La droite pro-européenne fait officiellement sécession avec Agir

Le congrès fondateur d'Agir, à Montévrain.

Face à la dérive populiste et identitaire de la droite française, une poignée d’élus de droite lance le mouvement Agir. La participation du nouveau parti aux élections européennes  face à En Marche reste un point d’interrogation.

Agir contre la dérive identitaire de la droite française. Le programme politique du nouveau mouvement de centre-droit présidé par Franck Riester, député de Seine-et-Marne, est clair.

Face au durcissement de la ligne politique du parti historique de la droite française ( Les Républicains) mené par son chef de file, Laurent Wauquiez, la riposte pro-européenne s’organise sous la bannière de ce nouveau parti, lancé officiellement le 16 septembre  à Montévrain (77), une commune proche de Marne-La-Vallée.

« Nous nous engageons contre les populistes, prêts à sacrifier l’Union européenne pour accéder au pouvoir » a avertit la sénatrice du Bas-Rhin Fabienne Keller, qui a dénoncé « une droite qui a oublié ses valeurs fondamentales et qui devient poreuse aux extrêmes ».

En ligne de mire, le discours eurosceptique de plus en plus assumé de LR, qui a fait fuir plusieurs élus européens, à l’image des eurodéputés Alain Lamassoure ou Elisabeth Morin-Chartier.

Alain Lamassoure: « Le PPE est désormais ma seule famille politique »

Alain Lamassoure, l’ancien chef de file des eurodéputés Les Républicains, a claqué la porte de sa famille politique, dénonçant la « dérive droitière » et la multiplication de décisions « politiquement absurdes ».

« Avec la création d’Agir, l’Europe n’est plus orpheline au sein de la droite française », a revendiqué Fabienne Keller.

L’acte de sécession couvait depuis plusieurs mois. Le lancement du groupe parlementaire Les Constructifs, rassemblant certains élus LR et des membres de l’UDI à l’Assemblée nationale avait jeté les bases du divorce. Au départ, les constructifs devaient rester sous l’égide de LR, mais les antagonismes, notamment sur la politique européenne se sont exacerbés, poussant les fondateurs Franck Riester, Fabienne Keller et Claude Malhuret, ainsi que l’ancien ministre Frédéric Lefebvre à lancer un parti indépendant.

Ligne de fracture

Hasard de calendrier, le congrès fondateur d’Agir s’est tenu quelques jours après le vote-sanction du Parlement européen à l’égard du Premier ministre Hongrois, Viktor Orban. Accusé de dérive autoritaire, Orban a perdu le soutien d’une large partie des eurodéputés du Parti Populaire Européen (PPE), auquel le Fidesz appartient. Ainsi que Les Républicains.

Le vote à l’encontre du dirigeant hongrois a mis à mal l’unité de la famille de centre droit européenne, au sein de laquelle cohabitent des formations politiques plus ou moins pro-européennes. Et les Français n’ont pas échappés à ces divergences.

La droite française dispersée face à l'état de droit en Hongrie

La délégation française du PPE au Parlement européen a voté pour, contre et s’est abstenue face à la résolution demandant l’activation de l’article 7 contre la Hongrie.

« Les deux tiers des eurodéputées du PPE ont voté l’activation de l’article 7 contre la Hongrie » a rappelé l’eurodéputé Alain Lamassoure. « Les représentants des Républicains se sont divisés entre abstentions, votent pour et vote contre, tout ça car le dirigeant du parti LR refuse d’ostraciser Orban ! » a dénoncé l’élu.

« J’accuse le président Laurent Wauqiez et certains eurodéputés LR d’inconséquence. Il y a décidément deux droites, celle qui voit l’Europe comme une menace et la nôtre » a affirmé Franck Riester.

Timmermans accuse le Premier ministre hongrois de «lâcheté»

Le débat incendiaire qui s’est déroulé autour de la Hongrie illustre les divisions profondes du Parti populaire européen, dont est membre le Fidesz, le parti de Viktor Orbán.

Un espace réduit

Si Agir a également pu compter sur le parrainage de deux poids lourds des Républicains – les anciens premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé – l’avenir électoral du parti semble  pour l’heure hypothétique, tant l’espace politique du centre pro-européen est concurrentiel.

« Notre espace politique traditionnel est extrêmement réduit. Et dans les derniers sondages, aucun ne nous donne un seuil où nous pourrions avoir des élus, et pas même au seuil où nous serions remboursés », a mis en garde l’ancien ministre et sénateur Claude Malhuret.

La décision de se lancer seul dans la bataille des Européennes a doncété remise à plus tard. « Notre priorité est de grandir » a indiqué Claude Malhuret. Une campagne d’adhésion sera lancée rapidement.

« Si j’avais envie d’adhérer à un parti je serais assez sensible à votre prochaine campagne d’adhésion » a plaisanté l’ancien Premier ministre, Alain Juppé. Faute d’adhésion officielle à Agir, Alain Juppé a cependant affirmé qu’il ferait entendre sa voix dans le débat européen.

Pour Franck Riester, LR a fondamentalement trahi sa mission politique « en oubliant que la lutte contre les extrêmes constitue la base de son combat politique ».

« Macron a réussi à rassembler les pro-européens à droite comme à gauche. Mais c’est aujourd’hui un parti fourre-tout dans lequel nous ne voulons pas laisser notre ADN se dissoudre a prévenu Franck Riester. « Entre LREM et Les Républicains, il y a un espace ! » a-t-il  martelé.

« Le moment venu, nous choisirons si nous présentons des listes autonomes ou en alliance avec des partenaires pro-européens » a-t-il conclu.

Famille européenne

Le choix de listes indépendantes sera fait d’ici quelques mois, notamment en fonction du succès de la campagne d’adhésion du parti.

Autre sujet à trancher, celui du parti européen que pourrait rejoindre agir. Aujourd’hui, deux chapelles peuvent prétendre héberger ce nouveau parti de la droite pro-européenne: le Parti populaire européen (PPE) et les libéraux de l’ALDE.

Si le premier est également la famille politique des Républicians et de Viktor Orban, le second accueille aujourd’hui les membres du MoDem, alliés de Macron, et son président, le belge Guy Verhofstadt, tend depuis plusieurs mois une main insistante au président français. Signe qu’au niveau européen comme français, l’espace politique pour une droite pro-européenne est encore à construire.

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