La victoire de Merkel assombrie par un «séisme» nationaliste

Les candidats d'Alternative pour l'Allemagne espèrent dépasser les 10%, du jamais vu pour une formation d'extrême droite depuis 1945. [De Visu/Shutterstock]

Si, comme prévu, Angela Merkel entamera bientôt son quatrième mandat, son parti n’a cependant pas récolté autant de voix que prévu, ce qui complique les négociations de coalition. À l’inverse, le parti d’extrême droite AfD, remporte une victoire historique.

Les sociaux-démocrates (SPD), partenaires de coalition actuels du CDU, comptent également leurs pertes, après leur pire score depuis la Deuxième Guerre mondiale. Le soir des élections, les dirigeants du parti ont annoncé vouloir quitter le gouvernement et mener l’opposition au Bundestag.

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a mené une campagne anti-Islam et anti-migrants, a récolté pas moins de 81 sièges et sera le premier parti d’extrême droite à entrer au parlement depuis plus de 50 ans.

Les campagnes d’Angela Merkel, de son principal rival, Martin Schulz, du SPD, et d’autres dirigeants de partis traditionnels ont été qualifiées d’ennuyeuses et les résultats étaient attendus, mais les pertes subites par le CDU et le SPD sont plus importantes que prévu et le succès de l’AfD marque un changement spectaculaire du paysage politique allemand.

Après l’annonce du sondage à la sortie des urnes, le 24 septembre, Angela Merkel a admis être déçue. « Bien sûr, nous nous attendions à un résultat un peu meilleur, c’est clair », a-t-elle reconnu au siège du CDU.

Le parti conservateur a souffert d’une perte jamais vue en quatre ans, passant de 41,5 % en 2013 à 33 %  cette année. Le SPD est quant à lui passé de 25,7 % à 20,5 % depuis les dernières élections.

Angela Merkel est chancelière depuis 2005 et sa réélection sera accueillie comme un signe de stabilité par nombre d’observateurs à Bruxelles, même si les négociations de coalition pourraient prendre du temps.

Présence tumultueuse au Bundestag

Les résultats définitifs publiés le matin du 25 septembre indiquent que l’AfD a récolté 12,6 % des votes, faisant du parti d’extrême droite la troisième formation du Bundestag. C’est la première fois que le parti entre au parlement, puisqu’il n’avait pas dépassé les 4,7 % des voix en 2013.

Pour éloigner les partis extrémistes, la législation allemande ne prévoit l’entrée au gouvernement qu’avec 5 % de voix. La grande réussite de l’AfD marque un changement de la scène politique qui risque de perturber nombre d’Allemands.

Le parti libéral (FDP) a récolté 10,7 %, alors qu’en 2013 il n’avait même pas passé la barre des 5 % nécessaires. Avant cela, entre 2009 et 2013, le parti faisait partie de la coalition du CDU.

Les Verts et la gauche (Die Linke) ont aussi fait de meilleurs résultats qu’en 2013. Les Verts ont ainsi convaincu 8,9 %, contre 8,4 % en 2013. Die Linke a pour sa part récolté 9,2 %, soit 0,6 % de plus qu’en 2013.

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Les membres de l’AfD occuperont donc 94 des 709 sièges du Bundestag. Le CDU en enlève 246 et le SPD 153. Les libéraux récoltent 80 sièges, les Verts 67 et Die Linke 69.

Alexander Gauland, de l’AfD, acclamé lors d’une fête après les élections, a prévenu les autres partis de se préparer à une présence enflammée du parti d’extrême droite au parlement, ajoutant que ses élus « traqueraient » Angela Merkel.

Si l’ambiance dans la salle était à la fête, des centaines de manifestants se sont réunis devant les portes pour dénoncer les rhétoriques xénophobes de l’AfD.

Le SPD quitte la coalition

Dès les premiers résultats publiés, les dirigeants du SPD ont annoncé que le parti ne resterait pas dans une « grande coalition » avec le CDU de la chancelière, préférant devenir le premier parti d’opposition au parlement.

« C’est un jour dramatique pour nous, c’est un jour dramatique pour la démocratie allemande », a regretté Martin Schulz, candidat du SPD et ancien président du Parlement européen.

Certains membres et supporters du parti estiment que le parti a perdu des voix justement à cause de sa coalition avec le CDU. Les sociaux-démocrates ne sont en effet pas parvenus à communiquer aux électeurs de quelle manière leurs positions diffèrent de celle du parti conservateur.

Cette déclaration a des conséquences immédiates : sans l’option d’une coalition avec les sociaux-démocrates, Angela Merkel est forcée de s’allier avec les libéraux et les Verts.

La coalition ‘Jamaïque’, seule option ?

Si une autre grande coalition n’est pas possible, les dirigeants du CDU tenteront de former un gouvernement à trois, la formation dite ‘Jamaïque’, constituée des conservateurs, des libéraux et des Verts. Cette formation est cependant l’option la moins populaire parmi les citoyens. Une enquête publiée le 22 septembre indique en effet que 4 % des répondants sont favorables à cette coalition.

Et de fait, cette alliance n’a jamais été testée au niveau fédéral. Au niveau des États, une tentative jamaïcaine s’est effondrée en 2012. Une autre a vu le jour dans l’État de Schleswig-Holstein, dans le nord du pays, il y a quelques semaines.

La coalition la plus populaire serait CDU et FDP, avec 13 % de sondés favorables. À eux deux, ces deux partis ne rassemblent cependant pas assez de voix. Une reconduite de l’alliance CDU-SPD serait préférée par un peu plus de 10 % des répondants.

En 2013, Angela Merkel et les autres représentants du CDU ont discuté pendant trois mois avec les autres partis avant de former un gouvernement, en décembre. Cette année, la négociation de coalition pourrait également prendre des semaines, voire des mois, les trois partis ayant des désaccords importants à surpasser avant de pouvoir gouverner ; notamment en ce qui concerne l’immigration, l’intégration de la zone euro et la réglementation de l’industrie automobile.

Christian Lindner, qui dirige le FDP, a annoncé la couleur lors d’un débat télévisé le soir des élections, assurant pouvoir être un négociateur coriace. « Nous ne laisserons pas le SPD nous forcer à entrer au gouvernement », a-t-il indiqué.

Quant à savoir si un gouvernement serait formé d’ici la fin de l’année, Angela Merkel s’est pourtant montrée décidée, assurant être « généralement toujours optimiste ». « La force réside dans la paix », a-t-elle ajouté.

CDU/CSU ébranlés

Outre ces difficiles négociations à venir, le parti d’Angela Merkel est également profondément ébranlé par le succès de l’AfD. Selon une analyse de la chaine ARD, le CDU aurait perdu plus d’un million d’électeurs au profit de l’AfD.

Un défi dont est pleinement consciente la chancelière, qui a qualifié l’entrée du parti au Bundestag de « nouveau grand chantier » pour son propre parti. « Nous voulons récupérer les électeurs de l’AfD », a-t-elle assuré le soir des élections, alors qu’elle s’adressait à ses supporteurs entre Jens Spahn, vice-ministre des Finances, issu de l’aile la plus à droite du CDU, et Günther Oettinger, commissaire européen au budget.

Les dirigeants du CDU devront également s’attaquer à leur flanc droit, affaibli, mais très remonté. Le parti frère du CDU en Bavière, le CSU, plus conservateur, est le parti qui a le plus souffert de ces élections, perdant plus de 10 % depuis 2013.

Le CSU a adopté une approche dure face à l’immigration et a publiquement critiqué la décision de la chancelière d’accueillir un million de réfugiés en 2015. Ils avaient notamment exigé un plafond pour l’accueil des migrants, une proposition refusée par Angela Merkel et les autres dirigeants du CDU.

Le 25 septembre, Horst Seehofer, le président du CSU, a répété ces critiques, estimant que le parti avait perdu des voix parce qu’il n’était pas assez strict sur l’immigration, indiquant qu’il tenterait de pousser le parti vers la droite.

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