La liste du PS aux européennes jugée trop élitiste

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Le Premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure [Guillaume Horcajuelo/EPA-EFE]

La liste du Parti socialiste pour les élections européennes de juin 2024 serait trop peu diversifiée, accusée en interne « d’exclure les candidats ouvriers et employés », selon une lettre des fédérations et élus obtenue par AFP.

Le Parti socialiste (PS) fait le pari des européennes pour se remettre de sa défaite historique au premier tour des élections présidentielles de 2022, lorsque la candidate Anne Hidalgo avait fini la course avec 1,7 % des suffrages exprimés, « le score le plus bas de l’histoire du PS à l’élection présidentielle », soulignait Le Monde à l’époque.

Fort de 31 députés à l’Assemblée nationale, et membre de l’intergroupe NUPES avant de suspendre sa participation en octobre dernier, le PS est crédité de 10 % des intentions de vote lors du scrutin de juin 2024 — prenant la première place à gauche devant Les Ecologistes (EELV) et La France insoumise (LFI).

Raphaël Glucksmann, député européen et coprésident du mouvement Place publique, devrait reprendre la tête de liste — comme il l’avait déjà fait en 2019 — dans le cadre d’une alliance annoncée de longue date et quasiment actée. Un vote des militants est prévu le 8 février.

C’est sans compter une lettre signée par des fédérations, parlementaires et élus locaux à l’attention d’Olivier Faure, Premier secrétaire du parti, dont AFP a publié des extraits.

Dans cette lettre, ils dénoncent une liste « faiblement représentative territorialement et socialement » lorsque « près de trois quarts des candidats éligibles [sont des] parisiens intra-muros ».

Contrairement aux élections législatives françaises, les européennes fonctionnent au scrutin proportionnel uninominal. Tous les partis présentent une liste : en fonction du résultat du vote, et avec un seuil de 5 % minimum des suffrages exprimés, un certain nombre des membres de chaque liste est élu.

Au vu des sondages, seuls les dix premiers noms de la liste PS / Place publique devraient être éligibles. Mais dans la sociologie de la liste, le premier profil ouvrier n’apparaîtrait qu’à la 40ème place.

« Le parti de Jaurès ne peut pas exclure les candidats ouvriers ou employés ! », déplore sur X Noha Tefrit, collaboratrice parlementaire du député PS Philippe Brun, alors que le parti doit entériner la liste mercredi (31 janvier).

D’autres accusent le PS de « parisianisme » face à des fédérations régionales et départementales qui tentent de faire monter leurs propres candidats.

Européennes : le PS défend « un changement de boussole » face au néolibéralisme

Le premier secrétaire du PS Olivier Faure a présenté mardi soir le projet du parti socialiste pour les européennes de 2024, proposant de « changer de boussole » et de « faire basculer l’Europe sur un autre modèle », lors d’un conseil national du parti.

Gauches irréconciliables

« On a essayé de mettre en place une procédure ouverte et démocratique, où chacun a pu se présenter », défend la sénatrice PS Corinne Narassiguin auprès de l’AFP.

M. Glucksmann se positionne comme la seule alternative de gauche pro-européenne crédible pour éviter que l’élection soit « kidnapp[ée] », dans ses mots, par Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national (RN) et Gabriel Attal, Premier ministre attendu au tournant pour défendre le bilan du gouvernement – alors que la tête de liste du parti présidentiel Renaissance se fait attendre.

M. Glucksmann appelle à une véritable force de frappe européenne tant budgétaire que politique : « une brèche s’est ouverte », affirmait-il au Monde début janvier, « qu’il faut […] creuser, en investissant massivement dans les industries de la transition, en mettant en place un protectionnisme écologique aux frontières européennes et en assumant un saut fédéral de l’Union ».

La lettre ravive le débat autour de « gauches irréconciliables », alors que M. Glucksmann se voit accusé par le député LFI François Ruffin dans une lettre ouverte d’être « hors sol, déconnectés, sans ancrage », symbole « d’une élite qui avance, avec arrogance et inconscience » – reconnaissant en même temps qu’une division de la gauche « serait la certitude de la défaite, la voie ouverte au pire ».

La France insoumise et l’alliance PS / Place publique s’affrontent au Parlement européen : l’un, membre du Groupe de La Gauche, appelle à une refonte des traités européens et émet des doutes quant à un élargissement de l’UE à l’Ukraine ; l’autre, membre du groupe social-démocrate (S&D) veut un renforcement des prérogatives européennes à tous les niveaux.

Les dernières tergiversations autour d’une liste PS jugée pas assez diversifiée enterrent une fois de plus toute alliance de la gauche à l’aune des élections européennes.

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