La victoire des libéraux aux Pays-Bas réconforte les europhiles

Mark Rutte

Le Premier ministre libéral néerlandais Mark Rutte, qui semble avoir facilement battu son rival d’extrême droite Geert Wilders mercredi aux législatives, au grand soulagement de l’Europe, a salué une victoire contre ce qu’il appelle « le populisme de mauvais aloi ».

Après le Brexit au Royaume-Uni et la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, tous les yeux étaient braqués sur la formation de Geert Wilders, dont le score était attendu comme un baromètre de la montée du populisme en Europe, à moins de 40 jours de la présidentielle française et avant les législatives allemandes de l’automne.

Les élections aux Pays-Bas, répétition générale avant le scrutin français ?

Un mois avant les Français, les Néerlandais iront aux urnes le 15 mars pour choisir de nouveaux députés. Le pays, qui avait vcomme la France voté contre le traité constitutionnel européen en 2005, sera-t-il les galops d’essai pour les élections françaises ?

Selon des résultats temporaires compilés par l’agence de presse néerlandaise ANP, sur la base de 54,8 % des voix, le VVD de Mark Rutte remporterait 32 sièges sur les 150 de la chambre basse du parlement néerlandais.

Une perte de 9 sièges certes par rapport aux dernières élections en 2012, mais une nette avance cependant sur le PVV de Wilders, qui n’aurait lui gagné que quatre sièges de députés, avec 19 élus.

Assurant qu’il s’agissait là d’un « succès », celui-ci s’est déjà positionné dans la nuit en vue des longues négociations qui commenceront dès ce jeudi, en se déclarant prêt à gouverner « si cela est possible », bien que l’ensemble des autres partis aient exclu une telle collaboration.

« Si cela ne marche pas, nous supporterons le gouvernement où cela est nécessaire, sur les questions qui nous sont chères », a-t-il ajouté.

Ces résultats ont provoqué un véritable soulagement à travers le Vieux continent, le président François Hollande saluant « une nette victoire contre l’extrémisme ». « Les valeurs d’ouverture, de respect de l’autre et de foi en l’avenir de l’Europe sont la seule véritable réponse aux pulsions nationalistes et de repli sur soi qui secouent le monde », a conclu M. Hollande.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a lui salué « un vote pour l’Europe, contre les extrémistes », alors que la chancelière allemande Angela Merkel, selon son porte-parole, s’est réjouie de « poursuivre une bonne collaboration en tant qu’amis, voisins, Européens ».

« Politiciens raisonnables »

Célébrant sa victoire, le Premier ministre a lui assuré devant une salle bondée de La Haye qu’« après le Brexit et après les élections aux États-Unis, les Pays-Bas ont dit stop au populisme de mauvais aloi ».

Au cours d’une campagne marquée par les questions d’identité, Mark Rutte, tout comme les leaders de certains autres partis, avait pourtant intégré quelques éléments auparavant réservés à son rival, invitant par exemple ceux qui ne respectent pas les valeurs néerlandaises à quitter ce pays de 17 millions d’habitants.

Dans son programme politique succinct, Geert Wilders promettait d’interdire l’accès des Pays-Bas aux immigrants musulmans, d’interdire la vente du Coran et de fermer les mosquées, dans un pays dont la population compte environ 5 % de musulmans.

Pays-Bas, l'autre pays où l'extrême droite prospère

Geert Wilders, le leader du PVV, exploite la colère des bas salaires et la dirige contre les minorités, pour tenter de virer en tête des législatives du 15 mars. Un populisme axé sur la peur, qu’il teste dans sa ville fétiche… Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Crédité de 36 sièges il y a quelques mois, son Parti pour la liberté (PVV) était doucement retombé dans les sondages à l’approche des élections. Ce n’est pas la première fois que l’élu à la chevelure péroxydée, qui avait obtenu son meilleur résultat en 2010 avec 24 sièges, voit son score dégringoler entre les prédictions des sondages et le résultat du scrutin.

« Le PVV (de M. Wilders) n’est pas une force révolutionnaire version Trump », a commenté pour l’AFP Geerten Waling, chercheur en histoire politique à l’université de Leiden. « Et même si le résultat (du PVV) n’est pas minime, les gens sont globalement restés du côté des hommes politiques raisonnables ».

Négociations

Les chrétiens-démocrates du CDA et les progressistes de D66 auraient aussi remporté 19 sièges chacun, tandis que les travaillistes du PvdA, partenaires de la coalition sortante, auraient eux enregistré une défaite historique, passant de 38 députés à 9 seulement.

Les écologistes de GroenLinks, menés par le jeune et charismatique Jesse Klaver, ont par contre quadruplé leur score avec 16 sièges de députés.

Le système électoral néerlandais à la proportionnelle presque intégrale oblige à créer des coalitions et dans un paysage aussi fragmenté la formation du prochain gouvernement pourrait prendre des mois. Le record actuel est de 208 jours.

2017, un tournant pour les démocraties libérales

L’avancée des partis populistes en Europe, à laquelle s’ajoute la montée en puissance de la Chine et de la Russie, risquent de peser lourd sur les démocraties libérales de l’UE en 2017.

Le CDA et D66 sont des partenaires naturels pour les libéraux, mais une telle coalition aurait besoin d’un parti supplémentaire pour obtenir la majorité de 76 sièges. Les regards se portent vers les chrétiens (CU, 6 sièges) et les protestants rigoristes du SGP (3 sièges), mais les écologistes pourraient également jouer un rôle important.

Le scrutin a été marqué par une participation massive : 81 % des 12,9 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes, selon l’Institut de sondage Ipsos. Aux dernières élections en 2010 et 2012, ces taux étaient de 74,6 % et 75,3 %.

Réactions

Le Front national a salué jeudi la progression du parti eurosceptique et islamophobe de Geert Wilders aux élections législatives aux Pays-Bas et y voit « un vrai succès » malgré la victoire du parti du Premier ministre libéral Mark Rutte.

« C'est d'abord un succès », a estimé le secrétaire général du FN Nicolas Bay sur France Inter. « Le parti de Geert Wilders a progressé, il n'était pas la première force d'opposition, il le devient au Parlement néerlandais, il progresse de cinq sièges donc c'est un vrai succès. C'est un succès d'étape, ce n'est pas encore la victoire finale mais on voit que ça participe d'une tendance générale qui est la progression partout des patriotes en Europe. »

Le Pen prédit le «réveil» de l'Europe à l'image du Brexit et de Trump

Lors d'un congrès des droites extrêmes et populistes européennes, Marine Le Pen, a prédit une révolte électorale cette année « changera la face de l’Europe », après le Brexit et Donald Trump.

«La politique sérieuse du centre-droit et du CDA a été récompensée. C'est une bonne nouvelle pour toutes les forces politiques du centre et pour l'Europe. Cela montre que la bonne voie est celle de  la clarté et d'une démarcation claire par rapport aux extrémistes. Le résultat des élections aux Pays-Bas est un coup dur pour tous les europhobes». a déclaré le président du groupe PPE au Parlement européen, Manfred Weber.