La polémique du burkini fait irruption dans la campagne des législatives

La proposition d’Éric Piolle, maire écologiste de Grenoble, ne faisait déjà pas l’unanimité au sein de sa propre majorité : lors de la délibération lundi (16 mai), presque un tiers des élus qui le soutiennent se sont opposés au texte et deux se sont abstenus. [Greenbox, CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons]

Le maire de Grenoble a décidé de lever l’interdiction de porter un burkini dans les piscines municipales de sa ville, réactivant ainsi un sujet inflammable dans le débat public français, droite et gauche confondues.

La proposition d’Éric Piolle, maire écologiste de Grenoble, ne faisait déjà pas l’unanimité au sein de sa propre majorité : lors de la délibération lundi (16 mai), presque un tiers des élus qui le soutiennent se sont opposés au texte et deux se sont abstenus.

Si le nouveau règlement municipal sur les vêtements tolérés dans les piscines n’autorise pas expressément le burkini, le but était bien d’en lever l’interdiction. Le short de bain est le seul vêtement qui demeure interdit pour des raisons d’hygiène, autorisant de fait la baignade « topless » en plus de celle en burkini.

Ainsi, il s’agit selon M. Piolle d’un combat « féministe » et pour la laïcité, en ce qu’il permet aux femmes de se vêtir comme elles l’entendent et aux croyantes de s’habiller conformément à leur foi.

Mais les tensions dépassent les murs de la ville de Grenoble, les responsables politiques nationaux s’étant saisis de l’affaire.

La droite indignée

Sans surprise, les élus les plus conservateurs ont très rapidement réagi en dénonçant une connivence entre la gauche, ici représentée par Éric Piolle, et l’Islam politique.

Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, du parti Les Républicains, a annoncé suspendre tout financement régional à la ville d’Éric Piolle qui, selon lui, « acte définitivement sa rupture avec la laïcité et les valeurs de notre République ».

Le député Les Républicains Éric Ciotti, qui fait partie de la frange plus conservatrice et à droite de son propre parti, a indiqué avoir déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi pour interdire le port du burkini dans les piscines publiques, afin de « faire reculer l’islamisme ». Sous-entendu : Éric Piolle participe à son avancement dans la société française.

À l’extrême droite, Marine Le Pen est évidemment depuis toujours opposée au burkini en tant que symbole de l’Islam politique. Mercredi (18 mai), elle a même surnommé l’alliance de la gauche la « coalition burkini », en dénonçant « l’abandon des valeurs de la laïcité, l’abandon des valeurs républicaines, l’abandon de la défense des femmes ».

Marine Le Pen fait son retour et se paie Jean-Luc Mélenchon

Après la quinzaine de jours de silence suivant sa défaite à l’élection présidentielle, le 24 avril dernier, Marine Le Pen est revenue sur la scène politique en attaquant frontalement l’union de la gauche et les « fables » de Jean-Luc Mélenchon.

La gauche dans la gêne

Dans le contexte de l’Union de la gauche aux élections législatives, la décision impulsée par le maire écologiste provoque des remous au sein même de la coalition. En général, les formations les plus radicales sont en faveur du burkini tandis que les plus modérées s’y opposent.

Ainsi, si La France insoumise essaie plutôt d’éviter le sujet, l’eurodéputée Manon Aubry plaide tout de même pour « laisser les gens aller à la piscine habillés comme ils veulent ».

La polémique a été reçue avec peu d’enthousiasme du côté des socialistes, très attachés à la laïcité et aux valeurs républicaines.

Laurence Rossignol, vice-présidente socialiste du Sénat et alliée des Verts et des Insoumis dans le cadre de la NUPES, a déploré mercredi matin le fait qu’Éric Piolle ait cédé aux pressions de « groupes religieux » qui font du « prosélytisme ». Pour elle, l’autorisation du port du burkini dans les piscines grenobloises représente « une victoire des intégristes ».

Mme Rossignol insiste sur le fait que ce ne sont pas des associations féministes, mais bien « politiques », qui portent ces revendications, minoritaires au sein de la communauté musulmane selon la sénatrice.

La question n’est pas simple dans le monde féministe non plus. La militante féministe de gauche Caroline de Haas décrivait déjà en 2016 l’interdiction du burkini comme une restriction des libertés individuelles injustifiée. Selon elle, « on ne les restreint que lorsqu’elles portent atteinte gravement aux libertés des autres et/ou à la sécurité publique », ce qui ne serait pas le cas en l’espèce.

Si, selon elle, le burkini représente un outil d’entrave au corps des femmes et d’asservissement de celles-ci, « l’interdire, c’est contreproductif : non seulement on ne luttera pas contre le phénomène de cette manière, mais en plus on le renforce » explique Caroline de Haas.

La justice administrative saisie de l’affaire

Le ministre de l’Intérieur démissionnaire Gérald Darmanin a, quant à lui, annoncé avoir donné instruction au préfet de saisir la justice administrative dans le cadre du « déféré liberté », tout en dénonçant une « provocation communautaire » qui viendrait de la gauche.

L’opposition du Conseil municipal de Grenoble a aussi déposé un recours urgent devant le tribunal administratif visant à suspendre la délibération.

À quelques semaines des élections législatives (12 et 19 juin), l’alliance de gauche se serait sans doute bien passée d’une polémique dans laquelle il n’existe pas vraiment d’issue, le débat cristallisant beaucoup de tensions au sein même du bloc de gauche.

Les investitures aux législatives créent des tensions au sein de la coalition de gauche

La Nouvelle union populaire, écologique et sociale (NUPES), qui réunit les principales forces de gauche, a abouti à un compromis sur le partage des circonscriptions pour les élections législatives, même si des tensions apparaissent localement autour des candidats investis.

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