La France Insoumise veut faire des européennes un référendum anti-Macron

Divisé sur la question migratoire, La France Insoumise veut faire des élections européennes un référendum contre la politique du président français et le projet européen qu’il incarne.

L’enjeu central de prochaines élections européennes ne sera pas l’immigration, mais le rejet de la politique d’Emmanuel Macron. La promesse de Manuel Bompard, le directeur de campagne du mouvement La France Insoumise donne le « la » de la campagne européenne.

Premier scrutin depuis l’élection présidentielle, les européennes de mai 2019 sont l’occasion pour les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon d’attaquer frontalement la politique d’Emmanuel Macron. « Les élections européennes sont l’occasion d’imposer à Macron un sévère revers électoral, c’est dans cette idée qu’on s’y engage », a expliqué Manuel Bompard lors d’un point presse à Paris le 1er octobre

La réticence de LFI à faire campagne sur l’enjeu migratoire, pourtant central lors de ces élections européennes, s’explique en grande partie par les divergences que le sujet provoque au sein du mouvement.

Dernier exemple en date, le Manifeste pour l’accueil des migrants. Signé par 150 personnalités, dont la députée LFI de Seine-Saint-Denis, Clémentine Autain, le texte fustige la stigmatisation des migrations comme maux des sociétés européennes, et appelle à un accueil digne des migrants.

Un message en porte-à-faux avec la position du chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, qui insiste davantage sur la nécessité de combattre les causes de l’immigration. Un discours largement porté par l’extrême droite au niveau européen.

Pour apaiser les esprits,  Manuel Bompard a affirmé que le message du manifeste était largement partagé par LFI. Tout en rappelant la nécessité d’interroger les causes de la migration. Une position difficilement audible alors que le clivage européen est cristallisé sur la question migratoire entre les partisans d’une politique de fermeture des frontières et ceux favorable à une politique d’accueil plus généreuse.

Udo Bullmann qualifie Mélenchon de nationaliste rétrograde

L’Europe a besoin d’une nouvelle vision et de nouveaux objectifs, et tous les véritables Européens doivent défendre des valeurs européennes, a déclaré Udo Bullmann, chef de file des sociaux-démocrates au Parlement européen.

Pour s’éloigner de l’épineux sujet migratoire, La France Insoumise mise donc sur un vote-sanction à l’égard de la politique d’Emmanuel Marcon. «  Car infliger une défaite à Macron, c’est aussi, infliger une défaite à l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui », a martelé Manuel Bompard. Chef de file auto déclaré des pros européens, Emmanuel Macron incarne aussi l’Europe libérale contre laquelle LFI souhaite faire campagne.

Le programme du parti de gauche antilibérale devrait donc davantage s’articuler autour des grands thèmes déjà portés lors de la campagne présidentielle : nécessité de changer les traités européens,  lutte contre la fraude fiscale, contre le travail détaché, etc.

Préparatifs

La France Insoumise doit finaliser ses listes pour les élections européennes d’ici le 15 novembre. Une première version a déjà été publiée en juin, mais pourra être élargie à des personnalités politiques dont les idées sont compatibles avec celle de LFI. L’eurodéputé socialiste Emmanuel Maurel et l’ex-ministre Marie-Noëlle Lienemann, qui représentent l’aile gauche du Parti socialiste, apparaissent comme des candidats potentiels, et les discussions sont déjà largement engagées avec les Insoumis.

Les listes finalisées seront ensuite soumises au vote des adhérents avant leur annonce officielle les 8 et 9 décembre, en parallèle du texte programmatique pour les élections.

Alliance européenne en perspective

Isolée au niveau national de ses alliés communistes, avec lesquels LFI avaient participé aux dernières élections européennes en 2014 , La France Insoumise s’est lancée dans la construction d’une nouvelle force politique européenne.

Jusqu’ici membre du groupe politique du Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique au Parlement européen aux côté des communistes français, LFI a lancé un nouveau rassemblement de la gauche radicale aux côté de Podemos (Espagne), le Bloco de Esquerda (Portugal), L’Alliance rouge-verte (Danemark), le Parti de gauche (Suède) et l’Alliance de gauche (Finlande).

Fondé à Lisbonne le 12 avril 2018, le mouvement baptisé « Maintenant le peuple » compte s’émanciper du Parti de la gauche européenne, qui rassemble la majorité des partis nationaux  membres du groupe politique.

« Nous ne pouvons plus partager le même espace politique qu’Alexis Tsipras et son mouvement Syriza, qui appartiennent au PGE  », a rappelé Manuel Bompard.

L’incompatibilité semble d’ailleurs être partagée puisque Gabriele Zimmer, cheffe de file du groupe de gauche (GUE-NGL) a estimé que Jean-Luc Mélenchon avait créé « des situations problématiques », notamment en réclamant publiquement l’exclusion de Syriza.

La nouvelle formation lancée par La France insoumise espère s’élargir à d’autres partis politiques d’ici les élections. Et compte former son propre groupe au Parlement européen. Pour cela, « Maintenant le peuple » devra compter 25 députés, élus dans au moins un quart des États membres (c’est-à-dire au moins sept pays).

Appel à l'unification des gauches européennes face à l'extrême-droite

Le rapprochement entre conservateurs et extrême droite devrait pousser les démocrates à créer une grande alliance pro-européenne rassemblant à la fois Alexis Tsipras et Emmanuel Macron, estime l’eurodéputé Dimitris Papadimoulis.

 

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