entraîne une part de responsabilité pour tout ce qui va mal, sans récolter les fruits de ce qui va bien », déclare Douglas Elliot.

Selon le quotidien Spiegel Online, aucun membre du SPD ne se réjouit d'un pacte avec la dame de fer d'Hambourg.

Les dirigeants du SPD font preuve d'extrême prudence lorsqu’ils évoquent cette possibilité. Hannelore Kraft, le ministre-président de la Rhénanie du Nord-Westphalie, indique que le SPD aurait des difficultés à s’engager dans une grande coalition.

Peer Steinbrück, le candidat socialiste à la chancellerie, a déclaré à plusieurs reprises pendant la campagne qu'il ne ferait pas partie d'un gouvernement Merkel. Il n'a toutefois pas exclu d'occuper une fonction importante au sein du parti et de devenir éventuellement le chef de file du SPD au Bundestag.

Selon le politologue Wolfgang Münchau, une grande coalition est la solution la plus probable à l'issue des élections. À l'inverse des verts, le SPD ne peut pas se permettre une autre élection qui pourrait aboutir à une majorité absolue pour la CDU.

Une coalition avec les verts aurait en outre du mal à faire adopter une législation au Bundesrat (la seconde chambre législative derrière le Bundestag), puisqu'un gouvernement CDU-verts n'y disposerait pas d'une majorité.

« Les sociaux-démocrates vont probablement accepter le cadeau empoisonné, car les électeurs allemands attachent de l'importance à la stabilité et seront sûrement mécontents si l'autre grand parti en Allemagne refusait de participer à la formation d'un gouvernement », affirme Douglas Elliot.

Selon des analystes, une grande coalition constituerait une bonne nouvelle pour l'Europe. Les eurosceptiques ont pu prospérer pendant trop longtemps, car la chancelière a rarement abordé la position de l'Allemagne en Europe, écrit Judy Dempsey dans un billet d'opinion sur EURACTIV.

Le président Hollande espérait une victoire des sociaux-démocrates. Étant donné qu'Angela Merkel tient fermement la barre, elle n'aura d'autres solutions que de commencer à collaborer étroitement avec son homologue français en matière de politique européenne, ajoute Mme Dempsey.

Lors des élections fédérales en Allemagne le 22 septembre 2013, environ sept millions de votes n'ont pas été pris en compte, car les partis concernés n'ont pas passé la barre des 5 %. Democracy International y voit une raison d'abolir le seuil électoral puisqu'il déforme la représentation des personnes élues au niveau local, national et transnational.

« C'est choquant de voir que près de sept millions de votes n'ont pas été pris en compte lors des élections fédérales en Allemagne. Ce chiffre équivaut au nombre d'électeurs en droit de voter en Suède et en Autriche, des pays souverains et indépendants de l'UE. Comme le terme "démocratie représentative" l'indique, le vote de la population doit être reflété de manière proportionnée au parlement, sinon les votes ne sont pas égaux », met en garde Gerald Häfner, le président de Democracy International.

Les défis économiques et financiers de l’Union européenne ont prouvé que l’État membre le plus peuplé était également le plus puissant.

Les 62 millions d'Allemands ont été invités à se rendre aux urnes le 22 septembre 2013 pour choisir entre la coalition conservatrice au pouvoir actuellement, emmenée par l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel, les sociaux-démocrates ou une nouvelle alliance.

Dans la course aux élections, l'Europe n'était pas à l'ordre du jour. Malgré tout, les analystes estiment que la gestion de la crise de la zone euro par la chancelière a joué un rôle déterminant.

>> Lire : Élections allemandes 2013 : ne mentionnez pas l’Europe

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